
A l’heure où les sondages édictent et vous dictent
votre choix, ne soyez pas grégaires. Tout peut encore basculer. Ayez la
force de vous affirmer.
DU LARD OU DU SONDAGE
Un
premier sondage publié au lendemain matin du débat opposant Ségolène
Royal à Nicolas Sarkozy annonçait une stabilisation de l’écart 47/53 en
faveur du candidat de l’UMP.
Ce sondage avait été cependant réalisé
par Opinion Way dont tout le monde ignore à peu près tout, et....Le
Figaro, dont la neutralité, n’est-ce pas, n’est plus à démontrer.
Effectivement, si ce sont les lecteurs du Figaro qui ont été
interrogés, on s’étonne même qu’ils n’aient pas appuyé davantage leur
poulain en tête par un bon 90/10.
A présent, c’est au tour de Sofres et de CSA de confirmer et même conforter l’écart qui serait à présent de 10 points : 45-55.
IMPACT RÉEL DU DÉBAT TÉLÉVISÉ ? SÉGOLÈNE ROYAL CONVAINC ET GAGNE LE DÉBAT OUTRE-ATLANTIQUE
Ce
débat télévisé dont on annonçait pourtant qu’il n’était pas en mesure
de faire bouger de plus d’un point ou deux l’électorat. Incohérence ?
Débat où si - mais je reconnais être partisane - Ségolène Royal m’a
semblé prendre, et même nettement, l’ascendant sur un Nicolas Sarkozy
obséquieux, le regard fuyant, sous Lexomill, cherchant du regard
l’appui de PPDA, chacun a su, en inversant les postures, prouver qu’il
maîtrisait ses points faibles supputés. M. Nicolas Sarkozy est donc en
ce sens parvenu à contenir son ambition, à taire sa stature que,
bravache, il n’avait jamais mise en doute, pour démontrer sa capacité
de bon chef de cabinet, précis, technique, mais sans vision pour la
France, sans épaisseur républicaine, au fait de tous les dossiers (sauf
l’EPR ?...), et à la rigueur, honnête premier ministrable.
L’homme de l’action tournait dans un film d’action...au ralenti.
Un
débat très suivi, y compris à l’étranger, qui a montré la combativité
de Ségolène Royal, sa pugnacité, sa détermination, ses valeurs, et sa
désormais force présidentielle, facette qui a séduit outre-atlantique.
Les Etats-Unis, ayant le goût du punch et de ceux qui partent à
l’offensive et ne s’avouent jamais vaincus, redécouvraient Ségolène
Royal. C’était elle, la battante. Et lui, le battu.
Nos
sondages nous affirment pourtant le contraire. Nos sondages nous
servent un écart de dix point entre les deux candidats au profit du
candidat de la droite. Dans ces conditions, où commence la
désinformation et où s’arrêtera la Berlusconisation de nos
contre-pouvoirs ?
BERLUSCONISATION DES CONTRE-POUVOIRS
La
presse, qu’il s’agisse du groupe TF1 de Martin Bouygues, de la Radio et
de la Presse écrite avec Arnaud Largardère, mais aussi Serge Dassault
(Le Figaro), étant à l’envi contenue dans sa liberté d’informer, par la
triade, oui la triade, d’amis qui entoure le candidat de l’UMP. Vous
trouvez ça rassurant ? L’ancien directeur de Paris-Match a déjà fait
les frais de cette presse sous contrôle. On ne touche pas au chef, on
ne touche pas à Nicolas Sarkozy, sinon on gicle.
CINQUIÈME RÉPUBLIQUE RENFORCÉE
Candidat
qui, bien sûr, veut non seulement maintenir la Cinquième République
mais concentrer encore un peu plus les pouvoirs exécutifs déjà
excessifs entre les mains du Président. Tout à la fois Président et
super Premier ministre, préparez-vous, si vous faîtes le choix du
ministre de l’intérieur sortant qui a su si brillamment attiser la
violence dans les banlieues, à un exercice du pouvoir autotélique, qui
n’aura de référence que lui-même, qui ne sera contre-balancé par rien,
qui ne sera pas équilibré. Attendez-vous à une démocratie sous contrôle.
Je
diabolise ? Pas même. Je suis, croyez-le, en deçà de la vérité. La
stratégie de victimisation du président de l’UMP a porté. On ne peut
plus le mettre face à son bilan, à ses zones d’ombres, immenses,
effectives et redoutées, sans le faire passer pour la fragile victime,
populiste, la main sur le cœur, la larme à l’oeil, d’un procès
prétendument infondé.
LA MANIPULATION DU CENTRE
Dans
ces conditions, je trouve éminemment contestable ce report proclamé des
voix centristes qui, tout soudain, alors que semblant plus favorable à
Ségolène Royal, se cristallise sur Nicolas Sarkozy. Nous connaissions
le ralliement des députés UDF, qui ayant subi des pressions, des
menaces, se sont empressés de déclarer allégeance à Nicolas Sarkozy
pour ne pas risquer d’être défaits aux législatives prochaines, ; leur
élection jusqu’à présent dépendant par trop de la « tolérance » de leur
voisin de droite, l’UMP, à leur égard.
Ce ralliement n’a surpris personne. Il faut bien "manger".
Mais
leurs électeurs heureusement ne dépendent pas d’accords de couloirs
entre partis. Ce sont eux qui décident et élisent. Eux qui reconduisent
ou éconduisent les sortants. Eux, c’est vous. Vous qui avez ce pouvoir.
Vous qui avez ce droit inaliénable.
VOUS
C’est
VOUS qui faites l’élection. Ne vous laissez pas déposséder de votre
vote, de votre liberté, car dans cette "démocratie" sur-représentative
qu’appelle de ses voeux Nicolas Sarkozy, une fois votre vote engrangé,
capitalisé, vous ne déciderez plus de rien. Si ce n’est dans la rue.
Dans le blocage social. Qui peut vouloir de cela ?
D’autres "ralliements" de justesse ont surpris davantage.
FÉLONS
Nous
avions connu un épisode de félonie avec dans le rôle du traître, du
Judas de la gauche, Eric Besson, dont les propos fielleux trouvèrent
bien évidemment tribune dans Le Figaro, avant que, passant à l’UMP, une
place ne lui fût promise dans le futur Reich sarkoziste. Chacun
comprendra l’intérêt pour Nicolas Sarkozy d’avoir rallié à lui l’ancien
Chargé des questions économiques dans la campagne de Ségolène Royal -
son prétendu point faible.
Reste que ces méthodes ne
sont pas celles de la gauche et ne le seront, je veux le croire,
jamais. Si elles servent celui qui accueille le traître, qui a su
conserver sa dignité ne peut pas s’en enorgueillir sans en être souillé.
C’était
là surtout l’occasion de recueillir quelques confidences personnelles
sur l’équipe de Ségolène Royal, sur sa stratégie et... sur ses points
faibles. La manœuvre n’a échappé à personne. Pauvre Besson. Nous lui
souhaiterions presque la victoire de son nouveau champion. Car sinon,
son avenir est mal assuré. Et même encore. M. Besson devra garder à
l’esprit, que personne n’aime les traîtres. L’UMP ne déroge pas.
Certes
Séguéla, le publicitaire de talent, l’accoucheur de "la force
tranquille", engagé jadis auprès de François Mitterrand, était passé à
l’ennemi après avoir voté au premier tour Ségolène Royal. Que lui
a-t-on promis ?
Mais vous n’êtes pas Jacques Séguéla. Vous êtes encore moins Eric Besson. Vous n’êtes pas corruptibles.
NICOLAS SARKOZY EN OFF
Azouz
Begag, ministre sortant qui fit le choix de se rallier à François
Bayrou, par conviction et foi en la démocratie devant le cap extrême
qu’avait pris la campagne de Nicolas Sarkozy, voulant (et il y
parviendra) ramasser les voix de l’extrême-droite, proposant pour ce
faire un ministère de l’Identité Nationale, reçut pour ce choix de
l’indépendance un coup de téléphone de Nicolas Sarkozy lui éructant :
« sale connard, sale connard, sale connard, je vais te casser... ».
Jamais confiait-il hier soir dans le portrait croisé consacré aux deux
candidats sur Envoyé Spécial, il n’avait été insulté de la sorte.
LE CHOIX DE FRANCOIS BAYROU
François
Bayrou a déclaré qu’il ne voterait pas Nicolas Sarkozy. Et vous ? Nous
préférons tous nous prononcer POUR un candidat plutôt que CONTRE. Mais
à la veille d’une crise démocratique en plus d’une crise sociale et
d’une crise économique - car les partenaires sociaux sont d’ores et
déjà décidés à faire barrage à la politique brutale de Nicolas
Sarkozy -, le moment n’est pas au bulletin tiède.
Si
votre choix, d’obédience et d’une obédience qui ne sera pas dépassée,
se porte résolument sur Nicolas Sarkozy, alors votez pour lui.
Pour
les autres, moins partisans mais séduits par le discours, par l’homme,
par les "trucs" rhétoriques et la fausse proximité de Nicolas Sarkozy
moins sincère que Jacques Chirac, alors allez-y, mais allez-y en
conscience.
En revanche, si vous préférez la
concertation, le dialogue, l’humilité et l’économie des gaspillages,
une vision qui se porte à long terme et pas non seulement à court terme
dans le bouillonnement un rien frénétique, il est vrai médiatique, mais
stérile de l’action pour l’action, de l’action qu’aucune réflexion ne
précède. Bref, si vous préférez louer et promouvoir l’intelligence qui
écoute et fédère, la créativité, la synergie des compétences, plutôt
que le culte du chef et de la force brutale, arrogante et stupide. Si
c’est ce modèle-là de République que vous appelez de tout votre cœur et
de toute votre raison, prononcez-vous en conséquent.
UN CHOIX MORAL
J’en
appelle aux gaullistes. Je regrette déjà Jacques Chirac. Chirac s’est
rallié mais souvenez-vous de son discours. De son intransigeance à
l’égard des idées d’extrême droite et de la qualité de sa politique
internationale. Regardez en vous-mêmes. Votre candidat représente
l’exacte antithèse des valeurs portées par le Général De Gaulle. Il a
déjà plié un genou devant George W. Bush. Il ne croit pas en la
République, il ne croit pas en l’abnégation à servir la France, il ne
croit qu’en lui-même. Sa morale s’arrête là.
VOIR PLUS LOIN QUE LA DÉMAGOGIE
Je
sais que la harangue sur les « heures supplémentaires » exhonérées de
charge ou d’impôts, selon la partie concernée, peut séduire. Qui ne
veut "gagner plus" ? Mais outre que ce qui doit prévaloir, c’est que
plus de gens dans notre pays puissent travailler et toucher le fruit de
leur travail, un salaire digne qui reconnaît à sa juste valeur le
travail, sachez, que contrairement à ce que laisse entendre le candidat
de l’UMP, vous n’aurez pas le choix de les choisir ou de les subir ces
heures supplémentaires. Sachez encore qu’elles existent déjà.
Ce
n’est pas vous qui déciderez. Vous ne gagnerez pas non plus à ce que le
droit du travail soit assoupli. Vous ne serez plus protégés et ce sera
sans contreparties. Voulez-vous d’un CPE unique ? C’est ça le contrat
unique de Nicolas Sarkozy.
Voyez clair dans la
démagogie. Une qualité dans laquelle il est vrai, Nicolas Sarkozy,
excelle. Ne laissez pas ainsi votre intelligence, votre clairvoyance
insultées.
NE SOYEZ PAS GRÉGAIRES
Ces derniers
sondages plus que jamais m’interrogent. Comme si le pari avait été fait
que le peuple électeur, grégaire, allait être influencé par l’écart qui
se creuse fictivement et voter pour le plus fort.
Ne
soyez pas grégaires, méfiez-vous et défiez-vous des sondages. Ayez le
courage d’être libres. Affirmez-votre indépendance. Faites mentir ceux
qui ont parié sur votre suivisme, et particulièrement sur le suivisme
des indécis. Renversez ceux qui ont osé parier sur votre absence
d’esprit critique, qui voient en vous des moutons de Panurge. Qui
approchent de vous le couteau pour vous tondre en raillant votre
caractère accomodant. Au moment du scrutin, VOUS AVEZ LE POUVOIR.
Il
ne faut pas jouer avec les urnes. Il ne faut pas jouer avec nos
libertés. Le 6 mai, votre vote ne dépendra pas d’un sondage. Le 6 mai,
VOUS serez libres.
Ne votez pas un pistolet sur la tempe.
Les commentaires récents