Une République de caractère
Malraux de gauche, Régis Debray ne mâche pas ses mots. Ni sa déception, quand il observe, implacable, les personnages politiques glisser vers l’insipide - manquant de caractère mais certainement pas leur carrière.
Il faut dire que l’écrivain-philosophe, membre de la commission Stasi (qui réfléchit à l’application du principe de laïcité) et Président de l’Institut européen en sciences des religions, a toute licence. Lui qui se définit comme « un gaulliste de gauche », qui a croisé tant de mythes, combattu avec Che Guevara en Bolivie, qui y sera arrêté et incarcéré pendant quatre ans. Lui qui a rencontré Salvador Allende et Pablo Neruda.
Né en 1940, il est de cette génération politique façonnée par « une fraternité qui ne se commande pas ».
Régis Debray est un intellectuel à l’ancienne. Un vrai. Pas un produit télé. Il n’est pas côté au CAC de l’arrivisme financier qui regarde la liberté outre-atlantique avec envie en méconnaissant la devise de sa propre nation qui la fonde. Pas de ceux qui regardent au loin par ignorance, ou manque de courage, et ironiquement par manque d’ambition – je fais allusion à l’ambition morale.
Sa liberté s’appelle l’Histoire, et ne commence pas sur un tract de
propagande agoni en Irak sous une pluie de mitraille. L’homme a du sens
; y compris celui du sacré.
Un sens du sacré qui ne va pas à
rebours de l’athéisme. Il croit en la nécessité d’une force
transcendante, et voit le déclin de la République s’annoncer par un
vide symbolique ; précisément par une symbolique républicaine en
péril. A ce titre, il ne reniera pas la puissance d’incarnation d’un
Mitterrand.
Constat amer. La République ne génère plus la même adhésion. Elle n’élève plus, elle n’éduque plus en vertu de ses trois principes, elle ne fédère plus. Les banlieues flambent-elles ? On les karchérise. La mère patrie républicaine peu à peu laisse place à un hymne individualiste foudroyant de régression, celui du : Un pour un, tous contre tous.
Bien sûr, il méprise les sondages. Les passions molles qu’ils véhiculent. Et l’électeur dépolitisé qui s’y suborne par paresse, quand il n'est pas brisé par un quotidien sans perspective.
Ce n’est pas un tendre, il peut aussi se fourvoyer. Peu importe, il le fera avec foi, préférant les convictions à la communication. Il n’échappe toutefois pas à toutes les récompenses de notre société de communi-consommation. En 1977, « La neige brûle ». L’hémicycle des prix littéraires, parfois frelaté, le récompense, il obtient le prix Femina.
En politique, il goûte la « consistance » et le panache. Un
peu à la Hugo, prise la bonne composition des lettres avec les idéaux.
Aujourd’hui,
il signe une tribune dans Le Monde, La coupe de l’Elysée 2007, dans un style précis et brillant.
D’aucuns
le diront élitiste. Et alors ?
Court extrait : « Naître au début de la guerre, militer contre les iniquités occidentales, Indochine, Algérie, plonger dans les guérillas des années 1960 fabrique, sur la distance, certains atomes crochus. Les liens qui se nouent entre les gens face au risque de mort ou au cassage de gueule sont toujours d'une qualité particulière.
Les battants qui ont pris la relève ont été épargnés par l'épreuve du réel. Ne serait-ce qu'un service militaire, un dérapage hors des clous, un tour du monde en stop. Ce n'est pas leur faute. La bonace locale ne leur a pas laissé la moindre chance, nos espoirs courent en terrain plat. Pour la compétence, l'outillage est là. Ils ont leurs papiers en règle. C'est le caractère qui peut faire souci. L'épaisseur, l'étoffe, le recul. Cela se forme cahin-caha, à contre-courant, vent debout. Pour qu'une fille ou un fils de bourgeois crève la bulle, il faut un bris de clôture, guerre, scandale, exil, usine ou galère, le petit moment de béance ou de vérité qui donnera plus tard du style ou de la bouteille.
Ce n'est pas un sort enviable que de monter à 23 ans dans une voiture avec chauffeur pour n'en plus sortir. L'ENA, le stage en préfecture. Puis droit sur l'Elysée. Parachutage dans une bonne circonscription. Là, on laboure un minimum. Le blanc au zinc, le marché le dimanche. Puis l'Assemblée, un petit ministère, et sitôt après le fauteuil en région ou en département. Ces états de service bien enchaînés font assurément une carrière (gauche ou droite), rarement un caractère. »
Elire notre président, c’est bien plus qu’élire un dirigeant économique. Mais qui aujourd’hui s’en soucie ?
Qui s'attache à rendre l'espoir ? Qui se préoccupe du vide moral ? Qui sait encore que la liberté ne s'arrête pas à la sienne propre ? Qui veut rappeler qu'après la liberté, demeurent encore l'égalité et la fraternité ?
Nous parlons de République. Mais qui connaît son Condorcet (au-delà du Cercle...), et qui a réellement lu Saint-Just ?
Nous parlons d’Histoire. Mais qui aujourd’hui lit avec passion et assimile Hegel au-delà d’un morne bachotage ?
Nous
avons aboli la peine de mort, créé un droit de l’enfance, les
suffragettes ont obtenu le droit de vote. Mais défait les pacifistes romantiques ! La guerre ne fut pas
seulement en Serbie, elle incendia la Bosnie, la Croatie…Et nous passerons sous silence, la guerre économique de 14, la barbarie systémisée de la deuxième guerre, les génocides là où l'Occident s'en fiche (pas de ressources naturelles à piller), et le venin contre-terroriste. Nous avons échoué
à doter l’Europe d’une Constitution mais avons réussi la monnaie
unique. Il nous manque cependant l’étincelle. La flamme pour
transcender la France, pour transcender l’Europe. Qui nous rendra
Victor Hugo ?
A consulter, le site de Régis Debray.



Ma chère Elise, nous n'avons pas créé la monnaie unique, mais la monnaie commune, ce qui différentie nettement la donne économique. Les riches sont devenus plus riches, les pauvres plus pauvres, les nantis de plus en plus nantis. La république est devenu un formidable asile psychiatrique où se côtoient certains élus des plus infâmes, des voleurs de grands chemins, des bandits de la pire espèce, pillant en ministère comme pillait Colbert en son époque ou Fouché en son royaume. Oui le monde n’a vraiment pas changé, sauf cette vague douleur au rectum de trop de sodomie imposée. Les repris de justice du grand panel politique en devanture, entre caméra conciliante et mépris du peuple, ont-ils seulement soufferts dans leur vie de bohème comme moi-même ait souffert de la sortie des eaux à ce jour d'insulte de la part du Parti Socialiste et je ne me plaindrais pas de trop de lucidité, mes douleurs sont ailleurs dans une région inaccessible pour les profanes des ministères. Pat.
Rédigé par: patlesarthois | le 23/02/2007 à 21:29
Peut-être serait-il possible d'échanger Ingrid Bétancourt contre Régis Debray ?
Rédigé par: Marcus | le 24/02/2007 à 14:22
Non Marcus ! nous ne le pouvons pas, car comme vous le savez Régis n'est pas Bétancourt..... et surtout il aurait su aller à l'intérieur de la jungle sans se faire de la pub qui lui aurait porté nuisance... Pat
Rédigé par: patlesarthois | le 24/02/2007 à 17:37
J'ajouterai mon cher Marcus, que rarement dans ma vie de chien et de croyant quand même, j’ai rencontré une âme aussi lucide que celle de Régis. Comme dirait Henry on a trompé l'homme et Régis dans sa philosophie mystérieuse nous le dit à chaque syllabe de sa parole, je dirais de son âme hantée de tant d’amour… Pat.
Rédigé par: patlesarthois | le 24/02/2007 à 17:54
Non plutôt, George Bush contre Ingrid Bétancourt. Tu as d'autres propositions d'échanges de ce type, Marcus ?
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 27/02/2007 à 13:06
Marcus est un coquin Elise. Je regrette quand même qu'Ingrid se soit rendue dans cette jungle à plus de 300 kilomètres, sachant que ce ne serait pas une partie de plaisir, mais sachant surtout la politique de s FARKS. Pat.... sans doute incrédule ? va savoir !
Rédigé par: patlesarthois | le 27/02/2007 à 13:33
Bien sûr, Pat, l'animal est taquin surtout quand on ne croit pas assez en son favori (Marcus, si tu me lis...). Ingrid Bétancourt a fait preuve d'une force de conviction politique exceptionnelle qui allait jusqu'à accepter de se mettre en danger elle-même, d'un superbe courage, et les appels de sa fille sont bouleversants. Je ne vois pas qui ne pourrait pas souhaiter de tout son coeur qu'elle recouvre enfin la liberté.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 27/02/2007 à 13:45
Oui Elise je suis d'accord, mais avec cette nuance de la mise en danger de sa propre personalité humaine et politique, car Ingrid était attendue de son peuple et celui qui dirige le pays n'en n'a cure comme tu le sais ! sinon oui pour le courage de sa fille qui n'a pratiquement pas vécue dans l'amour maternelle de sa mère, et Pat sais de quoi qu'il parle..... pat...
Rédigé par: patlesarthois | le 27/02/2007 à 14:07