PSYCHO ASTRO DODO
J’ai une question cruciale à vous soumettre…Etes-vous futiles ? Non, vous n’êtes pas spammés par féminin.com, elle.fr, cosmopolitan.fr, et j’en passe des mags féminins... Alors pourquoi cette question ?
Je découvrais dans une émission radiophonique « Sainte futile », la dernière fiction biblique d’une journaliste de Elle… Aussitôt, je pensais : quelques grammes de daube dans ce monde de bœufs... Que nenni ! A la fin de l’émission, loin d’avoir envie d’acheter ce roman sans doute dispensable et répondant au genre montant, paraît-il, de la « chicken litterature » - (littérature de poulette en français – traduire célibataire dans la lignée d’Ally McBeal et Bridget Jones) - j’étais néanmoins amusée du bagout que déployait cette journaliste pour servir son ragoût.
L’auteure nous raconte être partie d’un fait divers terrible : ou comment un jour Sharon Stone, vraie inspiratrice de ce roman, voulant rompre avec son image de sex-symbol, renonça au monde futile (pour y revenir), au maquillage, s’habilla en jogging, se coupa les cheveux, pour être promptement quittée par son mari, effrayé par ce premier stigmate de sainteté…De là, elle « bâtit » une intrigue autour d’une journaliste de la presse féminine. Toute ressemblance avec son auteure est purement volontaire ! En chemin vers une nouvelle vie entre futilité et spiritualité, « Sainte futile », l’héroïne, rencontre Dieu, qui, dans le roman n’est autre que Karl Lagersfeld. Avec de telles références, quelques minutes encore et j’étais convertie…Mais si ce roman, parfaitement futile, ne s’impose sans doute pas comme une œuvre capitale qui changera nos codes narratifs, son auteur défend avec beaucoup d’emphase et de drôlerie la notion de futilité dans un quotidien fait de tracas, de galères, d'injustices, de drames, d'évènements collectifs cruels.
Sainte Futile s’inscrit bien sûr dans la ligne de Elle. LE magazine féminin inspirateur de tendances qui se sauve de l’ennui que crée un trop plein de superficialité grâce à son équilibre entre articles « mode et beauté », « psycho », « astro » (dodo ?)… questions et enquêtes futiles et articles plus sérieux, bonnes plumes et le fait que des féministes s’y soient, dans l’histoire du magazine, exprimées. Sans en être cliente – sauf dans les salles d’attente où je le lis alors sans barguigner – l’équilibre entre futile et sérieux en fait un bon magazine.
Mais au-delà, j’ai envie de vous poser cette question : c’est quoi au fond le futile ? Futile, what’s that mean ? Tout ce qui n’est pas utile ? Tout ce qui est vain, secondaire, superficiel ? Oui mais c’est donc subjectif, ce qui n’est pas utile pour l’un peut l’être pour autre. Alors quelle est votre définition de la futilité ? Celle-ci, synonyme de superficialité exquisement délassante, comme l’on peut préférer le bain moussant à la douche, vous aide-t-elle à surmonter un quotidien pas toujours facile ? Où s’arrête le futile et où commence l’utile ?
Achetez-vous un disque, un rouge-à-lèvres, un vêtement, un livre ou un billet de concert pour oublier un déboire, une contrariété professionnelle ? Frôlez-vous l’achat compulsif dès que vous êtes contrariés ? Est-ce que vous vous scrutez dans le miroir pour cultiver votre narcissisme, pour vous rassurer, le contraire, ou le moins possible ? La futilité est-elle un moyen de fuir la réalité ou un équilibre des humeurs nécessaire comme la crème fouettée accompagne la Gariguette ? Une manière de refouler la bile noire. Une béquille, ou paraître pour être au monde et se conformer à lui ? De ne pas peser à son entourage, de ne pas peser à des êtres humains tous embarqués dans la même "galère" ? De jouer la comédie de la Comédie sans en être dupes ? Le nouvel antidote d'une société inique à la révolte ? L'opium du peuple... occidental ? Et pourquoi pas tout ça à la fois ?
Une société qui surconsomme n'est-elle pas vouée à subir le diktat du futile ? Et si oui, comment expliquer que le JT et son concentré de catastrophes soit aussi suivi dans tous les pays du monde ? L’audimat fonctionne aussi bien avec les drames, les vrais, qu’avec les émissions débiles.
La futilité n’est pas l'apanage des femmes.
Alors quel est votre rapport à la futilité ? Vous en fait-on parfois le reproche ? N’hésitez pas à témoigner. Je vous rassure, les caméras de Delarue ne vont pas surgir aussitôt après validation de votre commentaire…L’angoisse ! Une chose est sûre, chercher un emploi ne relèvera jamais du futile.


Quel sujet que la futilité !
Je fuis, autant que faire se meut car il arrive souvent qu'elle nous rattrape, la futilité qui mène ce monde et pousse l'humanité dans cette "compéticons" mettant les uns contre les autres et t'as vu ma voiture et r'garde mes lunettes mais moi j'ai l'dernier palm en faisant tourner à fond cette machinerie qui nous broie, cette société de cons sommations dont chacun se plaint mais dont tous sont les acteurs.
Ma femme trouve que rien ne me plait jamais, que je n'ai jamais envie de rien qu'il faut aussi savoir se faire plaisir (c'est notre gros point de divergence au milieu d'un tas de convergences heureusement)mais non, la futilité pour la futilité ne m'interesse pas et si j'ai envie de plein de choses, d'aller boire un café avec Diderot, de jouer aux cartes avec Van gogh, de partager l'absinthe de Rimbaud, de converser avec Dostoïevski, et je me fais des plaisirs solitaires (on fait c'qu'on peut) avec les mêmes.
Mais c'est quoi la futilité ? Voilà, tu as posé la bonne question, car ce qui l'est pour moi, ne l'est pas pour ma femme ou mon voisin.
Ne sommes nous pas nous mêmes futiles puisque "tu es poussière et tu retourneras à la poussière" ?
Rédigé par: DADIER | 19/05/2006 at 16:10
Belle réponse ! Merci Didier. Une absinthe avec Rimbaud... Il vous reste une petite place ? :) Mais oui, tu as raison, la futilité peut rejoindre la vanité. Et quel que soit notre dégré d'inféodation au paraître, quelle que soit l'importance que l'on attache au matériel, il y a toujours un moment où le "Vanitas Vanitatis" nous rattrape ou s'impose pour peu qu'on s'y soit préparé. L'être humain est magiquement complexe. Moi si je ne suis pas cliente des mags féminins, je vais ouvrir le Diplo, la revue Esprit, essayer de refaire le monde, pomper mon entourage avec la lecture augustinienne de Sade,je vais pourtant succomber à toute une série de périls matériels, fringues incluses, en sachant ce qu'il y a derrière mais ça ne m'empêche pas d'être une bonne consommatrice qui consommerait encore plus si elle le pouvait... mais redistribuerait aussi derrière, ah ! Et puis, oui, quand on ne donne pas un sens élargi au "futile", eh bien accepter de payer une fortune une première édition avec tel papier, tel tirage, quoique attaché à un objet culturel et investi par un artisan ça peut paraître aussi futile que la course au dernier palm ou dernier 4x4 metallisé pas adapté et qui pollue nos villes. Ce qui est intéressant, c'est de voir comment chacun de nous investit cette notion de "futile", ce que ça lui apporte, et bien sûr son incidence sociale.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 19/05/2006 at 16:41
La futilité, c'est TOUT ce qui éloigne, tout ce qui écarte, tout ce qui distrait de l'essentiel (et dans cette perspective, le JT est une excellente distraction, le JT est aussi futile qu'une bonne séance de ciné ou un tube de rouge à lèvres).
L'essentiel étant la recherche (et la réalisation) de notre VRAIE nature qui, déchargée du poids de l'ego, ne s'identifiant plus au corps physique, parvient à s'unifier au divin.
En résumé et à mon avis :)
Rédigé par: Agathe B | 19/05/2006 at 16:42
Waaah! Agathe, voilà une réponse qui apparaît très originale mais ne manque pas de sens tout au contraire. J'aime beaucoup ta façon de prime abord provocatrice de mettre en parallèle JT et lipstick.
Mais avant de se détacher de son égo, il faut composer avec lui et avec des règles sociales qui oppriment cette "vraie nature". Enfin, en plaçant le divin en nous comme l'ont fait et l'ont prôné Marguerite de Navarre et Erasme, c'est un appel à prendre possession de notre vie et à tout faire pour nous réaliser dans cette vie présente. Merci, Agathe.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 19/05/2006 at 16:52
Je double mon commentaire, voulant rebondir sur le beau message d'Agathe qui nous invite, je crois, à ne pas laisser passer notre vie en s'abrutissant et en se rengorgeant de vanité sans jamais se remettre en cause, sans jamais oser regarder qui nous sommes, en rappelant une lecture ou plutôt relecture. Le "de la brièveté de la vie" de Sénèque - dans un débat sur la futilité, ça s'impose.
Bon, ce n'est pas parce que dans cette acception large, ciné, JT, et même lectures les plus sérieuses deviennent futiles que l'on va cesser de s'informer, de se cultiver et de se faire plaisir ! :)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 19/05/2006 at 17:10
Bon je me confesse soeur Elise: il m'arrive parfois d'être "futile". Je l'avoue bien humblement, parfois la superficialité et la légèreté me gagnent: je fais des tests extraits de magazines féminins (dont je tairai les noms) lors de soirées avec des amies, je vais faire les boutiques et acheter un énième T-shirt qui n'est en rien utile car il a déjà une ribambelle de frères qui l'attendent dans ma garde-robe....et je crois que la liste est longue. Je suis un être humain, que veux-tu, donc faible et....futile!! Et je crois que la futilité est l'apanage de l'être humain: se soucier et s'intéresser à des situations ou des choses non vitales et en retirer une satisfaction ou un épanouissement. Par contre, je cours contre une idée préconçue (alors merci de l'avoir soulignée): il n'y a pas que les femmes qui sont futiles!!
Rédigé par: EmilieG | 19/05/2006 at 17:19
Mais Emilie, mes ouailles ont le droit d'être faibles ! Je te rassure, mon armoire regorge de petits hauts inutiles et ma trousse à maquillage de lipsticks dispensables.:)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 19/05/2006 at 17:24
Chapeau Agathe ! Voilà une belle définition !
A la fois on succombe tous plus ou moins et comme tu dis Elise, les oeuvres de Rabelais en vieux françois illustrées par Doré et datant donc du XIX comme j'ai eu le plaisir de m'offrir c'est aussi une futilité !
Peut-être sont-ce ces moments de futilité (pas forcément de vanité) qui nous permettent de revenir au Divin !
Rédigé par: DADIER | 19/05/2006 at 17:29
Fichtre ! Vous avez satellisé le débat. Merci, merci, merci.
ps : les illustrations de Gustave Doré venant rehausser une édition déjà succulente de Rabelais sans une vilaine traduction qui vient tout raboter. Mais on ne se refuse rien !!!
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 19/05/2006 at 17:37
Bien sûr, Dadier ! Avant de se transcender, il faut tout simplement ETRE. Et vivre et accepter de ne pas être parfait :)
La preuve, j’écris sur ce blog :)
… qui est d’une futilité terrible !
Rédigé par: Agathe B | 19/05/2006 at 17:44
La perfection ? Non merci j'en veux pas, ça dois être comme l'éternité, trop chiant !
Bien vu le clin d'oeil sur la futilité du blog !
Rédigé par: DADIER | 19/05/2006 at 19:05
Au fait, Elise, cet exemplaire en deux volumes m'avait couté les yeux de la tête mais voilà, c'est mon côté "compulsif" et donc futile encore que...
Tout ce qui nourrit le corps et l'esprit n'est sans doute pas futile, c'est p't'être ça la définition.
Rédigé par: DADIER | 19/05/2006 at 19:08
Oui je suis futile...je lis des magazines féminins, regarde des séries américaines, bien souvent pour décompresser, pour passer d'une journée de boulot au week end en douceur. Et il m'arrive aussi d'acheter des choses futiles pas chères mais pas du tout indispensable.
C'est ma mamière à moi de ne pas être sérieuse....C'est grave docteur????
Rédigé par: Eléonore | 19/05/2006 at 20:24
Au fait, j'aime beaucoup ce relooking, des couleurs chaudes, chaleureuses; et j'ai lu que tu avais eu des petits doutes...Il est vrai que la mise en page sur 3 colonnes n'est pas très facile car la taille des caractères s'en trouve rétrécit....pas facile pour une myope comme moi, mais je suis une de tes fans, alors rien ne me fera arrêter de te lire!!!!
Rédigé par: Eléonore | 19/05/2006 at 20:28
Futilement, je publie une petite note pétillante dans ma catégorie "pas piqué des verres de vin" à lire sans modération... et je me jette dans une salle de ciné pour découvrir Volver !
Merci pour vos commentaires et bon week-end à tous !
ps: j'ai une très belle édition de Cazotte, Dadier, qui a produit la même compulsion chez moi. Un seul remède pour en sortir saufs, fuire les librairies anciennes!!et parfois les librairies tout court... :)
ps2: c'est vraiment très sympa ce que tu m'as écrit Eléonore, merci ! :) et sur 2 colonnes avec le même habillage ce serait plus lisible ?
Voilà une question bien futilement insoluble...
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 20/05/2006 at 16:29