Scoop toujours ou réflexions sur la D.L.U.O. de la Presse et autres produits périmables
(Aussi jetable qu’un kleenex, l’article de presse ? Pas toujours mais le « scoop », oui !)
Séquence, je parle de moi et de ma profession. Normal dans le cadre d’un blogemploi ? A priori. La DLUO, vous savez, c’est cette date limite d’utilisation, c’est-à-dire de consommation OPTIMALE, qui figure au dos de tous les produits industriels. Un produit qui comme tous les produits a été produit par des gens payés pour le produire.
Un journaliste, vous vous imaginez peut-être qu’il écrit mais en réalité lui aussi produit. Et quand il est freelance, le p’tit journaliste, il doit être à tous les bouts de la chaîne. Il produit, il se distribue pour vendre son article, il crée, conceptualise, anticipe l’horizon d’attente des lecteurs du journal en proposant des sujets qui deviendront peut-être des commandes. Il peut à l’occasion jouer les photographes, les apprentis graphistes, les webchercheurs, les critiques gastronomiques, et j’en passe ! On ne le loue pas ni ne le surpaie spécialement pour cette polyvalence, on lui rend service…C’est que c’est turbulent un journaliste, pas la peine de chercher à le débrancher comme vous débranchez votre portable, même mort, il bougera encore !
Alors voilà, j’ai écrit un article – une enquête – sur un sujet d’actualité, l’affaire Toyal et tout ce que l’on s’est gardés de vous divulguer. Et c’est là que l’on touche au talon d’Achille de cette profession. Quand on est journaliste freelance (c’est-à-dire pigiste) et que, quoique « affiliée » à une rédaction prodigue en magazines, on cherche à vendre un article calibré différemment, voire pas calibré du tout, à une autre rédaction, je peux vous dire que c’est galère. D’abord, il faut essayer de le vendre cet article, voire de se vendre, et un journaliste n’est pas censé être un commercial, même si cet exercice très rhétorique ne me rebute pas. Mais en plus, il s’agit de le vendre vite. Car comme il s’agit d’un article d’actualité, avec un angle nouveau, une vraie pertinence (comment, je me vends ?..), on joue la montre et on enrage d’avoir passé du temps à bâtir un article qui informe plutôt que désinformer, d’avoir interviewé la bonne personne (non, non, c’est loin d’être évident…). Une enquête qui nous satisfait et qui pourtant ne sera peut-être jamais publiée parce que n’entrant pas dans les grilles d’urgence des plannings rédactionnels, des chemins de fer que l’on voudrait bien faire dérailler de temps en temps !
Bien sûr, le freelance n’a pas que des désavantages et offre une certaine liberté et même une dose d’émulation en dépit de sa précarité, mais il faut que ce soit là un choix et les récents projets de réforme de l’emploi en France, c’est de la précarité non-choisie sans valorisation d’aucune sorte. Une flexibilité aussi attrayante que la mauvaise perche qui casse dans la main du perchiste cherchant à franchir la barre. En conclusion, imaginez un régime de la pige étendu à toutes les professions. Vous faîtes du bon travail – du moins vous vous y ingéniez – vous travaillez sans compter vos heures, et au final, vous n’êtes jamais certain d’être rétribué. Non, vous ne pourriez pas souhaiter ce régime à votre pire ennemi…Mais attention ! Ne voyez aucune aigreur dans ce billet, car :
Vous êtes ou connaissez le rédacteur en chef providentiel d’un journal de qualité que je n’aurais pas essayé de joindre et qu’une enquête sans complaisance sur l’affaire Toyal intéresse ? Mettons-nous vite en contact ! J



Je passais par là et... voilà un billet (c'est aussi le cas des autres rubriques) qui donne envie d'être rédacteur en chef pour donner un petit bout de chance à son auteur. Ou plutôt, allez je me fais plaisir, à son auteure. Mais hélas je ne le suis pas et je n'en connais pas davantage. Bien dommage... Puisse les intéressés entendre et se manifester.
Ps. Au fait, j'aimerais bien la lire cette enquête...
Rédigé par: Louise Cros | le 11/04/2006 à 21:25
Merci Louise pour tes encouragements. Tu pourras la lire bientôt sur ce blog mais j'attends encore un peu, espérant la validation d'une Rédaction qui m'a envoyé un premier message qui pouvait me laisser espérer. N'hésite pas à repasser par ce blog !
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 12/04/2006 à 09:14