Si tu sais pas, dis que tu cépages…
En revanche, je trouve un peu navrant de penser qu'un jour nos vins, riches d’une histoire qui commença, en tout cas dans le Languedoc, avec l’occupation romaine. Que nos vins si magnifiquement complexes, pour la plupart issus d'assemblages (c’est-à-dire de l’utilisation de plusieurs cépages) nécessitant une fine alchimie se réduisent soudain à un cépage … Assemblage plutôt que cépage brut auquel se rajoute la typicité d’un terroir, avec son climat, son sol, qui a façonné les vignobles et les vignerons. Le terroir ça ne s’invente pas, il faut laisser le temps et une osmose entre la terre et le cep. Et enfin la science de l’élevage pour rendre inoubliablement précieux un produit quoi qu'il en soit, noble. Parenthèse sur le fût de chêne. Les vins élevés (vieillis si ça vous est plus clair) sont élevés en fûts de chêne et non en cuves métalliques, bien sûr, mais tous ne le sont pas. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de très bons vins de soif qu’on aurait tort de vouloir boiser en se mettant soudain à les élever en fût de chêne. Je pense à certains vins des Corbières qui ont perdu leur authenticité. Au Cabernet Sauvignon, cépage dominant des vins de Bordeaux, qui, élévé sur la terre rocailleuse des Corbières, sans qu'aucun autre cépage plus local ne s'y mêle, donne en bouche une contrefaçon déplaisante. On trouve aujourd’hui dans les Corbières des bouteilles de «Cabernet Sauvignon». Un conseil, si vous voyez ça sur l’étiquette, fuyez. Ces vins sont là pour satisfaire justement une supposée demande étrangère qui manquerait de codes pour se retrouver dans nos vins et ce n'est pas une réussite.
Le vin décidément n’est pas un produit banal. Quel autre breuvage peut se prévaloir d’être le sang du Christ. De procurer autant de bonheur, une irruption de douceur, quand on sait l’apprécier. Oui, oui, oui, il y a du divin dans le vin.
A chaque vin sa vocation et son plaisir, à chaque vin sa région, et même son village, son vigneron, et son histoire. La France est une mosaïque de terroirs viticoles absolument unique au monde, ne cherchons pas à sacrifier ce patrimoine exceptionnel. Le vin ne tient heureusement pas à un cépage, à un raisin, sinon tout le monde produirait le même jus !
C’est d’abord l’amour d’un vigneron pour sa terre. Sa volonté de l’embellir quand il n’a pas le travail de ses ancêtres à poursuivre. C’est la transmission de méthodes uniques. De vendanges plus ou moins exigeantes. Manuelles, c’est toujours mieux. Si possible en ne s’attachant à prendre que les meilleurs grains. Et le temps que l’on passe à surveiller ses vignes avant de pouvoir vendanger. L’importance des fûts. Ce ne sont pas dans les fûts les plus jeûnes que l’on fait les meilleurs vins. Le Château d’Yquem, considéré comme le meilleur vin blanc moelleux au monde n’a pas hésité dans son histoire à sacrifier tout une récolte estimée décevante. Ces années-là, il n’y eut pas de Château d’Yquem. Aucune bouteille ne fut vendue. Alors allez leur parler de faire du cépage aux De Lur Saluces, autrefois De Sauvage d’Yquem
Je crois que la solution est ailleurs. Plutôt que de tirer les consommateurs étrangers vers le bas en se mettant à vendre du cépage, faisons confiance aux vignerons-récoltants qui partent en ce moment principalement en Asie et en Russie pour faire connaître leurs vins. Avant de les faire déguster, ces vignerons n’oublient pas le travail préalable indispensable, l’éducation. C’est-à-dire qu’ils font l’effort d’expliquer d’où viennent leurs vins, quelle est la relation centrale et bienheureuse de leur pays avec le vin, de former le palais et l’esprit de ces nouveaux acheteurs pour qu’ils soient à même d’apprécier un produit qui a des siècles d’histoire. Un produit qui se mérite. Ces nouveaux consommateurs sont en train de découvrir notre culture viticole, alors pourquoi faire du cépage ?
Prenons le secteur du luxe. L’excellence française se vend très bien. Que l’on ait cherché à brader ce modèle et la France n’aurait pas le leadership mondial du luxe. Le luxe a ses «maisons» et cette griffe, cette qualité, qui se transmettent de génération en génération avec le succès que l’on sait. Le vin, lui, a ses châteaux, ses appellations, ses vignobles ancestraux. Le vin est un produit de luxe. Un luxe par la richesse de ses ors et de ses rouges, de ses saveurs, de ses textures. Un luxe pour les papilles et pour l’esprit. Qui en plus a l’avantage dans le verre de ne pas toujours coûter aussi cher qu’une bricole Chanel. Un luxe beaucoup plus abordable avec autant de savoir-faire, d’inspiration, d’artisanat, de temps entre les coulures, ces vagues onctueuses que dépose un vin mûr pour le boire lorsqu’on le balance du poignet. Du temps pour le faire et si peu pour le boire. Le consommateur est injuste. Aimons plus nos vignerons. Soutenons-les.


Si je puis me permettre, tout cela est très poétique mais peu pragmatique et un chouilla prétentieux (tirer les consommateurs étrangers vers le bas...). Les Français n'ont pas le monopole du savoir faire en vin, il serait temps que les vignerons de l'hexagone comprennent que l'étiquette "vin français" ne suffit plus à faire vendre et qu'ils seront plus forts ensemble que chacun pour soi. Des initiatives comme celle en Languedoc Roussillon où plusieurs organismes (représentant 13 AOC et 15 cépages) viennent de créer une marque commune "Languedoc Roussillon, South of France" sont des exemples à suivre.
Rédigé par: nde | 22/03/2006 at 10:23
Poétique, je ne vais pas en prendre ombrage, au contraire.
Mais peu pragmatique, je crois, excuse-moi, que c'est là l'avis d'un consommateur un peu trop "occasionnel" (c'est bien ainsi que tu te définissais dans ta note ?)qui n'a peut-être pas une culture, ni un amour suffisant du vin pour savoir en parler et donc essayer de savoir ce qui pourrait pragmatiquement résoudre la crise. Moi quand je vois arriver dans les rayons des bouteilles étiquettées - étiquette glossy pour faire vendre - uniquement en fonction du cépage, j'ai autant envie d'en acheter que d'acheter une bouteille de "la villageoise". Bien sûr j'exagère. Mais je crois que tu manques un "chouïa" de palais pour te mettre en travers des vignerons. "south of france", pfff... Graves et Haut-Médoc dans le bordelais, Pommard et Vosne-romanée en Bourgogne, par exemple, vont également devoir s'en tenir à une direction de girouette ? Des solutions applicables pour des vins de pays, et encore, pas au-delà !
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 22/03/2006 at 10:45
Occasionnel, certes, j'ai tout de même une cave à vin, achète chez Drouot,dans les foires et au salon des vignerons indépendants. Mon palais n'a donc pas à rougir. Consommateur occasionnel, donc, comme la majorité des consommateurs actuels, c'est à dire une consommation principalement festive (restaurants, diners, ...). Cela ne veut pas dire que l'on n'aime pas et que l'on ne connaît pas le vin. Bien au contraire. S'il faut, selon toi, avoir dégusté un chateau d'Yquem pour pouvoir parler de vin, alors je peux. Mais je trouve dommage d'avoir ainsi à me justifier...
Mon palais lavé de tout soupçon, revenons à nos moutons. Concernant le cépage, dont je parlais justement pour les vins de pays, c'est une solution pour mieux exporter. Celle-ci n'est bien évidemment pas à généraliser à toute la filière (les grands vins n'en ont pas besoin) et sur tous les marchés (les français sont habitués aux AOC). A chaque problème sa solution. Pour vendre, une des règles d'or, est d'adapter l'offre à la demande. Et la demande n'est ni uniforme ni figée. Si les américains aiment les étiquettes glossy avec la mention du cépage, adaptons les. Peugeot vend bien des voitures avec la direction à droite en Australie...
Rédigé par: nde | 23/03/2006 at 11:00
C'est bien...
Oui, Nde, adapter l'offre à la demande. Et tu ne généralises pas. Heureusement car le vin est un produit vivant, ce n'est pas un produit comme un autre et je ne l'apprends pas à l'amateur que tu es. A fortiori qui achète chez Drouot - mais on en demandait pas tant ! Trêve de provocation, c'est de bonne guerre, j'apprécie ta réponse, et ce débat que tu as ouvert sur le secteur. Je trouve quoi qu'il en soit que nos vignerons savent de mieux en mieux jouer les ambassadeurs de notre culture viticole et conquérir la demande féminine en Asie, par exemple. Je crois que c'est au Japon que les femmes ont pris l'habitude de prendre un verre de vin rouge à la fin de leur journée. Une façon de glisser de la performance de l'activité professionnelle à la douceur. Une invitation à la ... poésie.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 23/03/2006 at 11:59