Mono quoi ? Monocépage. Mono comme kini. Cépage comme cep de vigne. Les monocépages inondent nos rayons (grands distributeurs de vins et supermarchés). Leur étiquette est riante, les couleurs flashies et sans chichis. Ni appellation ni parcelle. Ni millésime. Et un domaine discret. Affichant sans complexe un 100% cabernet-sauvignon, chardonnay, merlot, grenache…Plus facile à reconnaître pour le consommateur étranger que nos appellations dans l’appellation. Bordeaux contrôlé. Appellation Médoc, Haut-Médoc. « Villages », « Premier cru », « Grand cru ». Bourgogne AOC. Puligny-Montrachet. Montrachet. Domaine de la Romanée-Conti. Grand cru La Tâche…
Fini les Kramer contre Kramer. La guerre des palais ne se réduit plus à un Bourgogne contre Bordeaux. A un pinot noir-chardonnay contre cabernet-sauvignon, sauvignon et merlot.
Fi de l'intensité "à courre" sauvage et incernable, des baies et de l'Hermès paysan du Bourgogne contre la rondeur mozartienne du Bordeaux. Fi de la guerre des terroirs. Fi des grandes appellations, des plus prestigieux domaines façonnés par l'histoire et de leurs méthodes. De leurs belles vendanges à la main. De leurs fûts séculaires taillés dans le meilleur chêne. Fi des millésimes. Place à la guerre des cépages ! Une vraie guerre mondiale.
Phénomène consubstantiel à la montée des vins du monde, le tout cépage règnera-t-il un jour en maître ?
Parti d’Europe, le cep et ce qu’il a engendré le cépage, s’affirme au point de prendre le pas sur le terroir. Il ouvre ainsi la porte à l’implantation de la vigne là où la culture du vin était faible mais où le soleil brille toute l’année ; avec pour pendant, un arrosage artificiel et un vin coupé avec de l’eau (ce qui est interdit en France) pour réduire le degré d’alcool. L’Australie en est un exemple frappant. Signalons au passage que ce pays souffle la première place à la France dans les importations de la Grande-Bretagne pourtant amatrice de vieux millésimes plus que de vins jeunes.
« Les vins du monde » ont presque tous en commun de mettre en avant un cépage et un seul. Il s’agit toujours des mêmes cépages, des plus connus. Le site vins du monde vous permettra d'accéder à un vaste choix par continent et pays.
Ce nouveau totalitarisme du « grand » cépage fait dire à un journaliste du Monde, Jean-Claude Ribaut, dans l’édition du 19 octobre, que « Les Cabernet-sauvignon, Chardonnay, Merlot et Sauvignon blanc sont presque devenus des marques ».
Alors face à ces monos turbulents, faire un nouveau point sur les cépages n’était pas superflu.
Et une carte d’orientation moins encore. Sur viniflhor, le site de l’office national interprofessionnel des fruits, des légumes, des vins et de l’horticulture, je trouvais cette carte des cépages. Je vous invite à cliquer.
Si nous n’en connaissons que quelques-uns, plus de six mille cépages existent dans le monde. Dont une cinquantaine de principaux en France.
Cépage veut tout simplement dire variété de vigne.
Chaque cépage donne un raisin (de table ou de cuve) à la robe et au goût différent. Il est donc intéressant de les connaître.
Les bons et grands vins sont rarement des monocépages mais bien des vins d’assemblage ; c’est-à-dire issus de cépages différents dans des proportions qui varient.
Si certains cépages ne se retrouvent que dans quelques régions, d’autres ont essaimé plus largement en France et dans le monde. Mais chaque grande région en France a ses préférences et habitudes de cépages. Une carte des cépages par grandes régions dont rend compte l’AOC.
Le tanique mais subtil (et propre à un long vieillissement) cabernet-sauvignon, par exemple, associé au chaleureux merlot est la marque de fabrique du Bordeaux.
Chaque cépage interagit bien sûr différemment avec une terre, un climat (hygrométrie) et une gastronomie selon la région où il s’implante.
Le pinot noir giboyeux en Bourgogne, indispensable au Champagne tout comme un autre cépage fort de la Bourgogne, le Chardonnay, compose bellement avec le terroir alsacien. Rien à voir avec le pinot, si ce n’est l’homonymie, le Pineau charentais se décline superbement en noir et en blanc à côté des cognacs et des armagnacs. Le château de Beaulon propose- une gamme très convaincante.
Mais pourquoi cet engouement soudain pour des vins de monocépages quand l’une des subtilités du métier de vigneron récoltant – avant l’élevage et après les soins apportés aux vendanges – réside dans l’assemblage ?
Par facilité ? Pour éduquer et éveiller le goût à la différence des cépages ? Alors pourquoi ne fait-on pas la promotion des cépages peu connus, oubliés et à tort ? Il faut savoir qu’un domaine pour se réclamer d’un AOC n’a pas le droit d’assembler n’importe quel cépage, il se doit d’assembler les cépages propres à sa région…En cas de rébellion, il se verra refuser l’AOC ou sera déclassé et devra se contenter de l’appellation « vin de pays » moins vendeuse (on n’ose plus parler de prestige tant l’AOC s’est banalisé) et assorti généralement de prix bas. Pour avoir plus de liberté, quelques irréductibles ont décidé de délaisser l’AOC pour vendre un vin de pays classieux allant jusqu’à…70 euros. Des vins prisés à l’étranger et connus des meilleurs sommeliers. Les meilleurs vins de pays ne sont plus à consommer « dans le pays », ils s’exportent !
Revenons à nos monos, pourquoi séduisent-ils ?
Avant toute chose, les monocépages sont lisibles. Ils simplifient l’étiquette en mettant en avant un cépage (et un cépage connu) que l’on peut identifier immédiatement, ainsi qu’une provenance vague (pays) à la préférence d’une appellation, d’un millésime ou d’un domaine.
Ensuite, en bouche, en blanc un pur Chardonnay ou en rouge un pur Cabernet-Sauvignon sont facilement reconnaissables.
Attention toutefois - pour revenir aux vins du monde - il en existe d’excellents mais ce ne sont pas les meilleurs crus, par exemple, argentins – monocépages ou assemblages – "patronnés" par des viticulteurs français ou un financier du vin comme Bernard Arnault - que vous trouverez dans les supermarchés. Ces crus élévés par des maîtres de chais bien de chez nous, vous les retrouverez chez Lavinia, place de la Madeleine. Les cépages s’exportent, nos savoir-faire aussi.
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