Pour la forme, ou quand le cliché fait sens
Puisque dans cette campagne, la forme, (et principalement en cause, les fausses batailles de positionnement), a manifestement pris le pas sur
le fond. Soignons-la. Mais soignons-la comme un moyen d’appuyer un
contenu, un programme depuis le début présent et compétent, limpide
dans ses orientations et que l’on peut donc rejeter quand on se tient
dans le camp adverse ; quoique ce programme subisse un a priori tenant à la
personne qui le porte, au potentiel de changement radical qu’elle
incarne et qui nécessite pour nombre d’électeurs une certaine
habituation, pour ne pas dire acceptation. Passer de douze ans de
chiraquisme – au passage, chapeau bas pour le discours très digne de Jacques
Chirac qui faisait sens, outrepassait le cadre par trop national de la
campagne présidentielle, et ne transigeait pas sur des valeurs
humanistes non plus que sur la place de la France - à une présidence
de gauche, qui plus est emmenée par une femme, ce qui serait ou sera,
l’issue du scrutin nous le dira, une grande première dans l’histoire de
nos institutions, la rupture est indéniable. En cela, elle peut faire
peur. Il convient donc pour Ségolène Royal, plus que pour tout autre,
de faire ses preuves. C’est une femme en politique, elle y est donc
habituée. Elle doit encore inlassablement convaincre, rassembler. Et rassembler tout le
monde. Y compris cette catégorie que l’on envie, que l’on admire, tout
en s’en défiant : les people. En l'occurrence, pas n'importe quels people, des people "haut de gamme". Comme un cliché de Saint Germain des Prés, et toutefois plus qu'un cliché. Pour la forme, ou quand le cliché fait sens.
Force est de constater, sans que ce soit une révélation, que des
soutiens, dans cette France qui pense et qui crée, la première
candidate de la gauche n’en manque pas.
Ainsi, hier, au gymnase Japy dans le 11e arrondissement de Paris, la soirée « société civile » (mot préféré à « comité de soutien ») qui regroupait derrière Ségolène Royal intellectuels et artistes éminents, tels Jeanne Moreau, (en photo/source l’agence Reuters pour Le Monde), Béart, Berling, l’anthropologue Françoise Héritier…, qui croient en sa vision de la France, fut l’occasion pour la candidate socialiste de s’exprimer aussi clairement que fermement sur la proposition faite par Nicolas Sarkozy d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Pas de ce pain-là. Pas de main tendue à l’extrême droite, semble nous réaffirmer Ségolène Royal. Au nom de la République, au nom de valeurs qui ne cèderont pas, fût-ce par électoralisme.* :
"Nous, républicains, lance-t-elle, nous sommes amoureux de la France, mais nous ne confondons pas le patriotisme, qui est l'amour des siens, avec le nationalisme, qui est la haine des autres." Certes, poursuit la candidate, "les catégories populaires sont très attachées à l'idée d'identité nationale et de nation, et elles ont raison. C'est la nation qui permet de construire, de tenir bon, en n'ayant pas peur des autres". Mais la nation, ajoute-t-elle, "n'est pas une addition de communautés", elle "ne distingue ni Blancs, ni Noirs, ni Jaunes, ni catholiques, ni musulmans, nous sommes tous des citoyens de la République française à égalité de droits et de devoirs". "Avec moi, l'identité nationale ne disparaîtra pas dans la mondialisation", assure Mme Royal qui met en avant la laïcité. Et l'accès à la culture. »
L’article du Monde signé Isabelle Mondraud, que je viens de citer, l’affirme dès la première ligne en rappelant que Lionel Jospin en 2002 ne manquait pas d’appuis. Une telle initiative n’a rien de démagogique, c’est même de la haute-voltige. Les comités de soutien de people n’ayant pas toujours été reçus très positivement par les couches les plus populaires qui y voient une forme de provocation, une duplicité de la gauche.
Pourtant. Oui, les « people » qui font la pensée et le ciment culturel du pays étaient présents ? Et alors ? Doit-on leur dénier leur statut de citoyens ? Doit-on leur reprocher de s’engager, d’avoir choisi le camp le plus proche de leurs valeurs, quand ils ont un certain sentiment d’urgence démocratique ? De soutenir, quand ils n’ont rien à gagner à une exposition de leur choix politique que de se couper d'une partie de leur public ou d'être stigmatisés au sein de leur corps de métier. Aucune promesse ne leur a été faite, il n’y a là aucun clientélisme. Ce sont des citoyens volontaires. Des citoyens presque ordinaires qui ont le choix, par-delà l'artifice de leur médiatisation, de faire acte de citoyenneté en suivant le candidat en qui ils croient, en prenant sur leur temps et non pas en se contentant d’un appui ponctuel, erratique, d'une déclaration par voie de presse. Les plus starisés et bankables d’entre eux agissent même à rebours de leurs intérêts puisque la candidate socialiste s’est prononcée pour le maintien de l’ISF. Serait-ce qu'ils ont choisi de ne pas restreindre leur "liberté de penser" à leur liberté de dépenser ?
La complicité ou simplement le contact qui passe entre la candidate socialiste et l'actrice Jeanne Moreau, dont semble témoigner cette photo Reuters, n'est pas un lien honteux qu'il faudrait taire. La polémique sur la "peopolisation" des politiques est une fausse polémique. Qu'un candidat à l'Elysée puisse rassembler un pays dans toute sa diversité enrichissante sans omettre ceux qui font et fondent son tissu culturel, le réfléchissent, l'interrogent, l'analysent, nous remettent en question, ou nous réprésentent à l'étranger, trouvez-vous ça choquant ?
Enfin, en réponse aux lecteurs qui aiment à citer les réactions des internautes du Monde et s’en servent comme d’un premier sondage pour conforter leur choix ou mettre en doute leur opinion indécise, en voilà quelques unes.
* "Dernière minute". Extrême-droite qui vient aujourd'hui, en la personne du candidat Jean-Marie le Pen, d'obtenir ses parrainages. Que le candidat de l'UMP se désinquiète et ne se préoccupe donc plus de sauver le candidat Le Pen au nom de la pluralité démocratique. Ce dernier sera une fois de plus présent au premier tour de l'élection présidentielle. Espérons qu'il ne le sera pas au second tour et que ce ne sera pas la fois de trop. Victoire démocratique ? Vraiment ?
Bonne journée à tous.



"ne pas restreindre leur "liberté de penser" à leur liberté de dépenser"
Très joli, ça. Et je fais le même choix. Même si je suis loin de l'ISF...
Rédigé par: franssoit | le 14/03/2007 à 16:28
C'est d'ailleurs à mettre en face du slogan de Sarkozy "travailler plus pour gagner plus".
Rédigé par: franssoit | le 14/03/2007 à 16:31
Bonjour Franssoit, oui, heureusement que c'est un choix qui va au-delà de ceux qui sont imposables à l'ISF quoique ceux-ci, avec la flambée immobilière, soient plus nombreux qu'on ne se le figure. :)
Mais quand tu dis qu'on peut le mettre face au slogan de Nicolas Sarkozy, j'imagine que c'est dans une position de contradicteur ? Parce que la liberté dans ce second cas m'apparaît plus conditionnelle que souveraine. :))
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 14/03/2007 à 16:51
Personnellement, je ne pense pas que l'influence des "people" existe - peut être à la marge, et encore. Je vois plus cela comme une aide psychologique pour les candidats : cela les rassure, les valorise, les légitimise plus à leur propres yeux qu'à ceux d'autrui, etc. Et c'est aussi un dérivatif, un détournement d'attention. Ni plus ni moins. Et ça fait écrire. (la preuve)
Rédigé par: Michel | le 14/03/2007 à 17:06
Oui, j'ai eu la flemme de m'exprimer correctement.
Ce que je voulais dire c'est que ce que propose Sarkozy avec son slogan, outre le fait que c'est une fausse liberté, c'est un choix parfaitement égoïste.
Contrairement au choix de "ne pas restreindre leur "liberté de penser" à leur liberté de dépenser", qui lui est un choix individualiste (si tu as un mot meilleur, toi grande prêtresse de la langue qui fait mouche, n'hésite pas à suggérer).
Rédigé par: franssoit | le 14/03/2007 à 17:37
Quelle chute, Michel, c'est un assassinat ! :D Mais bien une preuve supplémentaire de cette situation aberrante où bientôt pour ne pas déplaire à leurs électeurs les candidats devront taire leurs soutiens les plus emblématiques. Je crois au contraire que nous avons désespérément besoin de symboles et que ces soutiens d'artistes et d'intellectuels participent de ce besoin. En préambule, j'ai mis en cause la dérive de la campagne vers une prédominance de la forme sur le fond. Devant ce glissement incontestable, pourquoi ne pas défendre ces manifestations de soutien qui ne mettent pas en tant en exergue l'ego d'un candidat mais bien des valeurs et la réunion forte autour de valeurs ?
Un choix individualiste, non, Franssoit, mais un choix bien personnel et altruiste, oui. :)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 14/03/2007 à 18:25
"Je crois au contraire que nous avons désespérément besoin de symboles et que ces soutiens d'artistes et d'intellectuels participent de ce besoin" Je ne crois pas - ou plus exactement, que "tsunami Bayrou" (dixit Christophe Barbier) nous montre l'inverse. C'est le moins disant, le moins people, le moins sexy, le moins populiste (ou perçu comme tel, ce qui revient au même)... C'est comme si la France avait renoncé à rêver - ou plus exactement, comme si la France rêvait de calme et de tranquilité, de l'union des hommes de bonne volonté, d'un bon bain chaud, d'un bol de lait et au lit...
"pourquoi ne pas défendre ces manifestations de soutien qui ne mettent pas en tant en exergue l'ego d'un candidat" En etes vous certaine ? Ou alors, n'est-ce pas plutot des égos hypertrophiés qui se reconnaissent multuellement sous nos applaudissements ?
Rédigé par: Michel | le 14/03/2007 à 18:58
Ah L'Express ! Parler de tsunami pour qualifier François Bayrou, c'est tout de même exagérer son potentiel de désastre. Bonne soirée, Michel.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 14/03/2007 à 19:13
Michel,
crois-tu vraiment que Bayrou soit perçu comme le moins populiste ?
J'en ai exactement la ... perception contraire.
Rédigé par: franssoit | le 14/03/2007 à 20:19
Sacrée Élise, même quand je ne suis pas là, tu te débrouilles quand même pour parler de François Bayrou, accréditant ainsi l'idée qu' il n'y aurait pas de fumée sans feu (à la baraque de foire de la rue de Solférino notamment) ou de tsunami sans vagues dans le corps électoral.
Ne te biles pas Chirac devrait tacler Bayrou très prochainement. Est-ce que ça va suffire ?
Tu as la rancune tenace à ce que je lis. ;)
Promis juré, je ne mettrais plus de liens relatifs à des commentaires de presse, c'est pas loyal. Cochon de centriste qui s'en dédit :-)
Bien à toi, amicalement, marcus
Rédigé par: marcus | le 14/03/2007 à 23:58
Je ne vais pas enfoncer le clou mais j'ai le même sentiment que toi, Franssoit.
Que veux-tu, Marcus, je dois trouver qu'on n'en parle pas assez. :) Oui, "cochon de centriste", si tu étais parisien, je t'inviterais volontiers à débattre des affaires de la cité autour d'un verre.
Ps : Je suis très contente de ces discussions "viriles", Messieurs, mais : où sont passées les lectrices ???
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 15/03/2007 à 11:17
Avec Plaisir Élise. Ainsi, moi qui passe par dessus l'atlantique quatre fois par jour, je pourrais alors m'interroger sur le point de savoir, si la (probable) victoire de François Bayrou, je l'ai vue entre plutôt deux eaux… ou plutôt entre deux verres.
C'est vrai, ça ! Où sont les femmes ?
Plus sérieusement, le journal Les Échos du 8 mars 2007 s'interroge : Mais existe-t-il un vote proprement féminin ?
Rédigé par: marcus | le 15/03/2007 à 11:46
Allez tranchons dans le vif. Il n'existe plus un vote féminin mais il a existé un vote féminin, c'est même ce qui a pu faire redouter leur accès aux urnes. Les premières suffragettes étaient supposées être plus ancrées à droite, de cette droite chrétienne et terrienne que représente peut-être l'UDF aujourd'hui, (avec toutefois une ouverture indéniable vers l'Europe), ayant tout de même à composer avec le parti de M. De Villiers qui ne flatte pas les meilleurs instincts de cet électorat. Pourquoi étaient-elles supposées acquises à la droite la plus conservatrice ? Car plus catholiques pratiquantes, renfermées dans leurs a priori et croyances, cantonnées qu'elles étaient à leur maison et à leurs couches, frayant par trop avec les curés aux yeux des plus anticléricaux de la SFIO. Au début de leur émancipation, les femmes étaient perçues comme une menace pour la gauche, assurément. Cela a bien sûr changé avec leur émancipation sociale et conquête d'une pleine indépendance. Indépendance juridique, morale, économique. L'étape décisive fut bien sûr de leur "permettre" de disposer de leur corps et de décider de leur sexualité. Une condition préalable pour qu'elles puissent décider de tout le reste et s'affirmer, enfin, à l'égal.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 15/03/2007 à 12:01
En parlant d'UDF ma chère Elise, je t'informe que je viens de mettre en ligne sur mon blog une rumeur qui tourne autour de François Bayrou. Vraie ou fausse, il fallait que passe l'info. Coure vite pour la connaître pour la transmettre.
C'est un plaisir de te lire
Jean-Claude
Rédigé par: jeanclaude djian | le 15/03/2007 à 16:50
Entre Élise et moi, c'est le jeu du chat centriste et de la souris socialiste. :-)
Rédigé par: marcus | le 15/03/2007 à 17:30
du chat (ego)centriste ?
Rédigé par: marcus | le 15/03/2007 à 17:31
Si tu assumes le rôle de Tom, Marcus, je veux bien assumer le rôle de Jerry. ;D
Allez, je file découvrir la teneur de cette rumeur sur le blog de mon ami Jean-Claude. :)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 15/03/2007 à 19:24
Trop tard, je suis passé avant toi ! :-)))
Rédigé par: Marcus | le 15/03/2007 à 20:52
La pipeulisation est un phénomène divers, complexe. L'une de ses parties consiste, pour les médias parisiens et nationaux, à ne considérer, intérroger, que celles et ceux qui font partie des "gens connus". Cet enfermement, cet autre communautarisme sur une liste restreinte, est un danger et un poison, nationaux. Et là, que des gens connus soutiennent la candidate, tant mieux, il est préférable qu'ils soient là plutôt qu'aux côtés du liliputien bien connu, mais ce qui importe, c'est qu'ils expliquent et justifient le sens de leur choix, donc qu'ils ne se contentent pas de ce qu'ils sont, mais qu'ils parlent... Et de ce point de vue là, les pipeuls sont assez décevants... C'est tout de même une partie du monde "de la culture"...
Rédigé par: grellety | le 19/03/2007 à 18:16
Mission incomplète, Grellety, Je te rejoins. Ils n'ont pas toujours, pas tous, la patience, la constance, (la possibilité?) d'expliquer leur choix. Il existe cependant des exceptions, je pense par exemple à Philippe Torreton. Bonne soirée. :)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 19/03/2007 à 20:50
Salut Elise
People ou pas, elle est cuite, extra cuite Ségo.
Pffouit , explosée en plein vol.
Je ne mise plus un kopek sur son son succès.
Bon courage quand même dans ta cause, et dans ta constance.
Bizzz JB
Rédigé par: Impolitis | le 20/03/2007 à 01:20
Contente de te revoir parmi nous, Impolitis ! Ton blog ne fonctionne-t-il plus ? Rien ne s'est affiché quand j'ai voulu le consulter hier.
Ma "cause", comme tu y vas, on lui accole derechef à ce mauvais substantif l'adjectif "perdue". Quoique... dans l'un de ces tests féminins débiles, je cocherai sans doute la case "hara-kiri" si elle devait être opposée à la case "reniement" :). je lui préfère toutefois le mot "choix" ou conviction, ralliement à un projet, engagement. Constante, bien sûr, je suis jeune, encore que pas si jeune, et ne découvre pas la politique et les différences de visions politiques, différences de mises en oeuvre parfois plus que divergences de diagnostics, je ne découvre pas notre histoire politique, nos institutions, je ne peux pas me laisser séduire par le ni-ni et les positions de pure contestation faciles, mais je ne suis pas encartée, c'est le dernier seuil que je n'arrive pas à franchir.
Cependant Impolitis, il est bien trop tôt pour jouer la marche funèbre. Les sondages n'ont jamais fait une élection et quand bien même, Ségolène Royal est en seconde position. Et puis à force de vouloir à tout prix la sous-estimer... un adversaire sous-estimé est un adversaire qui a toutes les chances de vous gagner par k-o.
Bises !
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 20/03/2007 à 08:45