Artificiers de la haine
Ce fut « pire que son coup ». « Ce » ou les propos d’un homme politique italien exposé. Comment en finir avec la haine ? En commençant par en parler !Sans la nier, sans la minorer ni l'exacerber.
Premiers effets de l’impunité
Impunité, incitation à la haine raciale, nationalisme exacerbé, quand dans les rues de Rome des supporters italiens célèbrent la victoire de leur équipe nationale en entonnant gaillardement « Zidane, ta mère est une putain ». (Confère l’article de la journaliste franco-italienne Peggy Picot.)
Ce fait n’a rien d’un incident, d’une lamentable anecdote. Lorsqu’un haut représentant politique allume le flambeau de la haine et hisse l’étendard de la xénophobie, l’indignation doit originer un débat salubre pour nos démocraties. Celui de l’impunité.
Exemplarité inversée, de la nécessité d’une double sanction
Prévisible. L’impunité dont a joui Materazzi, le « boucher » du Calcio (surnommé ainsi par les supporters italiens), injuriant Zidane et pourtant accueilli en héros, rejaillit sur le corps politique et social et se décuple. C’est le problème de l’impunité ; dans l'esprit des gens, quand il n’y a pas sanction, c’est qu’il n’y a pas faute…
Après l’expulsion nécessaire de Zidane, tous ceux qui croient à la démocratie, au règne de l’intelligence et du respect plutôt qu’au Léviathan, ne peuvent qu’espérer que Materazzi soit aujourd’hui, lui aussi, lui enfin, sanctionné.
Z comme Z’A.F.P.
Mais il ne s’agit pas là de revenir sur la haine véhiculée par les propos de Materazzi. Je vous parle bien sûr des propos de Calderoli. Ils étaient « pires que mon coup » a déclaré Zidane. Vous en avez entendu parler ? Vous savez tous qui est Calderoli ? C’est l’ancien ministre de Sylvio Berlusconi et vice-président du Sénat italien. Un populiste de la pire espèce sans doute nostalgique du no dolce...Duce.
Le Mercredi 12 juillet 2006, nous pouvions en effet lire cette dépêche AFP relayée par un site canadien :
« Zinédine Zidane s'en est vivement pris mercredi au dirigeant populiste italien Roberto Calderoli, qui a dit que l'équipe de France était "composée de noirs, d'islamistes et de communistes", des propos "pires" que son coup de tête en finale du Mondial de soccer, selon le joueur. »
Zidane ou la voie retrouvée du civisme
Avec raison, il nous interpelle :
"Le vice-président du Sénat italien qui dit qu'ils ont battu une équipe de noirs, d'islamistes et de communistes, vous pensez pas que c'est pire ça? Vous ne pensez pas que c'est grave ça?", a demandé le joueur à l'occasion d'un entretien diffusé sur la chaîne privée TF1.
"Moi, ça, ça me choque"
Avait-t-il poursuivi. "Mon geste choque, mais ça, pour moi, c'est pire", a encore dit Zidane. "Quand vous entendez ça, ça fait mal".
Lui, ça le choque. Nous aussi ! Après avoir été sanctionné et avoir accepté sa sanction puis présenté ses excuses aux enfants mais pas à l'insulteur opportuniste, la déclaration du génie du ballon qui s'exprime ici en tant que citoyen est plus que jamais fondée.
L’incarnation de l’extrémisme en politique
Toujours dans cette dépêche AFP, cette brève description de Calderoli nous brosse le personnage : « Dirigeant de la Ligue du Nord, parti de droite populiste au ton souvent xénophobe, Calderoli avait dû quitter son poste de ministre des Réformes institutionnelles dans le gouvernement de Silvio Berlusconi pour avoir arboré un T-shirt avec une des caricatures du prophète Mahomet, au plus fort de la crise sur la RAI. »
Récupération xénophobe
Calderoli, raciste avoué, adorateur du plus blanc que blanc, qui n'admet le métissage, l'exogamie (à la rigueur) qu'entre régions, a bien sûr interprété la victoire de l’équipe nationale comme "une victoire de l'identité italienne, d'une équipe qui a aligné des Lombards, des Napolitains, des Vénitiens et des Calabrais et qui a gagné contre une équipe de France qui a sacrifié sa propre identité en alignant des noirs, des islamistes et des communistes pour obtenir des résultats".
"Quand je dis que l'équipe de France est composée de noirs, d'islamistes et de communistes, je dis une chose objective et évidente", a-t-il confirmé mardi. "Qui se scandalise et réclame des excuses ne se sent pas la conscience tranquille", a-t-il ajouté. »
Encore un provocateur qui provoque le plus impunément du monde. Et quand il s'agit d'incitation à la haine raciale (et religieuse) devant les micros du monde entier, et que l'individu qui les profère est le vice-président du Sénat, on a de quoi frémir. Cette Italie-là quel italien peut en vouloir ?
3 B
Nous pensions notre équipe dans la lignée des 3 B. Ces "blacks-blancs-beurs" victorieux de 98, symbole d’une intégration réussie - (alors que lucidement, au-delà de la beauté du symbole, celle-ci est loin d'être sans faille) - on la découvre passée au moulin haineux de Calderoli plutôt B.B. : Black panthers croisés avec des Bolchéviks, fichtre ! Monsieur Calderoli cherche à se faire peur ou plutôt à agiter les vieilles peurs xénophobes dans le sang de ses concitoyens sur fond de guerre froide collapsée au 11 septembre… Attention, éructe-t-il, les rouges sont de retour et ils s’unissent avec les méchants musulmans qui sont bien sûr tous des terroristes… Ridicule ! Dangereux ! Condamnables ces propos qui incitent à la haine raciale ! ça sent le Reich, ça sent très très mauvais. Alors qui jugera et sanctionnera Monsieur Calderoli ? Qui interdira un homme à la parole aussi nuisible de vie politique ?La liberté d'expression s'arrête où se perd le respect d'autrui.
Triomphe de la bêtise
Bien sûr, les plus flegmatiques et les plus confiants ne verront dans cette déclaration que le triomphe de la bêtise. Mais lorsque la bêtise a les rênes du politique et possiblement d’une nation, il ne faut pas la sous-estimer.
Qu’on nous rende la beauté
Rome a perdu Fellini. Après s’être débarrassée avec peine de Silvio Berlusconi au profit du plus respectable Prodi, à la beauté, à la grandeur de ses beaux-arts elle préfère à nouveau ne se souvenir que du Coliseo et des jeux sanglants qui s’y déroulaient. Une parenthèse, espérons-le, avant un retour à la raison. Au passage, Canal + a eu le nez creux, la série Rome qui exploite la veine spectaculaire du « real past times » est + que jamais d’actualité.
Les feux de la gloire
Et pour finir sur une note plus joyeuse. Quelques images plus indicatives qu’artistiques (j’ai préféré savourer ce moment plutôt que de soigner mes photos) des feux d’artifice du 14 juillet tirés sur le Champ de Mars.
Pour moi, c’est ça le 14 juillet. Un énorme gâteau coloré qui embrase le ciel. Un plaisir d'enfant qui continue adulte. Bref, une griserie transgénérationnelle. Photos prises depuis le jardin des Tuileries où les forains s’invitent jusqu’au 31 août. Faîtes donc un tour de grande roue, le point de vue est idéal : à vos pieds Palais Royal, la pyramide du Louvre, la Tour Eiffel, et au loin la grosse meringue du Sacré Coeur.






Que dire de plus, je suis autant choquée que toi et que, je l'espère, tous ceux qui auront entendus ces propos. Je me sens démunie face à ce genre d'individus, face au manque de réactions des politiques et peuple italiens... Ne rien dire, c'est accepter, et ça me fait peur ! Pour reprendre tes mots "ça sent le Reich, ça sent très très mauvais" ! Dans un autre genre, mais un peu le même style, on a aussi un Sarkosy qui prône une loi pour exclure les enfants sans papiers...
Rédigé par:marouschka | le 17/07/2006 à 09:33
O combien je te rejoins, Marouschka, je comptais justement faire passer deux communiqués de RSF qui dénonce cette chasse à l'enfant.
Rédigé par:Elise Mark-Walter | le 17/07/2006 à 09:55
Je suis atterrée et vois de moins en moins d'issue à ce marasme que nous vivons quotidiennement.
J'ai également une pensée pour tous les libanais et israéliens qui subissent en ce moment même cette haine que notre monde entretient irraisonnablement.
Je ne suis habituellement pas une catastrophiste mais je commence à me dire que tout est fichu ! :-)
Bon, je vais regarder Harry ce soir peut être que cela égayera les news !
Rédigé par:Voyageuse Provisoirement Sédentarisée | le 17/07/2006 à 11:41
Mes grands parents paternels doivent se retourner dans leurs tombes...eux qui ont fui le régime fasciste de Mussolini pour aller s'installer en France......
où un Sarkosy, aujourd'hui, les expulseraient, et où des italiens sont haineux et racistes du joueur de foo au député....
Je suis donc à la fois triste, et très en colère.
QUE POUVONS NOUS FAIRE pour que cette gangraine n'aille pas plus loin???
Rédigé par:Eléonore | le 17/07/2006 à 11:54
Vous citez deux exemples d'exaspération de la violence à des échelles différentes : Sarkozy chez nous qui nous fait de l'intégration à l'envers, et le Liban confronté à une Israël qui s'est écartée de la voie de la raison et fait, au fond, ce que les USA ont fait en Afghanistan, en bombardant un pays entier, en terrorisant des civils qui n'avaient pas à payer le 11/09, dans leur chasse à Ben Laden et ses hommes. C'est se compromettre avec ce que l'on combat. C'est révoltant, barbare, immoral.
Rédigé par:Elise Mark-Walter | le 17/07/2006 à 19:30