Esclaves modernes : Combien d’esclaves encore là où il fait beau ?
Le 27 avril 1848, un décret abolit l'esclavage dans toutes les colonies et possessions françaises. Nous étions propres. L’Occident était propre.
Bien sûr nous savions que l’esclavage survivait. Ailleurs. Là où il fait pauvre. C'est toujours mieux ailleurs.
En 1998, l’Unesco lançait dans une centaine d’écoles d’Afrique, d’Amériques, des Caraïbes et… d’Europe, le programme « briser le silence ». Ce silence est-il seulement brisé ou perdure-t-il par-delà les combats ?
L’esclavage, dans nos pays, c’est d’un autre temps... Confiné aux temps obscurs d’un Occident colonialiste dont nous avons su faire notre deuil. Le ton ne démord pas de l'assertion. La question est balayée d’un revers de main comme la mouche qui agace le buffle. Mais chassée, la mouche revient toujours.
Je découvrais à sa sortie, il y a quelques années, sans doute en 94, un livre dont jamais je ne pus oublier la lecture : « Esclaves - Deux cent millions d'esclaves aujourd'hui » de Dominique Torrès. Le fruit d’un long travail commencé en 1986. Son livre rendait compte de nombreuses années d'enquête à travers le Maroc, la Mauritanie, le Koweït, la Sierra Leone mais aussi en Europe : France, Suisse, Grande-Bretagne. Le chiffre annoncé dans le sous-titre correspondait alors à l’estimation par l’ONU du nombre d’esclaves que comptait le monde. Ce chiffre astronomique a-t-il seulement baissé ou a-t-il augmenté ?
Un seul esclave serait déjà de trop. Une concession ignoble de la civilisation à la barbarie.
En 1994, cette journaliste co-fondera le CCEM, (comité contre l’esclavage moderne) pour mettre à bas l’évidence. Nous n’avons pas réglé notre passif accablant. Son livre, tout comme ce comité sont hélas encore d’actualité. L’esclavage existe en Europe. En France, en Italie…Le Monde a d’ailleurs titré le week-end dernier sur la traite mafieuse des esclaves polonais dans l’Italie maraîchère.
Des hommes et des femmes venus de pays pauvres pour gagner leur vie, déjà en situation illégale, se voient privés de leur pièces d’identité, et visa quand ils en ont un, par ces employeurs qui les séquestrent. Soumis à leur dictature. Esclaves au profit de particuliers qui les exploitent à merci en tant que hommes-à-tout-faire ; quand ce n’est pas au profit de la Mafia, qui a besoin d’une forte main d’œuvre docile, invisible et gratuite. Les clandestins esclaves sont alors parqués, maltraités voire tués quand ils ne se soumettent pas assez.
Mason Ewing, portraituré par Le Monde dans l’édition du 19 septembre, est une victime de l’esclavage moderne qui s’en est sortie. Ce camerounais né à Diala perd sa mère trop jeune et s’envole à l’âge de six ans pour la France. L’enfer l’attend dans le pays des Droits de l’Homme. Sa grand-tante lui applique du piment sur le sexe pour l’empêcher de faire pipi au lit. Pendant des années, elle lui oindra ce même piment sur les yeux pour le punir à satiété au gré des fautes que son esprit cruel et insane imagine. Un supplice qui le rendra aveugle. Cette tortionnaire et son mari complice seront un jour assignés devant les juges et n’écoperont que d’une peine avec sursis. La justice laisse à Mason un goût amer mais sa vengeance s’est sublimée dans une quête impossible dont il triomphe pourtant. A 24 ans, Mason est styliste et fondateur d’une holding à Dallas. Parce qu’il a su voir, il crée les modèles au mépris de sa cécité non sans s’appuyer sur une équipe très à l’écoute. Son premier défilé a eu lieu mercredi 20 septembre dans des salons du 98 quai de la Rapée, à Paris. La plus belle des victoires.


Je pense que nous resterons à jamais les esclaves de notre passé. L'abolition de l'esclave est un bien fait pour l'umanité mais tant qu'il y aura des hommes pour profiter de la misère des autres, des lois qui brident nos libertés, des pays pauvres en éternel admiration face aux pays riches; des hommes qui au péril de leur vie sont prêts à passer les frontières pour un peu plus d'humanité, de pain, de travail... Alors l'esclavage continuera... La question est de se dire...Jusqu'où serions capable d'allez pour améliorer nos vies, sortir de la famine, des maladies, du manque d'eau??? Moi je sais que dans cette situation je serai capable de tout !!! Même de croire en des personnes sans foi, ni lois.
Rédigé par: Hanen dechaux | 25/09/2006 at 15:28
Merci Hanen d'avoir réagi. L'extrême misère rend vulnérable et conduit des clandestins à lever toute méfiance pour se retrouver piégés par des esclavagistes qui cachent très bien leur jeu en société.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 25/09/2006 at 17:30
Bonjour Elise !
Je connaissais déjà ce mode d'esclavage moderne par un reportage... euh non un téléfilm, si je t'assures ! Bon un téléfilm, ca marque, mais on pense toujours que c'est de la fiction. Alors quand tu avances le chiffre de centaines de millions d'esclaves modernes, forcément, on ne peut qu'être outré et se dire qu'on l'on a peut-être déjà rencontré ces esclavagistes...
La petite note sympa, c'est la fin de ton article. Magnifique pied de nez aux conditions inhumaines subies par ce jeune homme ! On lui souhaite une bonne continuation dans sa carrière !
Rédigé par: marouschka | 26/09/2006 at 14:55
Il y a fiction et fiction mais de plus en plus, Marouschka, les fictions télé rendent compte d'un état des lieux de la société, elles en jaugent la température et bien que fictions et non documentaires, reportages, enquêtes, sont de plus crédibles, ajoutant au documentaire un fort potentiel d'adhésion et d'identification.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 27/09/2006 at 11:22