Duel gagnant : Le diable s’habille en Prada vs Little Miss Sunshine.
Face à face, deux comédies américaines très différentes. Toutes deux enthousiasmantes. Deux films, deux regards sur l ‘Amérique.
DIABLEMENT EFFICACE
Tout d’abord, Le diable s’habille en Prada de David Frankel, réalisateur de Sex and the city. Une diablerie diablement divertissante tirée d'un best-seller qui convainc à l'écran grâce à la remarquable prestation de Meryl Streep ; très crédible et pour tout dire magistrale en diabolique « Miranda » régnant sur la mode. C’est elle, le « diable » visionnaire et tyrannique. La rédaction du magazine de mode dont elle a la charge, le fictif Runway, s’inspire probablement du magazine américain Vogue. Mais traquer les similitudes est de peu d’intérêt.
La jubilation est ailleurs.
Pour lui donner la réplique, une jeune actrice, Anne Hathaway, épouse délaissée du cowboy dans Le secret de Brodeback mountain, campe ici le rôle de l’assistante du « diable », Andrea. Un rôle empreint de détermination, de loyauté, de romantisme et de féminité qui lui vaudra la sympathie du public.
La comédie fonctionne sur leur opposition. Une opposition sociale, comportementale, générationnelle et psychologique, plus dramaturgique que cinématographique. Les deux femmes en –a, Miranda et Andrea, gagneront en densité au fur et à mesure qu’elles joueront de cette opposition mâtinée de rapprochements qui tient le spectateur en haleine.
Le Diable s’habille en Prada, c’est également bien sûr, un beau défilé haute-couture. Les fashion victims adoreront et jalouseront peut-être Andrea tout en lui laissant les tâches harassantes, herculéennes, qu'elle doit accomplir pour « le diable ».
Une comédie à gros budget qui n’est pourtant pas totalement exempte de charge satirique. Un coup de griffe aimable à ceux qui font la mode et… les griffes. Une admiration distanciée à l’égard d’un microcosme qui « vogue » entre le futile et le Beau. Toujours ce paradoxe du luxe tiraillé entre art et money.
SOLIDAIRES D'UN RÊVE
A l’opposé, moins trendy, moins tapageuse, une comédie au budget modeste mais qui rassemble unanimement la presse et le public, ce qui est rare. Il s’agit de Little Miss Sunshine, une perle des presque inconnus Jonathan Dayton et Valerie Faris.
Le spectateur suit le roadmovie attachant d’une famille américaine ordinaire. Ordinairement "au bord de la crise de nerfs" comme la présente le sous-titre ? Une comédie subtile qui ne gomme pas les coups du sorts, esquisse la dureté de la société américaine tout en mettant en avant des scènes d’une revigorante humanité.
Une comédie à la fois profonde et légère, comme la vie, sans glamour ni pathos, qui offre de beaux moments d’humour. Les Hoover, père, mère, enfants, grand-père et frère, oublient leurs problèmes pour partir ensemble dans un vieux minibus, solidaires du rêve d'une petite fille. Le moyen de transport lui-même sera au cœur de scènes très drôles, signifiant autre chose que quatre roues et un moteur, incroyable embrayeur de poésie, vous verrez.
Ce qui les transcende ces américains ordinaires tous un peu "frappés" à leur manière dans une société qui l'est plus encore ? Le rêve de la petite Olive, 7 ans. « Little Miss Sunshine », c’est le nom du concours de beauté qu’Olive rêve de remporter. Mais pour y participer, il faudra parvenir à destination ! Direction : Redondo Beach en Californie, à plus de mille kilomètres ! Un voyage picaresque plein de contretemps qui leur permettra de mieux se connaître et s’aimer.
A voir de toute urgence. A la fin de la séance, dans une salle bondée du Forum des Halles à Paris, la salle applaudissait. J’en étais. Solidaires du rêve d'une petite fille, nous l'étions tous.



Pour le deuxième film, pas vu. Mais pour le premier, très sympa mais beaucoup moins méchant que le livre.
Miranda garde une certaine humanité, alors que dans le bouquin elle méritait vraiment son diabolique titre.
Rédigé par: Dom | le 04/10/2006 à 19:47
Je suis bien tentée par "Little miss sunshine", même si le film prioritaire du moment (si j'ai le temps de faire un saut au ciné) c'est "Le parfum" (qui n'a pas de bonnes critiques d'ailleurs, car peut-on vraiment mettre en images ce chef d'oeuvre littéraire?? Pas sûr....tu l'as vu Elise pour avoir ton avis de cinéphile avertie??).
Rédigé par: EmilieG | le 05/10/2006 à 07:34
Merci pour ce commentaire, Dom, je n'avais pas lu le livre donc je n'ai pas été déçue - c'est souvent le cas lorsqu'il s'agit d'une adaptation et que le livre est premier dans l'esprit du spectateur mais j'ai entendu des échos sur la fin édulcorée. :)
Oui, vas-y, Emilie ! pour l'adaptation du best-seller de Suskind, je suis moi aussi tentée (ayant été impressionnée à sa sortie française, il y a douze ans, je crois, par Le Parfum) bien que la critique qui lui est faite, sévère, est d'avoir la dimension d'un téléfilm et ,non pas l'envergure d'un film ...
allez, la première qui l'a vu avant l'autre en parle. ;)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 05/10/2006 à 08:16
D'ac miss Elise, mais je crois que tu risques d'être plus rapide que moi. ;)
Rédigé par: EmilieG | le 06/10/2006 à 07:23