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    Beware
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Envie de vous dépayser ? "Shakti, the Power", la puissance de Bollywood

Shakti_affiche
UNE HISTOIRE DE TIGRES, DE VENGEANCE

Sur les écrans, « Shakti the power » vous garantira ce dépaysement immobile par l’image qu’autorise parfois le cinéma. Direction l’état du Rajasthan en Inde. Nous voilà au pays du « Raja » qui veut dire « tigre » sauf que les tigres n’ont rien de félins. Les tigres, ce sont les hommes. Cruels, excessifs, passionnés, pris en tenaille entre leur libre-arbitre, les traditions, les castes, l'héritage de la vengeance et entre les mains le destin de centaines de familles...clause non résiliable quand on est un seigneur… parmi les pauvres. Tigre, c’est aussi le nom de « baptême » de l’enfant que l’on se disputera.

SHAKTI

Dans la spiritualité hindoue, la shakti est la force la plus puissante. Le serpent lové au bas de la colonne vertébrale qui, éveillée à force de pratiques spirituelles, embrase et purifie les chakras en les perçant un à un. Lorsque la shakti transperce le dernier chakra  nommé « Muladhara », l’éveil suprême, l’état de Boudha est alors atteint.

On craint donc la shakti, on la respecte. Pourtant point de spiritualité dans le film Shakti, vrai produit bollywoodien mixant action, amour, drame, contextualité indienne et aventures indo-occidentales.

PRESQUE 3h…

Ceux qui ne connaissent pas Bollywood risquent d’être désorientés, voire de sortir avant la fin de ce film fleuve.

TU CLIPES ?

Pourtant Shakti vaut que vous fassiez l’effort. L’effort de surmonter une musique assourdissante poussée à fond, (vu au Forum des Halles à Paris où je n’avais jamais constaté un volume pareil, c’est donc un parti pris du réalisateur). L’effort d’avaler des scènes miévro-romantiques montées comme un clip et qui s’égrènent au début du film pendant de longues minutes, assénant le bonheur du couple de vivre ensemble au Canada. Dialogues de série B quand le clip s’interrompt.  De quoi se demander, tu « clip » ou tu  « clip » pas ? Eh bien… j’ai fini par clipper.

DU SUSPENS

Mais tout devient plus palpitant lorsqu’un attentat fait craindre au héros (Shekhar)Lpoux pour la vie de sa mère (Ma). Il emmène alors avec lui femme et enfant et le pire commence. Le Canada est loin. L’époux n’avait pas révélé le secret de sa naissance à son épouse aux yeux bleuets. Les yeux bleuets qui ont un nom, Nandini. Vous aurez le temps d’en scruter la couleur. Gros plan sur les yeux de l’héroïne dès que l’émotion monte : l’amour ou la peur et même la haine.  Et l’amour, la peur et la haine sont omniprésents.`On apprend que Shekhar s'était expatrié parce qu'il refusait l'héritage de la haine, de la vengeance que voulait pour lui son père.

LA RÉUSSITE DANS L’EXCÈS

Scènes fortes, poignantes, violentes. Du suspens. Des caractères stéréotypés à souhait mais avec une telle volonté dans le kitsch que ça en est délectable. Saris splendides.
Beaucoup de situations qui n’ont rien de vraisemblable, et  qui pourtant, ensemble, constituent la fresque parfaitement crédible d’une Inde picaresque sillonnée par les pilleurs et les conflits fratricides entre les seigneurs de guerre.
L’excès, on le retrouve encore lors de chorégraphies impressionnantes – c’est le point fort de Bollywood.

LE HÉROS EST UNE FEMME
Lhrone
Nandini, amoureuse de son Shekhar, devra affronter un beau-père aussi inculte et violent que puissant, Narsimha, qui incarne le visage effrayant  d’une Inde tribale que l’héroïne découvre. Rapidement esseulée et peu armée à rencontrer le pire, Nandini saura néanmoins faire face au travers de péripéties sans fin mais qui vous tiendront en haleine.

Au final une réflexion féministe sur le statut de la femme aujourd’hui en Inde avec une belle opposition entre une indienne expatriée et son beau-père désireux de récupérer un héritier, son unique héritier qu’il entend façonner. Le méchant beau-père Le_beaupre_1 (qui a dit que c’était toujours les belles-mères les pires ?...),Narsimha, mettra tout en œuvre pour arracher son petit-fils au nom de tigre, « Raja », à sa mère. Et Nandini osera se dresser contre le terrible Narsimha.



QUAND S’EXPATRIER FAIT RÊVER
Americandream
La situation de départ présentait également une réalité de l’Inde, celle qui s’expatrie en direction des pays anglo-saxons. L'Angleterre, histoire oblige, loin devant les Etats-Unis également derrière le Canada. Ce n'est pas tout à fait le green card Dream. L'Inde a son industrie, Bollywood, elle n'a aucune raison de subir directement la propagande hollywoodienne qui nous distille perfidement sa mélodie du bonheur patriote. C'est donc la vie au Canada qui y est présentée comme idyllique. Une carte postale pour nous mais c’est ainsi que les indiens la perçoivent avec d’autres destinations anglophones idéales. De même que les acteurs vedettes ont des traits européens, exotiques, qui font rêver les spectateurs indiens.

L’ « OPIUM » de BOLLYWOOD

En Inde,  ce sont pas moins de 150 millions d’indiens qui fréquentent chaque semaine les quelques 15 000 salles que compte le pays.  Soit deux milliards et demi de tickets vendus sur l’année.

Les acteurs plus encore que chez nous sont starisés, pour ne pas dire déifiés.
Ils doivent bien sûr être beaux, faire rêver ou se contenter d’être acteurs et avoir la gueule (de méchant, de lâche, de sage) de leurs rôles.

Bollywood fonctionne exactement comme Hollywood. Sur un principe et un seul : faire vibrer les masses. Faire en sorte que les spectateurs s’identifient, puissent retrouver à l’écran la réalité de leur quotidien et beaucoup de leurs aspirations (à l’écran concrétisées) sans cesser de rêver. En Inde, le marché intérieur compte maintenant plus d’1 milliard d’habitants (1 080 264 388.). Pourtant Bollywood s’exporte et pas seulement dans les pays où est bien implantée une communauté indienne. Bollywood se vend très bien dans les pays du Maghreb, en Asie du sud  et du sud-ouest où elle met une pâtée à Hollywood.

Détail, l’affiche, insérée en début d’article, met sans doute en avant des acteurs fétiches de Bollywood mais ce ne sont pas les héros de Shakti.

PATCHWORK

Histoires d’amour impossible, scènes d’action musclées, héros européanisés côtoyant des indiens plus typés, LA bonne recette. Bollywood qui dans ses productions emprunte à tout le monde et à tous les genres. A la comédie, au jeu de Buster Keaton (qui a dit qu’il ne plaisait qu’aux intellos ?), au drame, à Autant en emporte le vent, au film d’action, au western spaghetti, aux films de kung-fu, liste non exhaustive. La marque de fabrique de Bollywood est ailleurs …

DRAME D’AVENTURES OU COMÉDIE MUSICALE  GIGANTESQUE ?

Le spectateur est surtout frappé et ébloui par la présence constante de la musique indienne qui devient pleinement actrice sur les scènes chorégraphiées faisant basculer un film rythmé par des péripéties incessantes dans la comédie musicale. Ces scènes-là rendent caduques nos meilleures comédies musicales. La danse, tout en s’insérant sans effet d’incongruité dans la dramatique du film, y prend une envergure monumentale. Ça se traduit par exemple sur ce plan large où après l'éxécution de la veangeance dans uen scène atroce, le palais est recouvert de pétales multicolores. Les héros doublés chantent au milieu de bandits, de pauvres armés jusqu’aux dents. Danse du deuxième héros (celui de l’affiche), trafiquant de gnole attachant qui rêve à une vie meilleure faite d’argent et de volupté. Drôle mais … costaud faut pas trop qu’on le touche…

HÉROÏCO-BURLESQUE

Plus l’héroïne est malmenée, plus la caméra la traque et plus la démonstration de pathos semble ne jamais devoir finir mais ça marche ! Un excès en efface un autre comme le kitsch n’est acceptable que lorsque l’on sent une volonté déterminée d’y persévérer. Nandini trouve donc à la fin une aide dans un second héros de fortune (celui donc qui figure sur l’affiche) aussi héroïque que burlesque ; sorte de rambo-ninja au grand cœur qui aurait croisé Buster Keaton et Cary Grant avec pour finir un peu de la gomina dansante de John Travoltya. Rien que ça ! Bollywood ne ressemble qu’à Bollywood.

LA PUISSANCE DE BOLLYWOOD

Peu à peu on se prend au jeu et « Shakti, the power », titre du film devient Bollywood, the power, la puissance de Bollywood.

A l’issue de ce film inclassable comme sait en faire Bollywood,  vous vous surprendrez peut-être à verser une larme si votre nature vous y prédispose. Mais surtout ,vous aurez dépassé la carte postale et quitterez la salle la tête pleine de couleurs, de musiques, et d’affrontements en forme de chocs mythologiques au plein cœur de notre modernité.

Vous comprendrez alors pourquoi Bollywood est la seule industrie cinématographique au monde à pouvoir défier le monstre Hollywoodien.

DEUX SALLES SEULEMENT

La salle était bondée et à majorité par des spectateurs d’origine indienne qui ont pu apprécier la VO. Moi aussi ! La langue indienne, en l’occurrence la langue dominante en Inde, l’hindi, (il en existe 22 sans compter l’anglais) est très mélodieuse. Il faut dire que Shakti bénéficie d’une diffusion pour le moins modeste : deux salles seulement à Paris. Une salle en plein centre aux Halles et une autre sur les Champs Elysées  et aucune en France. Aucune en dehors de Paris...

Certes, vous n’approcherez que très partiellement la réalité sociale et culturelle de ce sous-continent fascinant, multi-confessionnel et multilinguistique qu’est l’Inde. Mais vous l’approcherez.

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Commentaires

J'avoue (avec honte!!) ne pas du tout connaître le cinéma indien...et pourtant à lire ta note je crois que j'apprécierai les chorégraphies insérées au film, car les sonorités musicales indiennes attirent systématiquement mon oreille. Par contre, 3h...je trouve ça un peu long pour une prise de contact avec ce type de cinéma. :(

Que nenni, Emilie ! Après un temps d'acclimatation, on est pris par cette fresque grandiloquente au point de ne pas voir passer le temps. :)

Elise, tout tourne en boucle finalement ! De chez Céline et ses pérégrinations de funambules, j'ai atteri chez Dharma et me revoilà chez toi où le roi de Bollywood me nargue de ses brulants yeux noirs ! Une vraie midinette... mais j'adore toutes les comédies musicales, dont celles indiennes... j'ai même contaminé les Crakottes ! Merci pour cette "encyclopédie" bloggesque que tu nous propose toujours quelque soit le sujet !

"Encyclopédie bloguesque", fichtre, Antonia, quelle pression !! ;)
ça y est, Céline est partie ? Il faut que je clique dans son Bollywood. :)

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