La force de l’habitude
Dans la veine tragico-comique « c’est arrivé près de chez vous », ce communiqué de l’Agence Presse sur un fait divers qui peut nous donner à réfléchir sur notre manière d’interagir avec notre environnement et notre faculté inquiétante (?) à nous désengager du présent :
« Une statue en bronze de l'artiste alsacien Hans Arp a été déboulonnée et volée ces jours derniers en plein centre-ville de Strasbourg (Bas-Rhin), dans le quartier de l'Esplanade, a-t-on appris mercredi auprès de la mairie.
"Le Torse des Pyrénées" est haut de 1,03m et pèse 70 kilos. La statue faisait partie d'une série de trois oeuvres érigées le long de la voie du TRAM, et très facilement accessible de la rue.
Le sculpteur, peintre, dessinateur et poète Hans Arp, né à Strasbourg en 1886, mort en Suisse en 1966, a participé à la création du mouvement Dada avant d'adhérer au surréalisme. Le Centre Pompidou, notamment, expose plusieurs de ses oeuvres. Une plainte a été déposée par la mairie de Strasbourg. »
Mais la vraie information, ce n'est pas tant que l'on puisse réussir à voler une statue de valeur dans un lieu public. Ne va-t-on bientôt devoir se contenter que de copies? A quand une copie de la Tour Eiffel ? Alors là, si on réussissait à la voler, ce serait vraiment très drôle ! Et dégagerait la vue ?...Non, ce qui fait sens c'est ce que ce communiqué ne dit pas. Aucun habitant ne s’était aperçu de la disparition de cette statue plutôt imposante et pas franchement transparente – comme vous pouvez vous en assurer, c’est en effet elle sur la photo. C’est un agent municipal qui finit par avoir le déclic. Pourquoi ? La force de l’habitude. Habitués aux objets qui composent notre environnement le plus proche, nous finissons par les traverser et ne plus nous apercevoir de leur beauté ou laideur, de leur dégradation, voire disparition.
Selon le contexte, il peut s'agir d'une manière de se libérer d’un environnement bétonné, oppressant, terne, morne, ou bruyant, en le remplaçant par une projection mentale plus agréable. Oui mais quand ce n’est pas le cas, quand c’est plutôt Versailles que la banlieue, notre faculté à jouer les passe-murailles interroge ; car être capables de lâcher l’action pour l’action pour prendre le temps d’observer, n’est-ce pas le meilleur moyen d’être présents dans le réel, d’en percevoir toute la densité tout en étant capables de l’enchanter ?
Le baladeur mp3 dans le métro, bien souvent, est l'illustration parlante de l'une de nos nombreuses stratégies de fuite, dont la course aux textos et appels superflus figurent d'autres exemples frappants. Dans notre volonté d'isolement, nous cherchons à éluder le réel avec ses objets et ses sujets en mouvement. Ses êtres humains. Or rien n'est monotone quand on a la capacité d'observer, quand on le regarde avec les yeux de Robert Doisneau ou Jacques Tati... et simplement les siens ! Quand on accepte d'ouvrir les yeux pour se laisser surprendre. Réapprenons à voir !


Ce fait divers ne révèle peut-être pas qu'une volonté d'isolement, quoique, mais il faut aussi considérer que nous vivons dans une époque où nous sommes toujours en mouvement, toujours pressés, souvent en manque de temps, constamment dans nos pensées... et cela laisse peu de temps à ma contemplation des événements qui se jouent autour de nous. En tout cas, cette note est comme un message, celui de prendre notre temps de vivre et de réaliser que nous sommes bel et bien vivants là, maintenant, alors profitons-en ! Merci Elise de nous le rappeler indirectement !
Rédigé par: marouschka | 24/05/2006 at 18:11
Ô combien c'est vrai !
On va courir voir les monuments classés ou pas en vacances et l'on ne voit pas l'église à cent mètres de chez soi !
Et il en est pour tout ainsi, c'est toujours mieux chez le voisin, sauf quand on gratte un peu.
Merci Elise de nous rappeler d'ouvrir un peu les yeux !
Rédigé par: DADIER | 24/05/2006 at 19:08
Merci à vous pour vos commentaires ! Je pars quelques jours et vous retrouve la semaine prochaine. D'ici là, je vous souhaite pêle-mêle un très beau week-end, (n'oubliez pas vos mères !!!), le job rêvé, de gagner au loto, de visiter pour la première fois la petite merveille d'à côté, l'église romane que vous aviez toujours négligée, de prendre un bain de soleil en chantonnant, de manger une glace Berthillon suivie d'un Haut-Brion, et tout ce à quoi je ne pense pas. A bientôt !
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 25/05/2006 at 16:55