Le sourire vert
En lisant la presse éco, je tombais sur ce titre dans Le journal du management : «L’amour des jardins fait fleurir tout un secteur économique en France».
Normal, me disais-je. Les grandes ou moyennes entreprises sont de plus en plus nombreuses à investir dans le développement durable. Et c’est un investissement qui n’est pas seulement éthique. Car il y a retour sur investissements, ce comportement responsable n’est pas à perte. Que le WWF labellise un produit de son panda facilement identifiable, et la marque gagnera des points de vente.
L’écologie est partout ou alors elle le sera. Elle crée des bénéfices et des emplois tout en préservant l’environnement, que souhaiter de mieux ! La Fnac s’apprête d’ailleurs à lancer des sacs biodégradables à base de maïs.
"On peut cicatriser le paysage après le passage d'une autoroute, mais on ne peut pas la remplacer", résume M. Loiseleur. ». Eh oui, les nouveaux « géants verts » sont modestes et pourtant :
A l’heure où les entreprises reconnaissant le pouvoir déstressant des plantes vertes cherchent à améliorer l’environnement de travail de leurs salariés. A l’heure où les bioconstructions ont le vent dans les branches, si l’on ose dire …De la source de l’Unep, l’Union des entrepreneurs du paysage, en 10 ans à peine, la moitié des 13 200 entreprises du paysage en France, qui regroupent les métiers de paysagistes, reboiseurs, ou élagueurs, a été créée. Le secteur paysagiste représente 65.000 salariés. Pas mal. 9000 emplois ont été créés en trois ans.
La demande est forte. Mairies et territorialités voient la vie en vert et ils ne sont pas les seuls. Aspirant à un coin de nature mais sans contraintes, les particuliers propriétaires de maison(s), a fortiori de résidences secondaires, font de plus en plus appel à des paysagistes pour voir fleurir devant chez eux un beau jardin sans avoir à l’entretenir eux-mêmes. Cette demande privée pèse maintenant 40% du C.A. que réalise ce secteur.
Un secteur qui a pourtant du mal à recruter. Pourquoi ? Parce que c’est astreignant, qu’il faut travailler par tous les temps, et, que « les métiers manuels continuent à être dévalorisés». C’est là le talon d’Achille de ces métiers selon Le Journal du Management (www.management.journaldunet.com).
Qu’on y réfléchisse, le problème est-il dans la « dévalorisation » de ces métiers ? Oui mais ce n’est pas la dévalorisation à laquelle on s’attend. Ce n’est pas une discrimination sociale. Si dévalorisation de ces métiers il y a, elle est salariale. L’entrepreneur peut gagner correctement sa vie, mais qu’en est-il de ses salariés ? Que l’on rende un peu plus attractifs les métiers manuels, c’est encore le meilleur moyen de les valoriser. Ce n’est pas forcément non plus à un petit entrepreneur de supporter le coût de la « revalorisation ». Sous conditions, alléger les charges de ces entreprises qui recrutent contre une rémunération plus forte de leurs salariés ; voilà de quoi, peut-être, ne pas transformer en grimace un sourire vert bien plaisant.
Quand l’économie se met à l’huile d’olive, c’est sûr, on aime déguster ! J


Tous les métiers manuels sont dévalorisés, nous sommes dans l'ère où seul l'esprit (dans le sens culture, diplômes et donc statut social) compte, ceux qui ont fait des études sont catégoriés "intelligents", tandis que ceux qui se servent de leurs mains (on oublie que c'est l'esprit qui conduit ces mains)
sont considérés de manière moindre.
et les salaires suivent...
Sauf évidemment les Aaaaartistes, qui sont capables de mettre au monde d'immenses horreurs, mais pas grave, les critiques sont là pour expliquer la
démarche géniale de l'artiste…
Rédigé par: Agathe B | 17/03/2006 at 12:55
Tout d'abord bonjour, Agathe. Ta réflexion est juste, très juste. Mais la tendance lourde finissant pas pénaliser les filières les plus véritablement intellectuelles - c'est-à-dire humanistes - sont si peu recruteuses que la tendance devrait finir pragmatiquement par s'inverser. Quant aux profils commerciaux qui trouvent facilement un emploi, pour reprendre ces catégories enfermantes, c'est encore une catégorie à part. Ni manuels, ni intellectuels, juste de leur époque. J'en profite pour glisser ce lien vers un panthéon des artistes décalés, des maçons, des paysans mais pas que... qui créent des merveilles avec un fil de fer et des matériaux récupérés. Si vous en avez la possibilité, allez visiter ce musée éco-inventif. http://www.fabuloserie.com/
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 17/03/2006 at 13:16
Merci et bravo, Elise, pour la richesse et l’extrême variété de ton blog, que je découvre peu à peu.
Emportée par mon élan, j’ai oublié, dans mon commentaire précédent, de te le dire : longue vie à ton blog !
Agathe
Rédigé par: Agathe B | 17/03/2006 at 14:02
Oui, la "naturattitude" est très tendance mais, comme tu le dis, la valeur travail n'y trouve pas son compte en valeur monétaire et c'est bien là tout le problème. Ainsi, le fils de mes voisins qui s'était lancé, avec un goût certain à le voir dans leur jardin, dans une école d'horticulture dans le but de devenir hortuiculteur paysagé a finalement quitté cette voie lorsque les profs ont eu la mauvaise idée de les mettre en contact avec d'anciens élèves qui... font les plates bandes et ramassent les feuilles de la ville où ils demeurent en gagnant le smic....
Rédigé par: DADIER | 17/03/2006 at 16:21
Voilà, on y est en plein, et c'est une belle gourance ! Car plus la société déjà sur-tertiarisée se virtualise, le pendant attendu, c'est une revalorisation des métiers manuels justement, pour réinsuffler un peu de concret à notre Planète qui ressemble de plus en plus à une grosse bulle de savon - avec tout ce que cela implique. Tiens, une aiguile ...
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 17/03/2006 at 17:23