Avez-vous confiance en vos médicaments ?
Cette question de confiance capitale a été posée aux français, qui, massivement, se déclarent confiants en leurs médicaments. Le taux d'"adhésion" n'approche cependant plus les 100% , comme c'était le cas une décennie auparavant...
J'ai saisi cette information sur France Inter, interloquée que cette station sérieuse ait pu la relayer telle quelle. Ce n’est pas le résultat attendu qui m’a frappée mais l'absence de pertinence de la question posée. Avez-vous confiance en vos médicaments ? ...Et pourquoi pas, avez-vous confiance en votre jardin malgré le doryphore ? Avez-vous confiance en votre pastis plutôt qu’en votre capacité à ne pas trop en boire l’été revenant ? Avez-vous confiance en votre boîte de chocolats plutôt qu’en votre capacité à y résister ? Avez-vous confiance en votre plaquette de beurre au lait cru… ça revient aussi à demander à un policier : avez-vous confiance en votre arme ? ça n'a aucun sens ! Le policier doit avoir confiance en un protocole de sécurité qui lui permet de vérifier son arme, de s’entraîner, et surtout, d’avoir confiance en sa maîtrise de cette même arme, en son self-control, à sa capacité à la dégainer à escient et à savoir où tirer. Nous ne sommes pas à la foire du Trône.
Tout comme nous n'avons pas à avoir "confiance" en un médicament.
Nous pouvons, en revanche, faire confiance aux laboratoires pharmaceutiques pour mettre au point un médicament plus performant (et parfois trop performant - habituation de l’organisme aux antibiobitiques) que celui du concurrent. Rappelons à ce sujet que les laboratoires pharmaceutiques sont extrêmement encadrés. La Commission de la Transparence a fait apparaître pour 2006, 58 ASMR (amélioration du service médical rendu). Quand la vox populi crie au profit, la lutte peut se jouer ailleurs. Sur le terrain éthique du progrès sanitaire et humain. Dans l'amélioration de la santé, bien sûr, mais aussi de la qualité de vie.
Non. La question eût été mieux formulée en ces termes : avez-vous confiance en la recherche médicale, en ceux qui libèrent le budget de la recherche, un budget qui permet à la médecine de progresser ? Et surtout : avez-vous confiance en ceux qui vous les prescrivent ? Avez-vous confiance en votre médecin généraliste ? Avez-vous confiance dans le personnel médical si vous devez atterrir aux urgences ? Avez-vous confiance en l’hygiène des hôpitaux, qui, soufrant de problèmes de budget semblent confrontés à un accroissement – du moins révélé – des infections post-opératoires ? Avez-vous peur des maladies nosocomiales ? Mais aussi, avez-vous confiance en vous ?
Les français sont les premiers consommateurs d’antidépresseurs, et, d’une manière générale, semblent souffrir de l’hypocondrie bien connue du malade imaginaire de Molière. Bref, de peur d’être malades, peut-être sommes-nous trop demandeurs auprès de notre médecin de médicaments en tout genre, confondus avec la boîte de Smarties. Pire, ayant par trop confiance en ces médicaments coupés de la posologie nécessaire et de la prescription d'un spécialiste ; croyant en le produit plutôt qu’en les acteurs de la santé seuls habilités à nous dire si nous devons les prendre, cherchons-nous le plus souvent possible à nous éviter une consultation chez un spécialiste, en donnant dans l’auto-médication à tout crin pour peu qu’il nous reste une boîte de friandises dans la pharmacie suite à un ancien traitement ! Et quand « y’a pu » bonbon ? Nous sollicitons la boîte à bonbon d’un ami, et quand lui non plus « a pu bonbon », nous allons voir le pharmacien plutôt que le médecin ; et si ça ne marche pas avec le petit bonbon sans ordonnance ? Alors là, oui, nous allons voir le médecin.
La conclusion à tirer de cette question de confiance ? Les français ont sans doute un problème avec les médicaments. Ils aiment trop les bonbons et ne se méfient pas assez des caries aux dents. Pour filer la métaphore, trou dans l’émail = trou dans la sécu. Dent infectée = mithridatisation du corps à un médicament. Abcès = effets secondaires, surdosage. Et quand ça devient trop grave, mauvaise posologie, mauvais médicament, indiqué par votre ami mais contre-indiqué par votre médecin si toutefois vous l’aviez consulté, l'issue peut bien être fatale. Pas si drôle ce billet d’humour...noir.
Quand on soulève la question de la confiance en les médicaments, l'on soulève donc avant tout deux questions : celle du budget de la santé et celle de la responsabilité du patient devenu consommateur. S'auto-médiquer, ce n'est pas se conduire comme quelqu'un de responsable. Et consommer du médicament au moindre bobo, c'est encore plus irresponsable ! S'il y a un produit qui ne doit pas se consommer à la légère, c'est bien celui-ci. Il doit être prescrit, on ne l'achète pas ni ne le gobe compulsivement pour soigner angoisses our seulement le petit bobo du jour. Derrière l'irresponsabilité, certes, un marché économique rentable. Un véritable eldorado économique qui parfois pervertit la nécessaire éthique sanitaire. Le fait qu'aux Etats-unis, les médicaments sans prescription médicale soient à la disposition des consommateurs ravale le médicament à un produit comme un autre. Une confusion dangereuse.


Tu soulèves un gros problème bien de chez nous: la consommation de médicaments à tout va...et spécialement de neurolyptiques (le français serait-il un brin douillet face aux légers bobos qui blessent plus l'âme que le corps??).
Oui, je sais, chaque individu est sensé être assez responsable pour s'auto-gérer (mais cela reste à vérifier...et en plus nous, français, sommes trop assistés dans bien des domaines), mais je pense que le principal problème vient du médécin traitant, qui est LE vrai responsable de ce "gavage" médicamenteux, de cette addiction provoquée par des renouvellements d'ordonnance trop fréquents.
Rédigé par: EmilieG | 27/04/2006 at 11:42
je suis d'accord avec toi, Emilie, avec une réserve. Certains médecins généralistes, en effet, cèdent au gavage par faiblesse, parce qu'ils ne savent pas dire non à des patients qui jugent de sa compétence au nombre de boîtes alignées sur l'ordonnance. Pas tous, certains médecins seulement se comportent en "dealers. Il y a plus de drogués que de dealers. Le problème du médecin généraliste, c'est qu'il n'est pas payé par l'Etat, (je ne dis pas qu'il doit l'être!!!) il est en statut libéral, ses patients sont donc ses clients, des clients qui peuvent changer de "dealer" si ça leur chante...C'est un travail de fond, il faut changer les mentalités.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 27/04/2006 at 11:55
Je n'ai pas dit que tous les médecins étaient des "dealers", je sais que certains sont vraiment conscient du problème de la consommation excessive de médicaments et se montrent raisonnables en expliquant à leurs patients que parfois un médicament peut faire plus de mal que de bien à un organisme.
Et Elise, tu as raison de parler de "clients" plutôt que de "patients"....car il faut savoir séduire les malades, les prendre dans le sens du poil, les convaincre des "plus" par rapport aux médecins concurrents (surtout pour le médecin débutant qui veut acquérir une nouvelle clientèle), afin de les fidéliser (même si désormais il y a ce fameux choix du médecin traitant). Mais il ne faut pas que ce statut de profession libérale (leur gagne-pain, soit!) les pousse à manquer de discernement et à avoir un comportement plutôt irresponsable.
Donc morale de l'histoire: à patient raisonnable, médecin professionel...et il ne faut pas prendre à la légère le choix de son docteur.
Rédigé par: EmilieG | 27/04/2006 at 12:15
Exactement ! :) + le fait hélas qu'une question sanitaire est liée à un marché économique extrêmement rentable.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 27/04/2006 at 12:21
Ouais, l'équilibre est toujours difficile à trouver. Faut-il pénaliser la majorité pour réprimer une minorité ?
Effectivement, seule une prise conscience collective , comme dans bien des domaines, peut arranger les choses.
J'en profite pour réagir au message que tu m'as laissé et je comprends ton attitude.
J'ai également eu affaire à une personne de ce genre (Une responsable de service alors que j'étais Responsable ADV) qui ma balançait moults flatteries et compliments mais me "chiait" dessus autant qu'elle pouvait avec le DRH et le DG.
Le premier m'appréciant tant humainement que professionnellement(et c'était réciproque) et m'ayant prévenu de la chose, j'ai jugé bon de conserver mon honneur et de ne pas répliquer. Le DG est allé jusqu'à me demander un beau matin ce que je lui avait fait (à elle) pour qu'elle me déteste autant, il n'avait jamais vu (à ses dires) autant de "haine". Je lui ai répondu qu'il fallait lui demander à elle. J'ai continuer à faire mon boulot puisque de toute façon c'est là dessus que j'étais jugé et je bénéficiait de la considération de tous les autres cadres. Tout juste me suis-je dispensé de faire pour elle ce qu'elle avait à faire.
Finalement, le DRH en a eu marre et l'a viré, me disant qu'il en avait assez qu'elle "pollue" l'esprit du président avec sa paranoïa, qu'il avait autre chose à faire.
On aurait quand même parfois des envie de meurtre !
C'est tout à ton honneur de pouvoir continuer à te regarder en face dans ta glace ! BRAVO et BON COURAGE !
Rédigé par: DADIER | 27/04/2006 at 13:42
Merci Didier, moi j'ai eu envie de lui casser la gueule mais avec mon poids plume c'était pas gagné ;-)Ton histoire se termine mieux que la mienne, grâce, en plus de ton équanimité, à un DRH et un DG intelligents et imperméables à la scélératesse. Et c'est ainsi que je souhaite à tous ceux qui pourraient en être victimes que ce genre de mauvaise blague se termine.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 27/04/2006 at 14:21