Stardust to dust
C’est la fin d’une époque. D’une époque sulfureuse. Son agonie mise en scène sous les projecteurs. Ci-gît le Stardust. Dinosaure du Strip, qui, dans un fracas d’explosifs, et devant des millions de télespectateurs et internautes, fait table rase du passé. Et surtout place nette pour la construction d’un projet immobilier plus titanesque encore. Le projet « Echelon Place ». Un véritable T.Rex qui coûtera quatre milliards de dollars et devrait ouvrir ses portes en 2010. Il s’agira du deuxième hôtel le plus cher jamais construit. Ce nouveau complexe pour flambeurs argentés aura une capacité d’accueil à l’aune de la démesure de Vegas : 5300 chambres, 13000 m2 pour le casino, 60 385 m2 pour le Centre d'exposition qui se nommera Las Vegas ExpoCenter, 92 900 m2 pour le Centre de Convention. Combien de mètres cubes d’eau inutiles consommera-t-il par jour ? Combien de watts ? Mieux vaut taire cette question incongrue dans LA ville épargnée par la situation mondiale d’urgence écologique…
Vous êtes à Vegas. La démolition de ce qui fut longtemps un emblème du luxe rutilant à l’américaine fait le show et la une du New York Times. Mise à mort populaire d'une machine à fantasmes ? C'est pour nous l’occasion de revenir sur l'histoire d'un grand monstre du Strip.
Adagio ou rock'n roll ? Enterrement en première classe d'un ancêtre encombrant.
Le 2 juillet 1958, le Stardust ouvrait ses portes. Son promoteur, Tony
Cornero, n’était pas un gage de moralité. Cet ancien trafiquant
d’alcool, vestige d'une Amérique frappée par la prohibition (1920-31), mourut
trois ans avant l’ouverture de sa créature. Le Stardust devint le plus gros complexe
du Nevada.
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Fréquenté par Franck Sinatra, lui-même passablement trouble, les liens
du Stardust avec les milieux interlopes s’intensifièrent dans les
années 60 et 70. Le Stardust était passé aux mains de Franck Rosentha,
dit « le gaucher », et de ses associés, liés aux mafias de Chicago et
de Kansas City. Vous avez tous vu Casino de Scorsese ? Vous vous souvenez de l'interprétation magistrale de Robert
de Niro ? Ce n’est qu’en 1976 que Rosenthal fut frappé de l’interdiction
d’exploiter un casino. Douze ans plus tard, il figurait sur la liste
noire de la commission des jeux du Nevada.
Puis en 1999, Wayne Newton signait un engagement de 10 ans avec le Stardust, pour un montant de 25 000 000 $ par an, un contrat record en son temps. Car à Vegas, on est vite dépassés, surtout quand il s’agit d’aligner les chiffres.
Le Stardust, immortalisé par Hollywood, poussière d’étoile chantée, avec un peu d'imagination, par un Bowie travesti, imposant comme aujourd’hui le Bellagio, est mort d’avoir trop été. Symbole archaïque d’une époque à abattre, il ne brillera plus de ses feux mercantiles et mafieux. Sa démolition a donné lieu aujourd'hui à une véritable mise à mort en direct très suivie et disponible en vidéo sur le site du NYT. Ce n’est pas le signe d’une désaffection pour le monde de la « flambe ». Les casinos n’ont sans doute jamais si bien marché. Mais dans une ville comme Vegas, Las Vegas l’indécente, qui doit sans cesse se réinventer dans le monumentalisme, faire en quelque sorte feu de tout strass, le Stardust avec son allure d’antiquité devenait gênant. Le neuf, toujours, le neuf. Quelques natifs de Vegas, de tout âge, regrettent cependant la démolition d’un pan de leur histoire. Certains sont mêmes amers d’une telle décision.
Car à chaque peuple, à chaque terroir son patrimoine. La destruction
d’un vaisseau de notre culture comme le Louvre serait proprement
inacceptable. Le parallèle n’est pas forcé. A Las Vegas, sans parano, la
culture, s’appelle plus qu’ailleurs : dollars, jeux de lumière, jeux de
flambe. Jeu de vilain ?
Pas si sûr. Le casino, lieu de tous les excès, quoique la finalité de
ceux qui le détiennent soit toujours la même, reçoit plusieurs
lectures. Que l’on s’y amuse. Que l’on s’y perde. Que l’on s’y mesure
même. Temple de l’ « entertainement » suprême, pour les uns. Abîme de
l’artifice et du vain, lieu archétypal de la vénalité des hommes et de
leur monstrueux égoïsme, pour les autres. Ou dépassement métaphysique
de la nécessité de faire dépendre son destin de l’ennui de l’argent en
risquant, en perdant tout, de s’y assujettir à jamais, ou en raflant la
mise d’en être délivrés? Que celui qui n’a jamais eu envie de flamber
jette le premier jeton…



Mettre en parallèle Le Louvre et Le Stardust - si ce n'est pas forcé, c'est quand même un peu osé ! "Car à chaque peuple, à chaque terroir son patrimoine" : Je ne suis pas sur que le patrimoine des USA soit les casinos et la mafia... Peut être pour Vegas, mais n'a-t-elle pas été édifiée comme telle par la mafia ? Si j'ai adoré Casino, j'en mesure néanmoins l'aspect vérité qui est à gerber (cf le doc dans le DVD). "Que celui qui n’a jamais eu envie de flamber jette le premier jeton… " Ben, moi, mais suis trop bien élevé... (sinon, même si j'ai pas l'air, j'ai bien aimé votre post)
Rédigé par: Michel | le 14/03/2007 à 12:57
Bonjour Michel, merci pour ton commentaire, et bienvenue. Oui, c'était clairement une provocation. Mais je ne ramenais pas l'identité culturelle des USA au microcosme des casinos mais bien la ville de Las Vegas. Quant à la conclusion... qui ne rêve pas, au moins un instant, d'être délivré de l'obligation de compter ? on peut voir dans le comportement hautement à risque du joueur invétéré, ou simplement dans l'échappatoire comme une échappée belle du joueur très occasionnel, l'envie de conquérir sa liberté par rapport à la nécessité de l'argent. Au fond, les motivations sont identiques à celles qui poussent des millions de joueurs de loto à acheter une grille en dépit de la probabilité infime qui est la leur de gagner les sommes folles que l'on nous fait miroiter. Outre le cadre, c'est l'adrénaline et le risque financier qui en découle qui font diffèrer les jeux du casino des jeux à tirage ou à gratter. Ce n'est pas non plus pour rien que dans un casino, le jeu qui attire le plus, soit a priori le plus facile, quoique que le plus improbable dans le rapport gain/perte, soit la cagnotte à or liquide du jackpot. ;)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 14/03/2007 à 14:50