Dans votre assiette. Le petit bout de la lorgnette ?
La télé, dans ses émissions de prime abord les moins ambitieuses, dispenserait des leçons pour qui sait les prendre... Des leçons de quoi ? De relativisme culturel. Hier, le jeu Pékin Express fit réagir la SPA. Car ses candidats eurent droit à un repas de chiens – au sens propre – qui plus est sans en être avertis.
Touchons-nous là les limites de l’ethnocentrisme ? Est-il moins choquant de manger du cheval, des cuisses de grenouilles, des escargots, du foie gras, et autres mets made in France, iconoclastes, voire barbares, vus de l’étranger ? La tradition peut-elle tout permettre ? Le relativisme culturel est-il le dernier sésame ? Doit-on défendre le Goût, ou les goûts ? Quand notre assiette se fait miroir. Traversons-la pour un court voyage en amont de nos fourchettes. Et même si vous ne l'êtes pas, n'en doutez plus, vous êtes dans votre assiette...
" Je ne suis pas dans mon assiette". Une expression que l'on emploie si souvent que l'on ne prend plus garde à ce qu'elle signifie. Ce "Je mange, donc je suis", ou "Je suis, donc je mange", et "Je suis ce que je mange", qu'elle renferme.
Sans s'intéresser à la question parfaitement obscène de notre point du goût de la chose...manger du chien est une coutume répandue en Asie, voire en Afrique. Pourquoi ? Parce que le chien n’y est pas considéré comme un animal domestique. Il ne suscite pas plus de tendresse et d’affection que nous n’en avons usuellement pour les bœufs qui peuplent nos abattoirs. Or, nous consommons chaque jour du bœuf. Aux yeux d’un hindou, c’est là un acte impie incompréhensible et inacceptable. Pour nous, c’est banal. L’interdit alimentaire qui pèse sur le porc est encore très vivace et unanimement respecté par les musulmans. Il est fondé sur un contexte historique qui n’est plus. Une épidémie propagée par la consommation de cette bête mais qui a été fixée par le dogme religieux. S’y conformer, c’est suivre sa foi et non la Raison.
« Vache folle » et grippe aviaire n’ont soulevé qu’embargo et précautions, que protocoles d’hygiène, et un épisode, il est vrai de psychose, toutefois temporaire. Cependant, qu’une épidémie se prolonge dans le temps et affecte notre consommation de viandes et nos habitudes, nos traditions peuvent s’en trouver durablement affectées. La tradition est donc elle-même soumise à la contingence.
Toujours est-il que les us et coutumes culinaires ne peuvent espérer fédérer. Les critères culturels, d'abord. Mais aussi cette première barrière de l'éducation du goût qui présuppose l'accès aux produits, et sous-tend de fait une première discrimination sociale. Comment peut-on aimer le caviar quand on n'en a jamais goûté ?
Il n’existe au fond qu’un tabou universel transgressé dans la barbarie, ou situations de vie extrêmes laissant des séquelles chez ceux qui y furent acculés : la consommation de viande humaine que l’on doit nommer « anthropophagie » plutôt que cannibalisme. Le cannibalisme désignant le fait pour une espèce, quelle qu’elle soit, de manger un individu de sa propre espèce. Son étymologie pourrait dériver de « canis » en latin, comme de l’étymon d’un dialecte caribéen rapporté par Christophe Colomb pour décrire les natifs découverts et les coutumes que les explorateurs imaginaient devoir être celles de « sauvages ». L’amalgame entre les étymons, les faits ou fantasmes qu’ils véhiculent, reçoit cette explication métaphorique : manger de la viande humaine c’est se comporter en bête ; et en particulier comme les chiens qui rôdent dans les campagnes, semblables aux loups, ou encore comme ces molosses féroces qui déchirent le voleur aventureux passant la porte de leur maître.
Reste un choix de vie parfaitement cohérent qui se fait au nom de l'éthique, de la sensibilité , de la compassion, primant sur la question du goût comme sur l'instinct. Celui du végétarisme, qui, de par, le monde, se satisfera des mêmes codes : ne pas consommer de viande ni de poisson ; et en allant au bout du raisonnement, s'abstenir également d'oeufs et de laitages.
S’il ne s’agit pas de condamner un peuple pour des coutumes culinaires, qui, si nous n’avons aucune envie de nous y soumettre, n’ont pas à être jugées, cet épisode télévisé à seule fin de sensationnalisme, pose la question de son bon goût comme de celle du voyeurisme. Elle pose également, une fois encore, celle de la notion d’exotisme, relative et contestable.



Quelle belle synthèse tu nous livres là, Élyse.
Je suis sous le charme.
Rédigé par: Marcus | le 04/04/2007 à 13:53
Elise,
Je dois l'avouer, il m'arrive en cas d'écorchure à la main de sucer le sang. Suis-je autophage ?
Déjà que je suis autophobe à cause des bagnoles ...
En matière d'alimentation, seule la tolérance me semble de mise. Y compris d'ailleurs tolérer les dégouts.
Moi qui suis plongeur, il m'est arrivé d'être très triste pour un mérou exposé la viande à l'air chez le poissonnier. Je ne sais toujours pas dans quelle mesure c'était une pose de ma part ...
François
Rédigé par: franssoit | le 04/04/2007 à 16:40
Marcus, ce sont les élections à venir qui te font doter Elise d'un Y ? Ou un autre fantasme que nous t'engageons vivement à nous décrire ici dans les plus brefs délais. Avec trois photos. Pour la collection.
Rédigé par: franssoit | le 04/04/2007 à 16:43
Merci, Marcus ! :) C'est donc décidé, je m'adjuge un -Y et m'auto-présente à la présidentielle. Tous les bulletins nuls signés d'un "y" comme Yorro... pardon, Elysée, signaleront un vote en ma faveur. :D
Pour rebondir sur ton commentaire, François, c'est là affaire de cultures, d'éducation, de sensibilités et, bien sûr, de contextes. Pour prendre mon cas, si je me délecte d'une bonne pièce de viande, allant jusqu'à goûter le steack tartare et la côte de boeuf très saignante, je suis incapable de déplumer un oiseau encore moins capable de le chasser (pareil pour la pêche) et ne mangerai pas une bête que j'ai vu vivante. bref, il faut que je fasse abstraction de l'animal. Une hypocrisie, assurément.
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 04/04/2007 à 17:02
Mince, c'est ma foi vrai, j'ai écorché ton prénom ELise.
J'en suis d'autant plus confus que ce ne doit pas être la première fois.
Une blonde à l'Élysée ?
Hum ! il ne faudrait peut-être pas trop en demander à l'électeur d'un seul coup. :-)
Franssoit > Fantasme XXX sur une jolie blonde parisienne ? Si c'est ce que ton propos suggère, je dirais… Joker !
A défaut d'être d'accord avec Elise en politique (pour l'instant), le bœuf saignant (blonde d'aquitaine), est déjà une passion commune. Ce sera au moins un sujet autour duquel nous pourrions nous retrouver sans risquer de nous engueuler.
Rédigé par: marcus | le 05/04/2007 à 20:51
En effet, Marcus, je me suis toujours demandée pourquoi tu cherchais à m'affubler de ce chromosome -Y. ;)
Sans être d'accord, je suis convaincue que nous aurions un débat passionnant! Et qui plus est autour d'une côte de boeuf ou d'un bon plateau de crustacés. :)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 06/04/2007 à 17:06
Parlons plus bas, Élise, car on pourrait bien nous entendre. ;)
Rédigé par: Marcus | le 06/04/2007 à 20:04
Excellent article :)
Ca m'a fait aussi penser à Alf, personnage fictif, qui mangeait du chat, si ma mémoire est bonne !
Sinon, certains musulmans mangent du porc ! C'est plutôt rare, mais j'en connais.
L'anthropophagie...Je me souviens qu'au Québec ('sti !), on dit d'une jolie fille (ou d'un gars bin bin cute) qu'il ou elle est plutôt bien "mangeable" ! Mais rien à voir avec le fait de mordre dedans bien sur, quoique...
Bises :)
(bon, j'inaugure ici mon compte TypeKey, ne pas m'en vouloir si j'apparais anonyme!)
Rédigé par: L | le 09/04/2007 à 04:22
Bonjour L,
souvenir, souvenir.. je crois bien l'avoir entendue aussi cette expression lors d'un séjour en ce Québec toujours très libre dans son vivier linguistique. C'est étonnant, ce pays vous fait voyager dans le temps pleinement moderne truffé d'anglicismes et peuplés de hauts buildings, mais aussi remonter dans le temps. On peut ainsi y entendre des tournures de phrases remontant au Moyen français, voire à l'ancien français. Sans compter que pour les amateurs de phonétique historique, c'est également un beau voyage dans l'histoire, on vit enfin le chapitre des nasalisations. :)
Rédigé par: Elise Mark-Walter | le 13/04/2007 à 18:51