L’Ecosse en Afrique
L’Afrique est à l’honneur. L’Afrique dans sa réalité la plus sombre. Après Blood Diamond, fiction hollywoodienne engagée (ce qui n'est pas si fréquent) et réussie, sur fond de pillage de l’Afrique.
Pillage de ses ressources naturelles,(ici, diamants bruts du Botswana) ; Régime sanglant de guérilla et trafic de diamants avec la complicité de l’Occident, et réalité d’épouvante des enfants-soldats. Voici un film plus resserré, sans pathos, ne jouant pas avec la fibre du spectaculaire. Si Blood Diamond, avec ses grosses ficelles et son casting très efficace, des acteurs au meilleur, un Di Caprio oscarisable, m’avait convaincue, révoltée et même bouleversée. Le Dernier Roi d’Ecosse me fait crier au chef d’œuvre.
L’intrigue commence en Ecosse. Nicholas Garrigan, un jeune médecin, las d’un père rigoriste étouffant, cherche à le fuir. Celui-ci, médecin tout comme lui, avait déjà noué le destin de son fils. Alors Nicholas file à l’anglaise, en l’occurrence à l’écossaise, dans le premier pays sur lequel s’arrêtera la mappemonde. Ce sera l’Ouganda.
C’est un personnage plein de sève, avide d’aventures, qui s’élance.
Fougueux mais naïf. Il ne connaît rien du pays où son avion l’emmène. Il
ne connaît rien de l’Afrique. Il y découvre le pénible quotidien du
médecin, fait de moyens archaïques et de nombreux malades
qui mettent en concurrence médecin et sorciers, dans une mission qui a besoin de ses services. Puis la vie met
sur son chemin le nouveau chef de l’Ouganda, le tombeur d’Obote, le
charismatique Amin Dada. Il assiste à un « meeting » en plein air.
La bonhomie solaire d’Amin le séduit. Il ne voit pas derrière le charmeur, le dément, le tortionnaire. Derrière l’astre, le soleil noir de Baudelaire. Un plan sur le visage fermé d’un policier de sa garde au moment où Amin entame une danse tout sourire, aurait dû suffire à l’édifier.
Une péripétie que je ne vous conterai pas lie son destin à Amin.
L’admiration devient réciproque, sauf que le docteur Garrigan éprouve
bien plus que de l’admiration. Comme tous il est fasciné. Une amitié commence.
Il a pénétré au cœur d’Amin, celui-ci en fait son médecin personnel en même temps que son conseiller le plus proche. La vie rude et rustique de la mission derrière lui, Nicholas jouit d'une vie facile. Sans doute n'avait-il pas la vocation et le sens du sacrifice. Peut-être n'avait-il pas le goût des autres ?
La force du film qui s’inspire et colle au plus près de personnages
réels, en plus d’être une biographie du dictateur Amin Dada et une
chronique de son règne qui fit 300 000 morts, à la fois intime, épique
et convaincante, est de mettre en lumière la relation complexe qui se
noue entre ces deux personnages.
Forest Whitaker n’incarne pas seulement son personnage. Il est habité par lui. La puissance de sa présence à l’écran est telle qu’elle plonge le spectateur dans une terreur continue. Autant vous prévenir, l’effroi ne vous lâchera pas, sans la catharsis que certains attendent des films d’horreur. On connaissait le talent de cet acteur, qui chasse les rôles majeurs (Charlie Parker dans le Bird de Clint Eastwood récompensé à Cannes, ou tueur nirvanesque dans Ghost Dog), il touche ici au génie.
Kevin MacDonald, réalisateur de ce coup de maître, signe un film
magistral qui restera. Un impérieux chef d’œuvre qui donnera envie aux
spectateurs qui ne connaissaient pas sa filmographie de découvrir ses
deux précédents films : La Mort suspendue et Un jour en Septembre. Deux
films qui n’ont rien d’anodin.
Mais Le Dernier Roi d’Ecosse possède un grain particulier. Grain qui se
voit sur la pellicule. Ça ne sent pas le numérique. Est-ce un mix avec
la caméra ethnographique d’un Jean Rouch, la maestria sobre d’un
Antonioni et le souffle panoramique d’Hollywood ? Toujours est-il que
sa façon de filmer est brillante. Mieux, elle est juste. L’image a le
grain d’un reportage, la lumière y est naturelle, le cadrage, parfait.
Le montage du film ne laisse place à aucune longueur et dévide un fin
suspense qui tient plus à la relation d’Amin et de Nicholas qu’aux
événements chroniqués. Psychologiquement intense.
Oppressé, le spectateur ne pleure pas, il est au-delà des larmes ; car
Le dernier roi d’Ecosse ne fait pas dans le misérabilisme ou encore la
romance. Voilà un film qui vous étreint et laisse en vous son
empreinte. Longtemps.



L’Afrique, bonbonnière des réseaux, des filles et des fils à papa. Terre écorchée, tere de sienne, terre de sangs, peuples bafoués, usés, cela me ramène à Bokassa, dont le titre complet etait :
« Empereur de Centrafrique par la volonté du peuple Centrafricain, uni au sein du parti politique national : le MESAN «. Il appelait le général de gaulle « papa », mais le bon bougre était sincère : « Mais qu’est ce qu’il m’emmerde ! disait de Gaulle à m’appeler papa !
Oui Elise, il s’agit bien de terreur, le mot est juste.
La vie de cet Amin Dada, cannibale de son état, Afrique du cannibalisme, attention aux raccourcis faciles, même si Bokassa fut également accusé de cannibalisme, même si Mobutu en fit une vieille farce à Giscard. Aujourd’hui la Chine débarque sur le continent africain, avec tout son cortège de malheur, alors….un autre cannibalisme remplace une autre forme de cannibalisme, le cannibalisme de la viande humaine, celui du fric, oui faut avoir de l'apétit dans notre monde dit civilisé..... Pat.
Rédigé par: patlesarthois | le 19/02/2007 à 12:29
J'aime bien ta conclusion, Pat. :D
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 19/02/2007 à 12:32
Ma chère Elise, tous mes amis, les gens qui me connaisse disent que j'ai une analyse des choses de la vie très claires, parfois à la limite de la boule de cristal, mais je sais qu'elle me vient surement de mon passif, même si je n'ai pas la belle façon de l'écrire, car moi je n'ai qu'un simple certificat d'étude, quand j'étais enfant, nous autres les enfants de l'Assistance Publique étions mals vus, je l'indique clairement sur ma petite bio de mon site, estampillé comme un troupeau de vache.... Merci Elise... pat.
Rédigé par: patlesarthois | le 19/02/2007 à 12:51
L'on m'avait parlé d'Amin Dada, roi d'écosse. J'avais levé un sourcil surpris. Ta note, magistralement enlevée, m'éclaire sur cette juxtaposition bizarre mais subtil d'Amin Dada et de l'Ecosse. Merci encore une fois, Elise.
Rédigé par: ASF | le 23/02/2007 à 15:30
Merci Antonia. :)) Je t'encourage vivement à le voir. Tu ne seras pas déçue. Passe un bon week-end. :)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 23/02/2007 à 15:56
J'en suis sorti fasciné, scotché, ahuri...
Ce film m'a rappelé (un peu, et en plus sanglant) ce que j'ai découvert lors d'un voyage en Guinée Conakry.
Le CR du film est remarquable.
Henri
Rédigé par: henri kaufman | le 24/02/2007 à 00:10
C'est une repruduction fascinante...
C'est un film qui mérite un prix exeptionnelle, dans la mise en scène d'abord, le choix et le travail des acteurs et la RELEVATION HISTORIQUE.
Du courage, il faudra nous en faire voir davantage.
Rédigé par: Dimitri AZEBAZE | le 05/03/2007 à 23:44
Bonsoir Henri et Dimitri,
Forest Whitaker a décroché l'oscar du meilleur acteur pour son incarnation terrifiante de perfection d'Amin Dada. Le film qu'a signé MacDonal est magistral. Il restera au-delà de son contexte de production. La mode hollywoodienne semble être à une résurrection de l'Afrique ; en l'occurrence, certaines modes sont bonnes à suivre. On ne parlera jamais assez de l'Afrique, je suis d'accord, Dimitri.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 07/03/2007 à 18:16
l'association bledfondation et la marque ultimatehome lance un plan d'action internationale pour le denoncement des multinationale qui participe au pillage de l'afrique les details de l'action sur www.bledfondation.skyblog.com www.myspace.com/bledfoundation
Rédigé par: bledfondation | le 08/09/2007 à 20:17