Une première victoire démocratique
La France s’est ressaisie. Sans que cette victoire n’appartienne à
personne, si ce n’est aux électeurs, toutes obédiences confondues. Le
22 avril signe un formidable sursaut démocratique avec un taux de
participation exceptionnel (84,6) ; et un Front National, qui avec
moins de 11% des voix, réalise son plus mauvais score depuis 1974.
Certes, les conditions de cet affaissement nous sont connues et
expliquent que le candidat en tête, Nicolas Sarkozy, avec ses «
cicatrices » au cœur, et sans doute, ses bleus à l’arme… coalise tant
contre lui.
Pourra-t-il mordre encore sur cet électorat extrême qui constitue une réserve tentante ? Que pourra-t-il lui promettre ? Il lui a déjà promis un ministère de l’identité nationale, et sa politique dure mais sans prévention aucune à l’Intérieur a fait de lui le champion de la sécurité (quitte à souffler sur les braises de l’insécurité…), à condition que l’on examine ses résultats de très loin et que l’on ne s’intéresse pas aux conséquences humaines et sociales.
Prenons garde cependant à ne pas diaboliser l’électeur fourvoyé (c’est le discours), et encore moins le bon pâtre qui a ramené vers lui les brebis égarées.
Autre chiffre historique, celui de la participation en banlieue. Le « tout sauf Sarkozy » aussi caricatural qu’il puisse apparaître a un sens véritable dans les banlieues précaires. Quand avant on s’abstenait, convaincu que son vote ne servirait à rien, ne se retrouvant dans aucun, désormais on vote et on sait pourquoi. Merci Nicolas Sarkozy.
Si les scores des deux candidats qui ont été choisis par les français pour s’affronter au deuxième tour témoignent, en plus d’un retour au clivage structurant gauche-droite, d’un écart de 4 à 5 points en faveur du président de l’UMP et ancien ministre de l’intérieur du gouvernement sortant, cet écart est fictif.
Pourquoi :
Capitaliser les voix totales des uns et des autres s’avèrera sans doute plus ardu que les autres années, François Bayrou s’imposant en tant que troisième homme. Il est en position de donner une consigne de vote pouvant changer le destin d’un pays avec plus de 18% des votes sur son nom. Il est en position d'arbitre, en ce sens, il a déjà réussi son pari. Il doit aujourd'hui prouver que sa campagne à gauche n'était pas opportuniste.
Car si sa formation, l’UDF, est traditionnellement ancrée à droite, et peine à s’affranchir de son puissant rival, - ayant besoin des reports de voix de l’UMP pour reconduire ses députés-, François Bayrou a si ostensiblement fait campagne à gauche, choisissant d’attaquer frontalement Nicolas Sarkozy plutôt que Ségolène Royal, qu’il est difficilement imaginable qu’il puisse se renier en choisissant de revenir aux pratiques d’hier dont il a tant cherché à s’amender pendant la campagne, rappelant ses votes les plus saillants de concorde avec le parti socialiste à l’Assemblée Nationale. Evoquant, devant les caméras de France 2 (Envoyé Spécial), le ministre d’un gouvernement de la droite qu’il avait été, par cette phrase édifiante que je vous cite de mémoire : J’ai été un conservateur, et sans doute que l’on peut s’en tenir à la première syllabe.
L’homme qui veut construire un grand parti du centre, un centre ambitieux et enfin affranchi de son ancien rival, et il ne s’agit bien sûr pas de s’inféoder à l’autre bord, s’il doit donner une consigne de vote, peut difficilement la donner, semble-t-il, à sa droite, mais se contenter de rester dans la ligne de sa campagne qu’il voulut « révolutionnaire », inventant la Révolution tranquille, plus à gauche – presque ? - que Ségolène Royal ? Une ligne qui contestait et refusait de se soumettre et reconduire la majorité sortante, et réclame bien plutôt, après analyse de son bilan, que celle-ci dépose le bilan.
Le capital des forces de la gauche, s’il ne s’élève qu’à 36%, n’est donc pas représentatif de l’avenir qui s’ouvre devant nous. Il est toutefois solide. Chacun des candidats des autres formations de la gauche ayant appelé à voter Ségolène Royal au deuxième tour.
Sans occulter ce fait que la gauche a toujours capitalisé moins de voix que la droite dans ce pays, ce qui ne l’a jamais empêché de s’imposer dans les urnes. Le jeu aléatoire des reports est donc illusoire quand il s’agit de se déterminer pour un projet de société et non pour le seul leader d’un parti. Un leader, à droite, bronzé et volontariste, il est vrai. Trop, peut-être.
Ségolène Royal, avec 25, 7% des voix a bénéficié, sans conteste, du vote utile, mais elle a aussi triomphé de tous ceux qui dans son propre parti voulaient la voir tomber. Les déçus des primaires. Les sexistes réfoulés, à qui cette grande rénovation symbolique de l'Elysée qui pourrait accueillir une femme, et pas dans un rôle de Première dame de France fait peur. Et les félons frelons à qui l’on promet, par exemple, un ministère à droite. Ségolène Royal a également démontré, qu’en dépit d’une primaire harassante, qu’elle a accepté par honnêté, exigence et engagement de transparence démocratique, laquelle avait précédé la campagne présidentielle, elle pouvait tenir (physiquement, psychologiquement), et tenir dignement.
Par ailleurs, l'on peut aisément penser que le candidat auto-investi de l’UMP, Nicolas Sarkozy, avec plus de 30% n’est pas loin d’avoir fait le plein des voix, après les ralliements des figures les plus éminentes de l’UDF telles VGE, Simone Veil au candidat de l’UMP, sans omettre bien sûr les anciens convertis jouissant d’un ministère, tels Gilles de Robieu ou Jean-Louis Borloo. Les électeurs traditionnels de l’UDF ont sans doute déjà voté Nicolas Sarkozy au premier tour.
Partir en lièvre n’est non plus jamais le plus sûr moyen de gagner une course.
Qui plus est, une course de demi-fond.
Or, le demi-fond dans cette campagne présidentielle ne l’est pas que par la longueur de la campagne, réclamant de la résistance, -surtout après une première primaire. Mais par la précellence, on ne peut pas le nier, de la forme, de l'image et des postures, sur le fond –. Ne serait-ce que parce que les questions internationales ont été complètement absentes.
Il est temps de sortir des postures. De ne plus osciller. De faire un choix et un choix clair qui nous engagera pour cinq ans.
Quoi qu’il en soit, et je rallie la presse Suisse (Le Temps), rien n’est fait, « tout reste possible ». Oui, "un autre monde est possible". Et peut être pas celui qui est avec légèreté postulé, et qui, pour l'instant, se dégage en tête.
S’ouvre alors un deuxième et dernier tour, lequel sera déterminant. Nous nous choisirons, non pas une Présidente, ou même un Président. Mais un Destin. Un Destin commun. Pour cinq ans.
La France, qui, dans son histoire a su se montrer aussi conservatrice, cauteleuse, colonialiste, très soucieuse de son pré carré, qu’avant-gardiste, juste, solidaire, audacieuse et ambitieuse, aura à choisir entre deux voies très différentes. Entre la France des Lumières mais aussi de Jean Jaurès, sans récupération aucune…,et celle d’Adolphe Thiers.
Le choix d’Aldolphe Thiers est bien sûr parfaitement honorable.



Elise,
Je ne commenterai pas les pronostics de reports, je suis très mauvais ...
Par contre ton optimisme sur la dmocratie me semble un peu exagéré.
Autant le taux de participation est particulièrement positif, autant le recul (définitif ?) de Le Pen me parait moins significatif, Sarkozy ayant sans doute bénéficié lui aussi d'un "vote utile" de gens qui reconnaissent en lui l'autoritarisme, l'amour de l'ordre et de la police, le gout du blanc bien propre de l'autre affreux. Remplacer un Le Pen n'ayant aucune chance d'être élu par une version à peine plus honorable mais qui elle est en bonne position ne me parait pas forcément un progrès.
Rédigé par:franssoit | le 23/04/2007 à 15:03
Bonjour Élise,
Juste un petit mot pour te transmettre une amicale pensée pour ce succès, car c'en est un, remporté par ta candidate favorite lors de ce premier tour.
C'est aussi un succès d'estime pour le nouveau centre, son projet d'espoir et pour celui qui l'a porté et qui a été caricaturé tout au long de cette campagne comme étant de gauche pour la droite et de droite pour la gauche, preuve s'il en était besoin que les murs sont toujours dans les têtes.
Les deux finalistes ont beaucoup parlé de valeurs : travail, nation, éducation, jeunesse, ils ont tout dit et à peu près tout promis, sur l'Euro, l'Europe, les délocalisations… Beaucoup promis aussi dans une France endettée ou le nationalisme et la xénophobie restent fortement ancrés dans la société française. Tout au plus ce nationalisme aura-t-il trouvé un écho élargi pour porter sa parole.
Après ce premier succès réparateur pour le PS, nous saurons bien vite s'il peut ou pas aller au delà du succès d'estime, bref si Rocard avait tort ou raison.
En 1981, Chirac avait fait chuter Giscard gagnant sur le papier. La rancune de Le Pen est sans doute considérable et il n'a rien à attendre ni à gagner d'un Sarkozy à l'Élysée. Mais 1981 -tu étais encore petite- c'était au temps de Brejnev et de Marchais et le PCF pesait encore 15 % de l'électorat…
Quand au centre moderne qui m'a séduit en 2007, même si je suis lucide sur ce score de 18,55 %, je crois qu'il a trouvé sa voie, celle de l'autonomie. Je ne pense pas qu'il soit dans les intentions de François Bayrou (ni de ses électeurs vraiment centristes) de retomber dans les vieux démons du passé pour refaire du centre une nouvelle force d'appoint afin de faire basculer, si c'est encore possible, l'élection dans un camp ou dans l'autre et revenir dans le système du camp contre camp qu'il a précisément dénoncé.
Le rassemblement espéré se fera certainement au centre… un autre jour peut-être, il faudra sans doute attendre un peu l'aggiornamento politique du PS sans cesse différé que j'espère, s'il se produit jamais.
Pour le reste, je ne sais pas trop quoi dire y compris de cette formidable mobilisation qui a atteint, dans mon village, 87,49% des électeurs inscrits et 94,69% % de suffrages exprimés. Une participation comparable voire même supérieure aux meilleures municipales.
Le premier tour sera probablement oublié d'ici quelques jours. C'est donc une autre élection qui commence, mais, personnellement, je suis réellement lassé de ce système politique qui coupe la France en deux. C'est précisément au moment où la participation remonte que je m'interroge désormais sérieusement la mienne le 6 mai 2007. Ce serait un première depuis 1981.
Bien à toi
Rédigé par:marcus | le 23/04/2007 à 16:44
Bonjour Elyse, La france est toujours maligne et frêle, elle souffre de deux maladies incurables, la première le corporatisme c'est la varicelle de la France et la deuxième le Front National c'est la rougeole de la France, alors pour le vaccin s'il y a un Pasteur? Pat, qui a voté Ségo.... oui,oui j'ai le droit de le dire !
Rédigé par:Patlesarthois | le 24/04/2007 à 07:28
Ce qu'on retiendra de notre coté, c'est surtout la participation record ! En tout cas, sur Roubaix c'est le cas !
Bises
Bruno
Rédigé par:Bruno L. | le 24/04/2007 à 18:30