France-Bucarest-Express. Escale en Roumanie, un pays méconnu
Aïda, (alias Ecaterina dans la blogosphère), ex journaliste roumaine de 31 ans, Présidente de
l’association Activaussi, n’est pas de ceux qui se résignent par mol
humanisme. Elle refuse d’accepter "ce monde qui ne sait plus rêver" par conformisme, cynisme ou ignorance ?
Il faut(avoir envie de) connaître pour aimer. Elle nous propose donc, en quelques photos légendées, de rattraper le temps que nous font perdre les stéréotypes comme l'incuriosité. Mettons sans plus attendre nos pas dans les siens pour découvrir la
Roumanie au-delà des clichés. Un pays qui fait « aussi » partie de
l’Europe, nous rappelle-t-elle.
Textes et photos, Ecaterina.
" La vieille Roumanie
La Roumanie -aussi- vient d'entrer dans l'Europe. Mais que savons-nous de ce pays à part la mort en direct des Ceausescu et les enfants des rues ou autre mendiants des trottoirs parisiens? J'ai envie de vous présenter à travers trois images l'âme roumaine. Avant que le progrès ne l’étouffe.
J'ai choisi trois photos que nous pouvons appeler "traditions", "art" et "foi" où(…) s'exprime depuis deux mille ans » l’âme roumaine.
« D'abord les traditions, à travers ce tableau d'une jeune peintre naïve de l’école de Brusturi, Mariana Mihut. Le ramassage des pommes dans ce petit village des monts Apuseni, à la main, tel qu'il se fait depuis des siècles. Car dans ces villages des Carpates, les travaux des champs sont encore l'occasion de grandes fêtes et rituels traditionnels, de prières, bénédictions, musique et danse. Le sacré et le profane s'entremêlent et se confondent parfois. J'en parlerai plus sur mon site bientôt.
Ensuite l'art*,
car avant l'arrivée de la peste rouge chez nous, Bucarest "le petit Paris"était une capitale d'effervescence culturelle. Sur l’allégresse et le désespoir roumain, Jean d'Ormesson a de très jolis mots:
« Nous devons beaucoup aux Roumains. Ils ne nous ont pas seulement fourni avec génerosité en actrices ou en sculpteurs : un Brancusi, une Elvire Popesco, à l’accent inoubliable dans les chefs d’œuvre de Robert de Flers et d’Arman de Caillavet (…). Ils nous ont donné aussi quelques-uns des meilleurs artisans de notre langue qu’ils connaissaient mieux que nous et qu’ils aimaient autant que nous : Mme de Noailles, née Brancovan; tous les Bibesco, si chers à Marcel Proust; dans un genre assez différent, Tristan Tzara, le fondateur de Dada: Panaït Istrati, un romancier de l'aventure, auteur de Kyra Kiralina; et surtout les trois amis qu'on voit ensemble sur des photographies et qui illustrent avec éclat la littérature française d'après la Deuxième Guerre mondiale: Mircea Eliade, romancier, mythologue, historien des religions; Eugène Ionesco, être lunaire et exquis qui bouleverse, avec Beckett, le théâtre contemporain et dont La Cantatrice chauve ou Les Chaises n'ont jamais cessé d'être à l'affiche quelque part pendant un quart de siècle; et puis Cioran, qui s'appelait Cioranescu et dont le prénom, Emile, s'est perdu en cours de route, comme celui d'Ionesco (...)". (extrait de "Une autre histoire de la littérature française", Jean d'Ormesson, Nil éditions, 1998).
* l'intérieur de la maison de l'écrivain Liviu Rebreanu.
Et puis la foi, car chez ce peuple orthodoxe, Dieu est très présent. J'aurais pu choisir comme illustration l'un des magnifiques monastères de Moldavie, classé patrimoine de l'Unesco. Mais à force de matraquage publicitaire, et touristique, ils ont perdu un peu de leur âme... Alors voici plutôt un coin oublié du temps, une petite église creusée dans la roche par des moines pauvres, où des fresques séculaires, très rares, s'effacent -faute d'argent- tous les jours un peu plus. C'est l'église de Corbi
, apparemment la plus vieille église du pays, creusée dans la roche en 1 100 pour être cachée aux yeux de feu des envahisseurs. Lieu de prière et refuge des temps troubles. Et dont les fresques, datant du XIV ème, moisissent dans l'indifférence générale.
Cet endroit m’a touchée aux larmes, j’y pense sans cesse depuis ma visite (l'été dernier, par hasard, au détour d'un chemin, car il n’est pas dans les guides ; heureusement!) ; J'aimerais créer une petite assoc pour sa sauvegarde, mais comment faire? Et qui cela intéresserait? Et si c’était pour faire déverser les cars et perturber la vie des moines, ne ferais-je pas plus un mal qu’un bien ?
Pourquoi je partage tout cela avec vous ? Je ne sais pas. Parce que je voudrais que vous l’aimiez aussi un peu, ce pays si méconnu?...
P.S. : L'église c'est "l’œil" blanc dans la roche et non pas le portail en bois du premier plan qui a été construit en 1890 pour abriter les cloches.
Il existe aujourd'hui très peu de documents sur ce lieu construit sur un ancien temple de sacrifice Dac et où de nombreux domnitori (équivalent en Roumanie des rois) venaient se recueillir. J'ai eu mes infos seulement par les Archives Nationales. Mais il existe une multitude de légendes faites de pierre et de granit, d'oiseaux géants et de griffes d'acier, de voix dans la nuit, d'histoires où des villageois et des esprits de l'Au-delà se rencontrent, comme dans une longue prière silencieuse... Bienvenue en Roumanie, le pays des croyances... disons surprenantes. J'y retourne cet été cueillir tous ces morceaux d'ethnologie. Que je partagerais avec vous dès mon retour. A moins que..."
Retrouvez-la sur son blog !



A moins que ?
Comtes-tu t'installer parmis les moines ?
Rédigé par: franssoit | le 02/04/2007 à 15:22
Je ne parle hélas pas (encore) Roumain, mais voilà déjà ceci : http://www.corbiidepiatra.ro/php/index.php
Rédigé par: franssoit | le 02/04/2007 à 15:27
Non,Franssoit, je ne comte pas m'installer parmi les moines!! (je ne pourrai pas ne pas manger de viande!). "A moins que"... tu visites la Roumanie d'ici là; à moins que... vous les connaissiez déjà, ces histoires; à moins que....
Merci pour le lien. Moi, je parle bien le roumain mais je n'arrive pas à comprendre qui en est l'auteur. Je leur ai envoyé un mail, on verra si ce sont des "gentils" ou un promoteur qui veut vendre des terrains dans le coin. Car, oui, la Roumanie est un magnifique pays, mais il ne faut jamais faire confiance au premier venu.
Sinon, j'ai reçu un message sympa sur le site (que je colle plus bas) et je me dis que j'ai bien fait d'en parler, de cette petitte église, ça les aidera peut-être. Au moins à se faire entendre au Ministère de la Culture, proprietaire du lieu, pour arrêter les infiltrations (d'eau, à travers la roche). Et, un jour, restaurer les fresques....
message yvan:
"bonjour,
cette été géraldine et moi même partons en Hongrie, pour relater aux 50 classes qui nous suivent (via internet) la culture, l'artisanat, l'environnement, les habitants de la Hongrie. Nous sommes en relation avec des gens qui essayent de promouvoir l'éducation par le voyage ( en même temps, sortir des matières classiques) pour donner le goût de l'évasion à l'enfant et lui donner envie d'aller à la rencontre de l'autres.
Pour 2008, nous étions interessés par la Roumanie. Cette église nous a donné envie d'en savoir plus, si vous connaissez des livres ou légendes dans cette région ou autour de cette église, cela serait avec plaisir que nous raconterons cette histoire aux enfants qui suivront notre périple sur les traces de ce livre.
si vous avez des infos, nous sommes preneurs!!! on aimerait que l'itinéraire puisse durer un mois ou plus, cela serait à pied, en vélo, en canoé ou à cheval mais en tout cas un moyen de locomotion "nature" car nous allons essayer de leurs donner envie de protéger notre planète.
voilà nous somme à votre disposition: yvan.thuayre@laposte.net
notre site: http://yvanetgey.ifrance.com"
Rédigé par: ecaterina | le 02/04/2007 à 21:49
J'ai passé 3mois la bas .... c'est un paux fabuleux et magnifique ! Mais il y a du boulot! Notamment avec les bandes d'enfants des rues
Rédigé par: Tristan Pedro | le 04/04/2007 à 01:31
Ecaterina, j'ai le sentiment que si tu organises un voyage en Roumanie, voire un week-end "histoire" à la découverte de l'Eglise de Corbi, tu seras suivie ! ;)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 04/04/2007 à 11:09