Charles Cros : scientifique spolié, poète discret.
Ne cherchez pas l'anniversaire justifiant une commémoration, il n'y en a pas ! Le 1er octobre 1842, naissait, dans le village de Fabrezan, l’un de mes
ancêtres par la branche maternelle, Charles Cros. Poète et inventeur
étonnants. On le connaît d’abord pour son invention majeure, le
phonographe, abusivement attribuée à Thomas Edison. Premier à déposer
le brevet mais certainement pas à l’avoir inventé.
Voici l’histoire :
Le 30 avril 1877, Charles Cros déposera l'invention par pli cacheté à l’Académie des Sciences. Dans ce pli cacheté – sorte de recommandé avalisé par l’Histoire qui permettra d'entériner l’antériorité de Cros sur Edison - est décrit le « paléophone » : un procédé qui permet de « déposer par photogravure sur un disque métallique les courbes sonores obtenues par le phonautographe, de façon à les lire avec une pointe solidaire d’une membrane élastique. »
Mais dans la course au brevet, Il sera devancé par Thomas Edison qui dépose, le 19 décembre de la même année, un brevet sur les différentes méthodes d’enregistrement et, le 15 janvier 1878, un autre brevet décrivant en détail le Phonographe, qui reprend : l’essentiel du travail de Charles Cros !
Cros écrit :
“Il y a tout lieu de croire qu'on voudrait m'évincer de la question et j'ai eu bon nez de faire ouvrir mon pli cacheté… La justice se fera peut-être à la longue mais, en attendant, il y a dans ces choses un exemple de la tyrannie scientifique du capital. On exprime cette tyrannie en disant : les théories sont choses en l'air et n'ont aucune valeur, montrez-nous des expériences, des faits. Et de l'argent pour faire ces expériences ? Et de l'argent pour aller voir ces faits ? Tirez-vous-en comme vous pourrez ! C'est ainsi que bien des choses ne se font pas en France."
Jamais Charles Cros n’obtiendra gain de cause ; c’est-à-dire la paternité de son invention. Il meurt dans le dénuement à l’âge de 36 ans. Aujourd'hui, Charles Cros et Thomas Edison partagent l'invention mais les morts se moquent d'une gloire posthume.
Charles Cros ne fut cependant pas "qu'un" inventeur génial. Si la coopérative du village célèbre sur ses bouteilles de Corbières (d’excellente tenue) l'enfant du pays, le poète est resté méconnu.
Ses vers méritent pourtant qu’on s’y attarde. Puis qu'on s'y plaise. Rien de surprenant. Charles Cros a fréquenté Rimbaud, Verlaine, dont il était l’ami. Ses vers, à la beauté inégale, ne se réduisent pas pour autant au reflet de ses fréquentations, et brillent, amusent ou émeuvent en toute indépendance. C’était aussi le temps du « Chat Noir » où régnaient en maîtres de bien singuliers poètes auxquels appartint Cros, les hydropathes. Ces lettrés au nom étrange déclamaient leurs vers et leur prose chaque vendredi soir et faisaient salle comble. A notre époque, vous pouvez transposer par l'annonce du lancement de la dernière console, du dernier IPod ou encore du dernier smatphone tendance pour prendre la mesure de leur succès.
Iconoclaste à l’imagination débridée, en 1872, Charles s’essaiera à la science-fiction en osant un « Drame interastral » dédié à Rodolphe Salis, l'animateur du cabaret Le Chat Noir. Dans cet opus extraterrestre, les Terriens communiquent avec les Vénusiens et ont pour première priorité...d'échanger leurs études botaniques! Le récit se passe en 2872. Il mêle sans complexe, sciences, romance et sens comique. Rien ne l’arrête.
En 1873, paraît le Coffret de santal, l’un de ses recueil les plus aboutis. Ses vers en ont la fragrance.
Ouvrir le coffret de santal, c'est au fond faire preuve d'une curiosité plus heureuse et saine que celle de Pandore. J'espère lancer ici une nouvelle expression...
C’est cependant le poème liminaire d'un recueil plus tardif, Colliers de griffes, dont l’édition fut posthume que j’ai choisi de vous faire partager. Quittons-nous sur ces vers.
INSCRIPTION
Mon âme est comme un ciel sans bornes ;
Elle a des immensités mornes
Et d'innombrables soleils clairs ;
Aussi, malgré le mal, ma vie
De tant de diamants ravie
Se mire au ruisseau de mes vers.
Je dirai donc en ces paroles
Mes visions qu'on croyait folles,
Ma réponse aux mondes lointains
Qui nous adressaient leurs messages,
Éclairs incompris de nos sages
Et qui, lassés, se sont éteints.
Dans ma recherche coutumière
Tous les secrets de la lumière,
Tous les mystères du cerveau,
J'ai tout fouillé, j'ai su tout dire,
Faire pleurer et faire rire
Et montrer le monde nouveau.
J'ai voulu que les tons, la grâce,
Tout ce que reflète une glace,
L'ivresse d'un bal d'opéra,
Les soirs de rubis, l'ombre verte
Se fixent sur la plaque inerte.
Je l'ai voulu, cela sera.
Comme les traits dans les camées
J'ai voulu que les voix aimées
Soient un bien, qu'on garde à jamais,
Et puissent répéter le rêve
Musical de l'heure trop brève ;
Le temps veut fuir, je le soumets.
Et les hommes, sans ironie,
Diront que j'avais du génie
Et, dans les siècles apaisés,
Les femmes diront que mes lèvres,
Malgré les luttes et les fièvres,
Savaient les suprêmes baisers.
Si cette note vous a donné envie d’ouvrir le Coffret de santal, et d’en savoir davantage sur l’oeuvre poétique et scientifique de Charles Cros (dans ce dernier domaine, ses écrits furent vastes, notamment ceux relatifs à la photographie des couleurs), faites-vous offrir Charles Cros en La Pléiade couplé à Tristan Corbières.
De passage à Fabrezan, dans l’Aude, après un séjour à Carcassonne et en route pour les hauts-lieux du catharisme ? Pensez à visiter l’exposition permanente Charles Cros au premier étage de la mairie de Fabrezan. Visite audio-guidée en français et anglais. Mairie. Horaires sam-dim : 9h-12h et 14h-18h. Tarif : gratuit.
Encore plus incontournable ? Le détour par le Cellier Charles Cros, situé à l’intérieur du même village de Fabrezan, où vous découvrirez sa meilleure cuvée, "Délicatesse", et son dauphin plus qu’honorable, le Symphonie.


Chimères qui font valser nos esprits créatifs,
Humeurs futiles font nos cerveaux inventifs,
Allez porter sur l'autel des génies cette âme
Rutilante de poésie mais inconnue.
Louer enfin la belle histoire de cet homme,
Et clamer plus fort qu'un camelot de revue,
Sa superbe, son génie, sa beauté, sa gloire.
Croyez que l'Eternité de ce troubadour
Rêveur et beau, se portera dans nos mémoires.
Ouvrez le chemin glorieux, frappez les tambours,
Sonnez les Hymnes, car il demeurera aux nues !
____
Tant de génie, pour tant de génies perdus.
Billedeclownment...
Rédigé par: Bille de Clown | 11/01/2007 at 20:40
Et ben, si j'avais su que t'étais "fille de", je t'aurais pas prêté 100 balles l'autre soir !! hi hi hi hi ;)
Et puis, c'est quoi ces question sur cet animateur radio, hein ? Tu serais pas restée coincée sous le tonneau dans le cellier de l'ancêtre toi :)
'spèce de Délicatesse va !
Cath / 1 h 40 du mat' / l'heure des ombres houhhhh houhhhhh
Rédigé par: Cath | 12/01/2007 at 01:39
Puisque neomodrenisme on ne montre pas le réactionnaire en littérature française et la déplace serenely des bras et doucement des baisers........ LOLA KINDER.
She drinks Champagne like Coca Cola,
She crys very hard but shares this in heart,
I will play it louder and louder,
As i do from the start.
Le nouveau calme de Lierature ? n'est pas tracasser du tout pendant qu'il est disent la vérité, mais beaucoup de l'attente nous recomposent nos actes. Elle est nouveau journalière de beautifull parce qu'im son homme.
Rédigé par: greatglobalist | 12/01/2007 at 09:18
Explique le concept des lits dans les librairies ! J'aime cette attente ! boooked très bien l'article ! Elise[un babel fish comedie )) ? )
mon images ne presente ?
Rédigé par: greatglobalist | 12/01/2007 at 09:27
Le concept des lits dans les librairies ??? Et pourquoi pas suggérer des divans dans les librairies pour y lire confortablement à la manière divinement surannée de Madame Récamier?... Plaisanterie mise à part, merci pour tes commentaires, GreatGlobalList, je pense que la lecture en est quelque peu altérée par les aléas des traducteurs automatiques. Thanks for your comment. :)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 12/01/2007 at 18:41
Féru de poésie en plus d'Histoire ? Bille de Clown, serais-tu l'homme parfait, serais-tu un humaniste ? :) Cath, je revendique d'être une fille de... Fabrezan ! Sans être partiale, je vous assure que Fabrezan produit l'un des meilleurs Corbières. :)
Bon week-end !
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 12/01/2007 at 18:46
Bille de clown, l'homme parfait ???
Alors là tel le corbeau sur son arbre perché...
... Mais non, et heureusement, car si je l'étais, je me sentirais lisse, sans aspérités.
En bon gascon j'ai les défauts des cathares... de la tête de mule (tel le marbre des Pyrénées), au caractère un peu trempé (trop parfois).
Billedeclownment amoureux de poésie depuis son enfance, amoureux d'histoire de l'art depuis son adolescence...
NB : tu as sûrement noté que le deuxième alexandrin s'est cassé un pied...
un "qui" devait être présent entre "futiles" et "font"... magie de l'étourderie !
Rédigé par: Bille de Clown | 15/01/2007 at 10:28
Figure-toi que non, Bille de Clown. C'est le fameux syndrome qui fait qu'une lecture insuffisamment posée substitue lettres, syllabes et pieds à la menuiserie incroyable de la syntaxe comme de la prosodie. :)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 15/01/2007 at 10:38
Et en période pré-electorale je n'aurai qu'une chose à ajouter :
Saintes Taxes, priez pour notre salut !!!
Quant à mon humanisme (ta deuxième question, à laquelle j'avais omis de répondre), disons que s'il fait référence au "curieux" de la Renaissance, oui... car en mon cabinet traîne mille et une trouvailles preuves de la grandeur des hommes, et dignes des premiers lieux clos de Saxe qui en ont été fondateurs... sauf que depuis 1792, je n'ai plus de donjon, de pièce aux secrets, à disposition pour les cacher.
Et puis tant mieux cela dit, car je préfère les exposer, donc finalement c'est un anti-"cabinet de curiosités" !
Et pour jouer sur les mots, je crois plus en l'homme qu'en l'humanisme.
Billedeclownment collector ?
Rédigé par: Bille de Clown | 15/01/2007 at 14:44
En l'homme plus qu"'en l'Humanisme ? Quand ce dernier n'est pas détourné et quand simplement il existe, il n'y a pas de choix à faire. ;)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 17/01/2007 at 08:54
Pardon d'avoir l'esprit d'escalier, et pardon à celles et ceux qui vont rater une marche ; mais depuis que tu m'as alerté sur le fait que je sois féru de poésie, je me suis posé la question de l'origine...tant c'est ancré profond en moi.
Malheureusement je n'ai trouvé qu'une seule explication possible :
Quand les uns sont bercés trop près du mur, je le fus en d'autre endroit.
Trop près de la Fontaine peut-être ?
Billedeclownment...
Rédigé par: Bille de Clown | 17/01/2007 at 18:52
Bonsoir Bille de Clown, tu me tends une belle perche, alors je la prends ! Trop près de la Fontaine, Jean Jacques...Ruisseau ? Oui, je sais c'était facile mais tentant. ;)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | 18/01/2007 at 18:25
C'est plus tard que je me suis noyé et perdu dans les rêveries du "Ruisseau"...
Billedeclownement pouet-pouet !
Rédigé par: Bille de Clown | 19/01/2007 at 10:31
Et puis en référence à ton post plus récent, je succomberais sous la pression des bars si tu dis : "Boileau" !!!
Billedeclownment ivre de confessions au bord du "Ruisseau" !!!
Rédigé par: Bille de Clown | 19/01/2007 at 13:51
Un esprit brillant méconu, ce monsieur Charles Cros :(. Un savant et artiste universel comparable, à mon humble avis à des génies come Goethe ou Leonardo
Rédigé par: Alexander CARRIL | 26/04/2007 at 12:16