A tous ceux qui s'imaginent la peinture abstraite froide et cérébrale, attention, abstraction chaude, abstraction hot !
Abstraction chaude » ou « abstraction lyrique », c’est le nom que l’on donne à la peinture d’action produite de 1945 à 1956 par des peintres très hétérogènes, qui, à l’instar de Mathieu, Schneider, Soulages, considérant la peinture comme un événement en soi qui n’a plus besoin de représenter un objet ou même d’interpréter un référent lisible, la veulent la plus spontanée, à vif, la plus lyrique possible. .
Peinture immédiate, primale, équivalent français de l’Action Painting, l’artiste jette sur la toile ses pulsions inconscientes. Il donne de sa personne, on peut parler d'abstraction lyrique. Le lyrisme devant être l'expression la plus fidèle à l'artiste. La plus proche de son "moi".
Aujourd’hui autour de cette appellation à l’historicité aussi viable que l’appellation est floue - à force d’avoir rassemblé des peintres aux techniques ou démarches distinctes - le musée du Luxembourg réunit les toiles des peintres qui passèrent par ce courant polymorphe. Un courant abstrait qui valide en son sein Art informel, nuagisme, tachisme, paysagisme abstrait.
Voilà pour les brèves présentations. Entrons dans le vif du musée.
Une fois dans le temple muséal du Luxembourg, mon œil fut rapidement attiré par les encres de Michaux. Inconditionnelle du poète mais également amatrice du peintre-dessinateur, je connaissais sa passion pour les calligrammes à l’encre de Chine. Six dessins pour « mouvements » s’appuient sur la calligraphie pour esquisser la mise en mouvement singulière de personnages incernables. « Dessin mescalinien »
ressemble à un tracé sismographique. Encre de chine brune. Cri de la terre. Etrange et possédant.
C’est ça le pouvoir de l’abstrait, cette contagion de l’imaginaire, la part laissée non seulement à l’interprétation mais aussi au rêve et à sa plus extrême liberté. La projection peut être plus forte que face à une toile figurative. Soit elle sera immédiate, soit elle nécessitera plus de concentration. Parfois aussi rien ne vient. Car c’est le paradoxe de l'abstrait, la force de la projection ou son néant ; encore un hiatus de l’abstrait face au figuratif que n’explique pas seul le degré d’acculturation artistique.
A l'opposé, devant un sujet parfaitement identifiable, un autoportrait, des personnages, un paysage, une nature morte, cerner le référent vous oblige à ressentir ou à défaut vous évoque forcément quelque chose. La peinture abstraite peut vous laisser la tête vide.
Mais que vous soyez en coïncidence avec l’événement pulsionnel créé par l’auteur et le choc survient, comme devant cette toile totémique « sans titre » de 1947 de Gérard Schneider.
Un totémisme géométrique. Pas de référent. Comme une génération spontanée de l’objet. Le jaillissement d’une symbolique sacrée, d’un objet de rituel, d’un objet de protection engendré de nulle part. Longue fente jaune pour l’œil. Deux traits ocres pour la bouche. Deux bleus différents pour dessiner les contours du visage et le noir pour dire le reste. Comme un masque africain qui vous regarde de biais.
Jouant sur la luminosité,
"Composition" de Francis Bott évoque Miro.
Plus aveuglante encore, « Salve Regina » d’Alfred Manessier qui n’hésite pas à envahir tout l’espace de traits verticaux fluos, fushias, verts, bleus.
Cependant l’émoi devait survenir une salle plus loin. Dans un recoin modeste, « Ciel » de Nicolas de Staël
se rencogne pour de faux et m’appelle. On ne sait plus où est le ciel et où est la mer, les récifs. Peut-être n’y a-t-il de lagunes que le ciel dans ce dégradé d’aplats azurs dégrossi et ciselé au couteau. Il est vrai que mon affection allait déjà tout entière à son auteur.
L’exposition l’Envolée Lyrique se tient jusqu’au 26 août au Musée du Luxembourg (cliquez pour voir les oeuvres). Métro Saint Sulpice ou métro Odéon.
Plus d'informations sur le site du Sénat.


Là, je dois avouer que franchement je reste hermétique...
Sans doute dommage.
Rédigé par : DADIER | 31/07/2006 à 20:56
moi j'aime assez mais se sont les couleurs qui m'attirent, pas trop le ressentit car les toiles ne me parlent pas toutes.
Merci pour l'info.
Rédigé par : Hanen Dechaux | 01/08/2006 à 00:28
Merci Elise de ce témoignage qui nous fait (re)découvrir l'abstrait. Pour autant, bien qu'amateur aussi, il manque dans l'abstrait souvent la touche qui nous permet de nous reconnaître dans la même pensée que l'artiste. D'ailleurs, dans ton voyage la dernière oeuvre que j'aime bien aussi, t'a semble-t-il accrochée car l'artiste a su communiquer son impression. Merci encore de nous faire partager tes visites.
Arnimaje
Rédigé par : arnimaje | 01/08/2006 à 09:56
je crois surtout que l'abstrait, c'est du tout ou rien : soit la toile vous parle et vous aspire sans que vous puissiez vous en détacher, soit elle ne vous parle pas bien que vous puissiez poser un discours sur elle, l'analyser avec votre intellect sans que vos affects soient touchés.
Je reviens de ton blog, merci à toi de nous avoir fait partager ton escale provençale gorgée de soleil. Le jaune revigorant de Van Gogh s'en ressent même dans l'atmosphère archi polluée de Paris.
Et j'en profite pour battre le rappel, tu ne veux pas tenter l'aventure des Victoires du Blog emploi, Arnimaje ? :)
Rédigé par : Elise Mark-Walter | 01/08/2006 à 10:20
merci Elise de me le rappeler. Je viens en effet tout juste de m'inscrire!
Je sais que Paris mériterait d'être installée à la campagne comme le disais Alphonse Allais. Je me souviens des 10 ans passés à Paris et de certains retours en avion survolant une forme oblongue rose-mauve-marron au dessus de Paris....Même Londres n'a pas cette chappe! (NY si en revanche!) et dire que je n'hésiterais pas à revenir pour un nouveau job! :)
Rédigé par : arnimaje | 01/08/2006 à 14:04
Merci Elise pour ce lien ! Perso, je n'accroche pas avec l'art abstrait. Couleurs trop sombres pour la plupart, trop de traits que je perçois comme autant d'aggressions, j'aime les courbes, les rondeurs, les couleurs qui se mélangent délicatement, qui se fondent les unes dans les autres pour évoquer le tourbillon de la vie, totalement le contraire de ce que m'évoque l'abstrait ! L'abstrait a le mérite de laisser une totale libre interprétation aux spectateurs, mais moi je ne ressens rien devant, ma vie n'est pas abstraite ! Merci quand même Elise :) !
Rédigé par : marouschka | 01/08/2006 à 14:51
Clique sur le site du musée du Luxembourg qui se trouve dans l'article, tu retrouveras toutes les oeuvres, avec des couleurs sombres ou plus pétulantes que peutêtre tu préfèreras :)
Rédigé par : Elise Mark-Walter | 01/08/2006 à 15:09
Oui Elise, c'est ce que j'ai fait avant d'écrire ce commentaire. Même si toutes les oeuvres ne sont pas toutes sombres, je reste sur ma position... :)
Rédigé par : marouschka | 01/08/2006 à 15:12