L'orgueil d'un seul paralyse la France
Trois millions et puis ? Un contre tous, tous contre lui...Villepin se braque par orgueil. Qu'est devenu celui qui avait tenu tête aux Etats-Unis pour de nobles raisons, refusant la guerre en Irak. Le monde ne voit bientôt en lui qu'un psychorigide navrant indigne du poste qu'il occupe. Dommage.
Mardi 28 mars. Manifs très attendues dans toute la France. Un temps d'orage à ne pas mettre une banderole dehors mais les manifestants sont là et bien là. A 16h30, la police dénombrait 892 000 personnes sans compter Paris. On annonce déjà un premier chiffre de 700 000 personnes à Paris. 60 000 selon les syndicats à paris, la plus grosse mobilisation depuis longtemps. Alors combien ? 2 millions, 3 millions ? Mais pour ce gouvernement d’une surdité invraisemblable, le nombre ne signifie rien, la voix de la rue est méprisée. Et cette phrase forte d’une salariée excédée : «On est gouverné par des gens qui relèvent de la psychiatrie !» Un gouvernement aux méthodes si peu diplomates qu’elles finissent par exaspérer le n°2, Nicolas Sarkozy, qui rêve de donner à son n° 1 une leçon de compromis et ne l’a pas caché, hier, à Douai.
(Photo prise sur le site de Libération). Avant 16h, je joignais la manifestation à Bastille. Le long du boulevard Richard Lenoir qui y menait, des cordons de sécurité, des files d’autocars, et déjà la rumeur légitime du NON au CPE réveillait quelques boulistes tandis que devant moi des gens armaient leur caméscope. La mobilisation était impressionnante, et en dépit du nombre évoluait avec la sérénité – si je peux oser la comparaison - d’un éléphant indien. Quand une rafale de grêle s’abattit sur le cortège, l’animal fit face. La mobilisation policière elle aussi était impressionnante. Pas pour les mêmes raisons. Les CRS verrouillant grands axes et ruelles en cas de débordement. Molosses tout en matraques avec visière en plastique, petits Playmobile blindés. Sur les côtés, des militants de toutes obédiences essentiellement syndicales et associatives distribuaient des tracts. Une association palestinienne invitait également avec force musique à s’intéresser à leur cause, rappelons qu’aujourd’hui se jouent les élections israéliennes et que nous connaîtrons le successeur d’Ariel Sharon. Le résultat pour ces deux peuples est crucial.
A l’intérieur du cortège, une foule composite. Des jeunes bien sûr, des profs, des syndicalistes, des salariés mais aussi des retraités venus manifester leur sympathie aux manifestants. On peut avoir 70 ans et se sentir concernés par ce contrat qui précarise encore un peu plus la jeunesse. Rappelons que 63% des français d’après un sondage effectué par le Monde se disent opposés au CPE. C’est donc un rejet fort, qui rassemble les classes sociales et les générations, un rejet presque unanime. Même le Medef que Dominique de Villepin a cru s’accommoder en créant ce nouveau contrat légalisant les licenciements intempestifs, appelle aujourd’hui à la suspension du CPE, qui, avec la crise qu’il entraîne, le gêne.
(Cette photo et suivantes réalisées par Marie Trarieux). Lorsque la tête de la manifestation atteignit République, deux jeunes étudiants juchés sur un char de fortune et brandissant un haut-parleur donnaient les consignes de dispersion aux arrivants. Ils exhortaient une dernière fois les salariés à poursuivre la grève si le gouvernement ne pliait pas. Disciplinés, les manifestants gagnèrent la bouche de métro centrale sous la statue républicaine. Beaucoup s’étaient massés, manifestants ou simples spectateurs, sur l’escalier de la brasserie Chez Jenny. Leur faisant face une vingtaine de CRS avait pris leurs quartiers devant chez Léon. On n’avait pas envie de les inviter à prendre une frite.
"Je ne souhaite pas vous répondre."
Quand je quittais moi aussi la place, je passais devant les CRS et les policiers extrêmement nombreux Avenue de la République. Un barrage était posé sur cette avenue et derrière les cohortes de CRS, les fourgons de police s’entassaient.
Je m’approchais de deux policiers et leur demandais le plus ingénument et sympathiquement possible comment ils vivaient les événements. Je sentis le plus jeune prêt à me répondre tandis que l’autre le musela en répondant si l'on peut dire : « je ne vous répondrai pas ». Vous avez des consignes, lui demandais-je. « Non, mais je ne souhaite pas vous répondre ». Pas très crédible. Il était mal à l’aise. Villepin, kamikaze d'un nouveau genre, kamikaze hautain, non plus ne souhaite pas répondre à ce mécontentement qui gronde, à cette exaspération de "la rue" face à l'incompétence. La compétition politique qui l'oppose à Nicolas Sarkozy l'a rendu autiste à tout ce qui n'émane pas de lui-même. Car "la rue" rejette les fausses bonnes réformes du gouvernement, et rejette sa méthode brutale, expéditive, sans tact, irréfléchie. Une rancoeur qui ne cesse de grandir mobilisant bien au-delà de ceux qui manifestent. Un peu plus loin, un autre policier semblait surveiller la scène. Je quittais les lieux au moment où les automobilistes retrouvaient, soulagés, leur trajet habituel. Combien de temps le gouvernement continuera-t-il à vouloir aller dans le mur ? Suicidant sa lice, menaçant sa croissance, étranglant les transports, compliquant le quotidien de salariés déjà suffisamment stressés, ranimant peut-être demain des foyers de violence dans cette jeunesse désoeuvrée rejettée aux portes des villes.


Effectivement, trop d'entêtement (ou plutôt d'acharnement) risque de faire naître une "grogne" encore plus généralisée. Sincérement, ne serait-ce pas une preuve d'intelligence de la part du premier ministre que de lâcher prise et de prononcer la phrase tant attendue : "je retire le cpe, pour ouvrir des négociations". De toute façon que gagne-t-il dans cette histoire?? Apparemment rien. Par contre, il perd beaucoup: il se met à dos l'opinion public, ses confrères (même les membres de sa famille politique se retourne contre lui), il grille sa carrière politique...
Bref, maintenant les maifestations sont aussi des symboles pour montrer que le gouvernement ne prend pas en compte l'avis des citoyens, alors arrêtons-là!!!
Rédigé par: EmilieG | 29/03/2006 at 07:21
Ce serait incontestablement une preuve d'intelligence mais dans le combat personnel qui l'oppose à Sarkozy, Villepin semble avoir perdu le sens commun. S'il est de moins en moins présidentiable, gageons qu'il cherche maintenant un moyen de faire tomber avec lui Nicolas Sarkozy. C'est d'ailleurs l'ensemble de l'UMP qui finit par encaisser l'attitude incompréhensiblement rigide de notre premier ministre. Jean-François Coppé, envoyé en ambassade sur Inter ce matin semble confirmer que Villepin n'est pas plus décidé aujourd'hui qu'hier à le retirer. Le déblocage peut venir en revanche de Jacques Chirac. Il est maintenant plus que temps. Et il ne s'agit pas de constester la démocratie indirecte, argument de ceux qui - en service commandé pour la plupart - défendent encore le CPE. Mais de réparer d'une voix unanime un égarement criant de cette même démocratie indirecte. Ce contrat n'est même pas conforme au Code du travail !
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 29/03/2006 at 08:53