Paradoxe
La première note que j’ai publiée sur ce blog portait sur le clivage entre presse gratuite et presse payante ; billet à l’issue duquel je m’interrogeais sur l’impact négatif, en terme de ventes, que la presse gratuite pouvait avoir sur la presse payante.
Ironiquement, un mois plus tard, je devais animer une chronique régulière et parfaitement libre dans le choix et l'angle de mes sujets (c’est autour du golf mais ce n’est pas de l’info sportive brute) dans « Le Golf », premier gratuit consacré à l’actualité golfique et aujourd’hui géré par Next Publishing, la société australienne qui publie le magazine musical fameux, Rolling Stones.
Chronique que je continue d’animer.
Je trouvais donc intéressant de revenir sur ce paradoxe, d’expliquer quelle est aujourd’hui ma position.
Je vous épargne le discours versatile du « il n’est pas prouvé que la presse gratuite influe sur les chiffres de vente de la presse payante ». En revanche, ce sont de toute évidence deux problématiques très différentes. La rentabilité et qualité d'un titre de la presse payante reposent en grande partie sur l'apport de la publicité, la presse gratuite ne fonctionne, elle, QUE grâce à la pub.
Je ne suis toujours pas devenue une adepte inconditionnellement séduite - litote au rendez-vous...- de la presse gratuite sur des produits d’actualité généraliste qui se placent sur le même segment que les quotidiens payants. Je ne lis toujours pas « 20 minutes » et ne mets donc pas 20 minutes pour le lire…ceux qui ont entendu la pub comprendront.
Pour sortir de la dialectique presse gratuite / presse payante (qui n’existe pas encore, la presse gratuite n’est pas devenue un tel raz-de-marée et sa rentabilité, si elle a une belle marge de progression, n’est pas rédhibitoire pour la presse payante), je ne comprends pas comment un quotidien tel que Libération dépend du « sacrifice » de son cofondateur (avec Jean-Paul Sartre, ça invite au respect !), Serge July, qui subit le chantage économique du financier Rothschild se résumant à : si vous ne partez pas, je ne relance pas votre titre et vous laisse le soin distingué de déposer le bilan. C'est révoltant et donne une idée de la sinistrose - je l'espère passagère - que vit la profession.
De fait, la gratuité excède la presse print. Les sites web posent un vrai problème aux journaux, qui, s’ils sont en voie de rentabiliser cette a priori gratuité avec des archives payantes, des espaces abonnés payants plus riches en informations, et l’aspect non négligeable d’exposition publicitaire que cela peut leur apporter, pour l’instant, exploitent insuffisamment ce nouvel espace informatif.
Et que dire des radios ! Le média radiophonique est gratuit, fonctionnant largement grâce à la pub heureuse de trouver des auditeurs captifs possiblement moins libres de zapper (voiture) ; cette pub qui s'insinue entre vos programmes préférés sur les radios généralistes ou d’information, coupant les tubes de votre adolescence sur les radios musicales pour vous glisser un slogan…
La concurrence intra-médias, intra-supports, existe depuis longtemps au sein de la presse.
Est-ce à dire qu’il y a de la place pour tout le monde ? Non, mais pour les meilleurs « produits », (pour leur tenue, leur originalité, et leur réponse à un besoin du lectorat) oui, et c’est à vous de trancher. Idéalement.



Bonjour Elise,
je suppose que tu es Elise, car tes articles ne sont pas signés. Sans doute du fait que tu es l'administratrice du blog.
Je n'ai pas cédé à la mode du blog, dont je ne comprends pas l'engouement. Mais ce n'est pas de cela que je viens t'entretenir.
Il s'agit des gratuits, tu nous dis : "Est-ce à dire qu’il y a de la place pour tout le monde ? Non, mais pour les meilleurs " d'une part, c'est vrai que tu nous avoues travailler pour un gratuit, mais à l'étanger.
D'autre part tu nous déclares de façon péremptoire : "Je ne suis toujours pas devenue une adepte inconditionnellement séduite - litote au rendez-vous...- de la presse gratuite sur des produits d’actualité généraliste qui se placent sur le même segment que les quotidiens payants. Je ne lis toujours pas « 20 minutes » "
Est-ce à comprendre que seuls les gratuits qui ne parlent pas d'actualité généraliste seraient les "bons" ceux qui ont droit à une place ?
Je t'avouerai que la lecture de la PQR payante ne m'en apprend génélament pas plus que la gratuite.
Toutes les rédacs de PQR sont branchées à la pompe AFP- Reuters - AP et de ce fait nous déversent la même actu en quantité saturante!
A ce régime là, il vaudrait mieux que l'AFP fasse un journal papier. Nous aurions ainsi accès aux sources des sources.
Ce qui ne signifie pas que parfois l'actualité ressemblera à la réalité, mais au moins elle sera sans intermédiaires.
Donc tant qu'à faire lire les dépêhes de l'AFP ou de Reuter autant les lire gratuitement!
La presse et les média sont à un tournant. Il va leur falloir compter avec Internet. de tous temps l'humain à chercher à communiquer avec les autres en dehors des informations dites "officielles"
J'ai soutenu "20 minutes" lors de sa sortie et si je ne le lis plus, c'est parce que je préfère l'actu Google en gros titres. Pour en apprendre davantage je pars enquêter, histoire de me faire une opinion personnelle!
PS : je partage quelque part ton point de vue sur Madame Royal fille de militaire. C'est d'ailleurs elle qui m'a conduit vers ton blog. Je cherchais des infos à son sujet.
Rédigé par: Mireille | le 17/06/2006 à 13:01
Brillante déduction, Watson !
Plus sérieusement, bonjour Mireille.
Oui la "PQR (presse quotidienne régionale pour ceux qui ne seraient pas du métier) ne nourrit plus ses journalistes. Je connais un jeune correspondant local contraint d'accepter un job dont personne ne voulait, et surtout plus l'ancien occupant, héroïque, c'était ça où Quick. Vraiment sale temps pour la presse, c'est le constat auquel tout le monde arrive, c'était aussi l'objet de ma dernière conversation avec mon ancien patron, à nouveau très amical. Vous savez, être "péremptoire" signifie simplement ici s'engager, et en un sens, ne pas se trahir pour ne pas trahir les autres. Pour en rajouter, il existe des journaux de deuxième choix, comme il existe des morceaux de boeuf, de veau ou de poulet de deuxième choix. Ceci est bien sûr un exemple. Mais vous avez raison de rebondir sur le web, nouvel espace informatif, plein d'enjeux à saisir et en bonne voie de l'être. J'avais peur d'enfoncer une porte ouverte mais votre commentaire me rassure, dans cet exercice nous serons au moins deux ! :) Au plaisir de vous lire au hasard d'un clic,
l'administratrice du blog.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 18/06/2006 à 13:38