Marilyn – sa dernière séance
Norma Jean Mortensen mais pour nous tous Marilyn. L’immarcescible icône.
Le sex symbol, l’essence même de la star hollywoodienne, le mythe, la bête des photographes, et à jamais, l’énigme. Née en 1926 à Los Angeles, elle y décède en 1962. La boucle est bouclée, ses boucles blondes peroxydées marqueront à jamais le 7e art. A Paris, le Musée Maillol lui consacre une exposition jusqu’au 30 octobre 2006.
Marilyn Monroe. Tout simplement Marilyn. Un personnage. Un destin douloureux. Une mère souffrant de problèmes mentaux. Un père qu’elle ne connaît pas. Un premier mariage avec un inconnu pour s’en échapper.
Ce père qu’elle cherchera probablement dans tous les hommes qu’elle aimera sans bonheur.
Plastiquement, le rêve. Le rêve plus Hollywood. Equilibre des courbes, des jambes parfaites, la grâce. Tous les fantasmes. Une blondeur mythique. Un peu facile, un peu idiote.
D’abord modèle avant que les studios Columbia puis la Fox ne lui donnent sa chance.
Et ensuite les plus grands réalisateurs. Huston, Mankiewicz…
Des scènes célèbres en cascades. Niagara de clichés que suscite sa blondeur. Puisque les hommes préfèrent les blondes …
Une voix de Betty Boop qui fait tomber les hommes. Les hommes… Trois mariages et un enterrement. Le champion de baseball DiMaggio, le dramaturge, essayiste Arthur Miller, et bien sûr, JFK. Elle se mariera avec les deux premiers mais pas avec Mister President. Pourtant, she « wanna be loved by you ».
Quand la ville dort, l’actrice tombe le masque.
Plus de gravité que d’insouciance. De tristesse que d’ivresse. D’intelligence que de baby doll.
La femme fatale pour des millions de spectateurs s’est révélée fatale à elle-même.
Trop de clichés. Une grossesse manquée. La dépression. Puis la fin de l’horizon hâtée par elle ou bien …
Marilyn est retrouvée morte dans la nuit du 4 au 5 août 1962. Cause du décès : overdose de barbituriques. Elle tenait un téléphone à la main…Si la police conclut à un suicide, les circonstances de sa mort restent opaques. Elle était liée à JFK qui fut assassiné. Cette fin aussi tragique que mystérieuse fera d’elle l’une des héroïnes, si ce n’est l’héroïne la plus regrettée du XXes.
Un mythe accessible. Faussement accessible.
Derrière la blondeur, le vrai. Derrière la spontanéité et la jovialité séductrice de l’actrice, la rivière sans retour du désespoir, d’une profondeur niée qu’une avalanche de biographies peinera à réhabiliter.
Certains l’aiment chaud, c’est peut-être ça le problème. Plus mater dolorosa que légère, plus brune que blonde, plus indocile que pin-up, plus tragique que comique, Marilyn après s’y être prêtée avec une photogénie sidérante a été assassinée par nos fantasmes avant de l’être plus concrètement par le fait, peut-être, qu’elle en savait trop. Secret d’état ? Ou en savait-elle trop sur l’écart entre le soi et l’être au monde ?
- L’exposition « Marylin - La Dernière séance » rassemble au 61 rue de Grenelle, dans le VIIe arrondissement de Paris, les dernières photos de Marilyn. Belle initiative du musée Maillol. Pas de « pou pou pidou ah » ! Mais une grande lassitude. Sous le reflex du portraitiste Bert Stern, la star se prête pour la dernière fois au jeu des séances photos. Elle se suicidera la même année.
A l’origine, une commande pour le magazine Vogue. Des 2571 photos de The Last Sitting (titre anglais de l’exposition), Bert Stern, qui n’est pas un inconnu et venait de photographier Liz taylor sur le tournage de Cléopâtre, n’en retiendra que 59 pour un musée américain.
Elles deviendront ensuite la propriété de Leon Constantiner, un collectionneur new-yorkais.
C’est cette sélection qu’expose aujourd’hui le Musée Maillol.
Des photos au plus proche des derniers instants de Marilyn. Une séance voulue par le photographe dans une suite de Bel-Air à Los Angeles plutôt que dans l’espace déshumanisé d’un studio. Marilyn, sex-symbol de la volupté, accepte pour la dernière fois de sa vie de jouer avec les fantasmes qui lui collent à l’icône. Elle pose plusieurs fois avec un verre de vin, dénudée, décadente, tend sur ses seins la transparence d’un carré de soie tandis que Bert Stern habille des clichés choisis – tous en noir et blanc – de touches colorées, clin d’œil au pop art. Mais rien n’y fait. C’est le désespoir qui se lit dans ses yeux et qui bouleverse. A la lisière du voyeurisme. Sur certains portraits cadrés très serrés avec rang de perles, l’image si belle soit-elle, a un parfum douloureux d’épitaphe, d’hommage nécrologique.
Ici la décadence n’a plus qu’un seul sens, celui du mot fin qui s’affiche au terme de la séance.
Coupé. Rideau.
Il n’y a plus aucune naïveté dans l’indolence mise en scène. Les poses les plus frivoles se chargent d’ombres. Le vin n’est pas celui de l’allégresse, de l’hédonisme, de la vie, mais celui du dernier repas ; d’une star repue de l’ivresse.
Cette séance si proche de la fin de Marilyn nous restitue la densité de la star, et c’est en cela que Bert Stern a signé le plus poignant hommage.
L’ultime rendez-vous ne fut pas manqué. La star a fondu. Son corps est plus mince. Ses traits plus marqués. Belle mais d’une beauté mortifère.
Ma préférée est sans conteste un cliché dans les tons dorés un peu flou. On y voit Marilyn allongée sur un lit rejetant la tête en arrière et semblant partir d’un rire qui n’a rien de factice. La photo est émouvante. L’expo prend aux tripes. Elle n’est pas facile, elle est parfois pénible, on ne passe pas vite, au travers, les photos s’inscrivent en vous.
Une autre encore où, très Ingrid Bergman dans Stromboli, vêtue de noir, de profil, fermant les yeux, Marilyn semble se recueillir loin des strass, loin de la futilité de la gloire et des sunlights. Connaissant la fin de l’histoire, nous savons que le cliché n’a rien d’une mise en scène, d’un rôle de plus.
Il n’aura pas fallu sept ans de réflexion aux spectateurs pour l’adorer, il en faudra infiniment plus pour que la mousse recouvre son nom. Un mythe ne meurt jamais Chacun continuera à avoir des raisons de se retrouver en elle. Bye bye Babye !




Quelle belle note, Elise !:-) J'ai toujours eu un faible pour Marilyn et sa photogénie me renverse toujours autant. Je glisse de ce pas un rendez-vous avec elle dans mon agenda...
Rédigé par: Corinne | le 17/07/2006 à 16:21
Bel hommage, écrit d’une plume sensible et délicate.
Une très belle expo, bouleversante, poignante, où l’on sent très bien que Marilyn s’est déjà éloignée de tout : elle est morte 6 semaines plus tard.
On en sort les yeux éblouis et la gorge serrée.
Rédigé par: Agathe B | le 17/07/2006 à 16:57
Marylin.... Je n'dois pas être comme les autres hommes, ça me fait pas grimper aux rideaux !
Trop "préfabriquée" la dame !
Mais ce fut par les autres et c'est ça le drame, comment on peut tuer quelqu'un qui est de nature sensible et simple...
Moralité : restons soi-même !
Rédigé par: DADIER | le 17/07/2006 à 16:57
Tu étais donc déjà des premiers visiteurs, Agathe ? :)
Oui vas-y, Corinne, n'hésite pas. tu peux le programmer le week-end - en dehors des d'Orsay ou Louvre envahis de touristes qu'il neige ou qu'il pleuve, il y a nettement moins de monde dans les musées en ce moment. Maillol est très fréquentable et je ne te parle même pas du Luxembourg, rien à voir avec l'exposition Philips et ses records d'attente!!!
Ah, Dadier, tu es l'un des rares à ne pas être touché par sa grâce fragile. Rares ceux qui s'imposent si forts dans l'histoire que seul leur prénom suffit. Marylin est de ceux-là qu'elle fasse ou non "grimper aux rideaux". Ce qu'elle a incarné ce n'est pas l'artificialité (ou alors sa crucifixion) mais une féminité complexe en miroir pour des générations de femmes faisant croiser, sa photogénie et son charisme d'actrice bien réel à sa destinée de femme abîmée, de star en dehors de l'écran mais toujours dans les colonnes de la presse, existe toujours. Une star telle qu'elle ne peut plus posséder son destin, un mythe absolu qui parle autant aux hommes qu'aux femmes.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 17/07/2006 à 17:24
Trop belle femme maryline même si je suis un peu d'accord avec dadier , c'est un peu une fille "starisé" "préfabriqué" mais comme tant d'autres qui sont qd même vachement séduisante!! Oui je suis un homme!
Rédigé par: Vince Ben | le 17/07/2006 à 18:11
Très bel article Elise !!! J'ai toujours un faible artistique pour les pin-up et je les crois bien plus maligne que l'étiquette qui leur colle à la peau. La preuve par un très beau reportage de Marilyn sur Arte il y a quelques semaines, où ils démontraient qu'elle a toujours cherché à jouer des films plus consistants que ceux d'une blonde décolorée sans cervelle. Mais ses producteurs ne lui ont jamais cédé et lui ont fait miroiter que sans cette image, elle n'était rien ! Elle était utilisé, prisonnière d'un rôle qui lui échappait et sa vie fut loin du conte de fée...
Rédigé par: marouschka | le 18/07/2006 à 10:05
Très touchante Maryline, à la fois si fragile et si "femme"; à la fois proche et inacessible.
Mais rien que pour "Some like it hot" un de mes films fétiches, j'irai voir l'expo qui lui est consacrée si j'étais à Paris.
Rédigé par: Eléonore | le 18/07/2006 à 12:16
Excellentissime, Some like it hot !! Marilyn savait jouer avec son image et les fantasmes qu'elle suscitait à l'écran, moins dans sa vie privée, hélas. A tous ceux qui n'habitent pas Paris, accordez-vous un we ;-)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 19/07/2006 à 14:29
Pauvre Marylin dépassée par un destin qu'elle n'a jamais pu controler ou à défaut assumer. Je ne suis pas si sûr que Marilyn ait vraiment maîtrisé son personnage. Elle fut comme un bouchon fou emporté sur un torrent, certes surnageant mais incapable de maîtriser son itinéraire. Le plus déporable fut peut être l'escapade Kennedy (qui sait si elle ne lui pas fatale?)
En tout cas bravo et merci once again- pour cette note
arnimaje
Rédigé par: arnimaje | le 19/07/2006 à 16:07
Impertinente, peut-être, mais pas toujours pertinente!
Marylin malgré tous ses malheurs, n'a pas subi un mariage avec "l'écrivain pornographique Henry miller", mais bien avec Arthur Miller, grand auteur dramatique américain et de gauche, auteur entre autres du scénario des Misfits. Intéressant que vous fassiez une telle erreur, comme si Marylin ne pouvait susciter qu'une passion érotique.
Rédigé par: huc marie | le 28/11/2006 à 18:24
Fichtre, mais vous avez la dent aussi dure qu'une lectrice de Télérama, Marie. :) Du moins si l'on se fie à leur dernière campagne.
Bonsoir et bienvenue, je ne crois pas vous avoir déjà lue. Merci de relever cette erreur effroyable qui fait de Marylin un double d'Anaïs Nin. Cette note est maintenant rectifiée grâce à vous.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 28/11/2006 à 19:44