Ciné banquise, vous ne resterez pas de glace
Devant quoi ? La Marche de l'empereur, deuxième opus ? Non. Devant La Planète Blanche. Documentaire soufflant de Thierry Ragobert et Thierry Piantanida où le blanc n’a rien à voir avec la couleur de la peau. Aucune néo-phalange, bye-bye les nazillons, aucune cagoule du Ku Klux Klan n’est dans le champ. Car non, le blanc n’est pas la couleur raciste d’une hégémonie raciale. Le blanc est dans la glace qui n’est jamais tout à fait blanche mais zébrée de turquoise quand elle se rompt sous nos yeux ébahis d’adultes redevenus gosses.
Le blanc est dans le pelage d’un ours et ces images inédites d’une mère allaitant ses oursons déjà nimbés d’une épaisse polaire… blanche. Le blanc est la couleur de l’Arctique.
Le blanc est dans cette mer changeante, pailletée, stridulée, sous la chaleur d’août. Intimidante planète. On y découvre, entre autres autochtones, le guillemot, cet oiseau de mer, excellent plongeur, encore plus à l’aise sous l’eau (l’autre côté du miroir dit le commentaire) que dans le ciel, déployant ses ailes-nageoires avec l’efficacité d’une raie Manta. Les plans fascinants se succèdent. Certains peuvent paraître longs pourtant aucun iceberg ne vient perforer l’exploration spectaculairement sereine de ce continent cinématographique. Film ou documentaire ? Les commentaires sont discrets. C’est un choix. Le choix de la contemplation. On vous livre des images rares dont un commentaire bavard pourrait vous distraire. Quant au synopsis c’est l’Arctique qui le fait.
L’Arctique est un continent peut-être inhospitalier pour nous mais hospitalier pour la faune qui l’abrite. Un ballet de belugas est sublimé à l’écran par le caviar d’une voix inouïe, d’une voix inuit. Bruno Coulais, après Microcosmos, Himalaya et enfin Le Peuple Migrateur, était de l’aventure. Jean-Louis Etienne, ce spécialiste du Grand Nord, commentait ces images rares, ces lumières sidérantes.
Les acteurs ? Tous faciles, tous géniaux, un jeu inné, j’ai nommé caribous endurant de longues migrations depuis la toundra jusqu’à la renaissance de la flore arctique quand vient l’été où ils s’entassent sur une péninsule particulièrement prodigue en jeunes pousses herbacées. Les bœufs musqués dont les mâles - imposants pelages - impressionnants de puissance, entrechoquent leurs têtes dans l’élan souverain qui, perdant ou vainqueur, décidera de l’avenir du clan. Le destin des femelles est moins belliqueux, plus essentiel. Elles mettent bas, nourrissent, protègent leur engeance. Sans elles, l’espèce s’éteint dans un dernier souffle de givre. Et puis il y a le narval. Le narval, animal fabuleux, licorne des mers, dont le mystère zoologique ne commence à être désépaissi qu’en 1648 par Tulpi. Aujourd’hui encore le narval n’a pas livré tous ses secrets.
Acteurs toujours, le renard roublard, le phoque émouvant fuyant l’impérial ours polaire, bon nageur malgré son poids et surtout redoutable chasseur. Le phoque s’en sort cependant huit fois sur neuf. La probabilité est moindre quand il est chassé par l’homme. Dans un réflexe anthropocentrique, le spectateur défend le chassé et commine le renard qui vole l’œuf. Volera-il plus tard un bœuf musqué ? Mais déjà le spectateur est ailleurs, du thriller, toujours du thriller. La banquise se morcelle, labyrinthe mortel. Il faut trouver le chenal. Les baleines dans un sillage noble narguent la banquise fendillée et dangereuse. Le mâle la traversera et ne restera pas prisonnier, guidant ensuite sa femelle à travers les glaces grâce à la précision de son sonar.
Pourtant dans ce continent immaculé qui nous semble dangereux, parce que loin de la vie des inuits nous n’avons pas apprivoisé ses dangers, la glace recule sous l’intempérance citadine de nos rejets pollués.
Et que le blanc rafraîchissait par cet après-midi moite d’un début de printemps où les parisiens n’en finissent plus de se masser aux expositions. Et tant mieux ! Sauf quand on rate la collection Philips, où l’on peste après les immenses affiches dans le métro, lorsque la file s’étire en long vermicelle de l’Orangeraie jusqu’au Verger. Le plaisir n’est plus dans le fruit. Fichtre.


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