Comme les autres
Quel regard portez-vous sur les SDF que vous rencontrez dans la rue, le métro ? Et comment réagissez-vous quand ils vous abordent ? Est-ce que vous vous renfermez sur vous-mêmes, est-ce que vous essayez de les aider d’une pièce ou d’un ticket resto aussi souvent que vous le pouvez ? Etes-vous indifférents, ou tentez-vous de l’être par impuissance ? Avez-vous pitié, ou affichez-vous au contraire un sourire sympathique ? Tout autre sentiment ?
S.D.F. Chacun croit que sous cet acronyme se cachent trois mots identifiables : Sans Domicile Fixe. Mais n’est-ce pas plutôt, Sans Décision Fondée. Comprendre : sans Raison apparente. Etres privés de la Raison qui ratiocine, du cogito, de la conscience, qui vous distingue de la bête.
A lire sans y faillir sur Le Monde , l’article « SDF enfin réhumanisés » par le sociologue Alain mergier.
Son postulat saillant d’intelligence : Les tentes de Médecins du Monde n’ont pas rendu visibles les SDF, ils les ont rendus à l’humanité. Que nous ne nous sommes pas habitués à la souffrance. Que l’habitude de contempler « la misère totale » ne crée pas l’indifférence, mais que c’est un discours qui tend à les priver de leur faculté de jugement qui nous a insensibilisés en nous conduisant à les considérer non plus comme des hommes mais comme des choses irresponsables de moindre importance, qui, ainsi réifiés, glissent sur nous, sur la conscience que nous avons d’eux. Délivrés de la culpabilité, aussi coupables envers eux que la semelle de nos chaussures ressent de la culpabilité à écraser une feuille morte, nous pouvions les voir sans les voir. L'hiver, c'est le carton dont ils se recouvrent qui nous frappe plus que leur extrême et intolérable dénuement. Bref, « ce n'est pas l'habitude qui rend insensible mais bien, au contraire, c'est un processus d'insensibilisation qui permet à l'habitude de s'installer ».
Insensibilisation portée par un discours « humanitaro-interventionniste » malveillant malgré lui, qui, en les déresponsabilisant a occulté l’humanité du SDF ; nous arrangeant tous !
Aujourd’hui, ces tentes leur permettent au vu et su de tous (contrairement aux foyers) d’accéder à ce prérequis qui fait de nous des êtres humains : la pudeur, l’intimité, la possibilité que nous avons de nous soustraire au regard des autres. Des tentes individuelles émergent donc à Paris où tentent de survivre 10 000 SDF. Ilots d’intimité qui s’imposent alors à notre (mauvaise) conscience. Ils ne sont plus « le décor », ils sont dans le décor au même titre que nous. La conscience politique peut alors émerger et les médias s’en emparent, questionnant le SDF sur ses besoins, faisant de lui un individu à part entière. Comme les autres. "Eux", ce sont "vous". Vous. Est-il possible de s'habituer à l'idée que Vous soyez dans la rue, vulnérables, sales, exhibés ? La mendicité, et plus largement la misère, continuera à être choquante aussi longtemps qu'elle existera. Et le choc doit être sans pare-chocs ou caramboler sans fin. Dépêchez-vous de lire cet article aussi brillant qu’implacablement indispensable.
Rappelons enfin que la mendicité est passible de prison dans certains pays, principautés et mêmes villes françaises.
Mais "nettoyer" les rues de ceux qu'une strate sociale extrêmement favorisée ne veut pas voir, réprimer la mendicité sans permettre qu'elle n'existe plus par des moyens autres que répressifs revient à nier la misère. Aucunement à la résoudre.




Quand on a la chance d'avoir un toit, une famille, un projet de vie... qui abrite qui soutient qui entoure qui prodigue de l'amour... Comme il est aisé de se voiler la face, et d'oublier que de licenciement en recherche d'emploi, de refus en rejet, d'assedic en rmi, de sociabilisé en exclu, de nanti en démuni, on finit par se retrouver, Sans Détermination Fondée... déclassé, oublié, fondu dans le paysage d'une arrangeante indifférence passive.
Rédigé par: ASF | le 11/08/2006 à 15:07
oui, ASF. Tu as utilisé un mot (pas qu'un) important : la passivité. Mais une passivité à la fois née d'un discours "insensibilisant" ; passivité bien sûr par confort, mais surtout par impuissance à savoir comment agir. Et ce fichu décalage qui fait de la compassion un sentiment dévolu aux bons catholiques quand il n'est pas suspect.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 11/08/2006 à 15:15
Procesus destructeur de déshumanisation...dans lequel nous sommes souvent et malheureusement pris en otage.
Toujours et plus que jamais regarder l'Autre dans son humanité.
Il y a quelques temps, j'ai veçu une scène terrifiante :
Un homme (40/45 ans) un SDF comme on dit...agenouillé, muet, le regard fixe avec sa pancarte (et toute sa souffrance, et sa faim, et ...) passant à ses côtés et à côté de moi, un père et son fils de 6 ans, le père dit à son enfant "allez dit lui" et l'enfant de s'exécuter : "Allez espèce de fainéant, si tu veux du fric, t'as qu'à aller bosser", et le père de féliciter son fils....
Il est loin le temps où on réservait toujours la place, un repas aux pauvres dans les maisons...bien loin, hélàs!
Rédigé par: Eléonore | le 11/08/2006 à 15:25
J'avais écrit une note sur ce thème. (http://antoniasavey.blogemploi.com/chronique/2005/12/a_midi_jai_renc.html)
Des personnes en état de précarité que la vie avait placé sur mon chemin... Je te rejoins, Elise, non, la compassion n'est pas une tare. C'est comme notre rire, une différenciation de notre nature humaine. Enfin pour certains d'entre nous.
Rédigé par: ASF | le 11/08/2006 à 15:32
Quelle scène! l'envie de gifler cet horrible bonhomme (le père, pas le fils) m'aurait sans doute démangée.
cette scène que tu évoques, Eléonore ainsi que ton dernier commentaire ASF, m'en évoque une autre : Un sdf est mort au début du printemps près de chez moi. Il était familier dans le quartier. Avait survécu à l'hiver à l'abri d'une tente pour mourir au printemps à bout de forces. Des fleurs et une sorte d'oratoire ont balisé l'endroit où était "plantée" sa tente. Il n'est pas mort dans l'indifférence - et, consolation, quoique ça ne l'ait pas sauvé - n'y a pas vécu tout à fait.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 11/08/2006 à 15:36
Ca me fait peur... J'ai vécu un hiver difficile financièrement à aller voir les services sociaux pour finir le mois car il ne me restait même plus un euro en poche... Je croisais alors impuissante les regards des dits SDF en remerciant mes deux amis qui m'hébergent toujours... Parce qu'il n'est pas vain de penser que cela peut arriver à tout le monde... En perdant un emploi rémunéré correctement, les indemnités chômage ne permettent plus de payer un loyer à Paris alors en fin de droits avec un RMI...
Encore aujourd'hui, je suis fragile et les services sociaux ne peuvent rien pour moi : trop de misère, je ne suis pas prioritaire ; ni pour un logement ni pour la CMU.
Rédigé par: Voyageuse Provisoirement Sédentarisée | le 11/08/2006 à 16:06
Quel scandale, il y a tant de couleurs sombres dans palette de la précarité. Et en effet mieux vaut être entourés car on peut glisser du plus complet confort au plus complet désarroi.
Oui, à tous. Il ne fait pas bon être précaire nulle part mais à Paris, plus que dans tout autre ville en France, c'est encore plus dur. Tiens bon, VPS, tu as ces amis, des indemnités et tu viens de décrocher un job de blogueuse. ça sent quand même la roue qui tourne! où en es- tu ? tu planches sur le contenu, le design ? n'oublie pas de donner le lien!
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 11/08/2006 à 16:37
La misère est partout. On ne peut plus dire qu'il n'y a qu'une seule catégorie de S.D.F. comme il y a 20 ans. Que l'on soit étudiant, en situation de recherche d'emploi ou retraité, voire même salarié, il est difficile de trouver un toit. Difficile aussi de rester insensible. Mais que pouvons-nous faire à part de temps en temps soulager notre conscience et donner un peu d'argent à un S.D.F. croisé sur notre chemin. Nous ne pouvons pas malheureusement remplacer un système qui se soustrait à ses responsabilités. Est-ce aux citoyens français de donner encore et encore de leur poche ?
Pour la petite histoire : j'ai connu la galère de trouver un toit au moment de mon divorce : on ne fait pas confiance à une mère de famille seule avec deux enfants !!!
Rédigé par: loubiana | le 11/08/2006 à 16:56
Les proprétaires et les agences immobilières ont à peu près autant de sollicitude que les banquiers! Oui, Loubiana, a priori on ne le peut pas. Mais c'est peu à peu qu'un système confronté à ses failles qui deviennent si béantes qu'elles ont la taille d'un rift peut changer, la culture de ses dirigeants inclinant à plus ... d'équité. et ce ne sera pas un sauvetage organisé sur le plan humain, un sauvetage éthique mais simplement un sauvetage économique. Partant du constat que des pauvres, toujours plus de pauvres à partir - cyniquement - d'un certain seuil que nous n'avons pas encore atteint mais peu s'en faut sans doute - ça ne fabrique pas plus de richesses mais bien de la pauvreté rien que de la pauvreté, de la disette, de la promiscuité.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 11/08/2006 à 17:09
J'attends le contrat et tous les codes pour ouvrir le blog... Cela devrait arriver incessamment sous peu !
Rédigé par: Voyageuse Provisoirement Sédentarisée | le 11/08/2006 à 17:15
Tant mieux ! En attendant tu peux déjà creuser quelques pistes :)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 11/08/2006 à 17:19
c'est vrai que Paris concentre malheureusement une population de SDF ...ailleurs aussi mais le raté des tentes est surtout parisien. Le fait est que tous les pays ont leurs SDF et leur situation est peut être encore pire car plus irrémédiablement exclus.
Les solutions : de deux choses l'une soit on est interventionniste en assurant un hébergement ou équivalent avec tous les risques que cela comporte et surtout les dérives (l'exemple des tentes en est un témoin bien désolant)sachant que ce n'est qu'un palliatif de court terme, soit on essaye de prendre le phénomène à la racine en agissant sur l'exclusion par perte de statut social et d'occupation. En d'autres termes , c'est prôner plus ou moins un modèle de coopératives sociales qui seraient délocalisées dont la vocation pourrait être avant tout la resocialisation par l'activité. Une initiative très socialiste qui coûterait peut être moins cher au niveau étatique. A méditer.
Rédigé par: arnimaje | le 11/08/2006 à 19:31
Je prends la soluce de fond! :)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 11/08/2006 à 20:51