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Interview Blog emploi Challenge

  • Le Blog Emploi Challenge
    En cliquant sur ce lien, vous vous ferez une idée de mon parcours, de ma recherche, de mes projets, sans doute + précise qu'à travers la lettre de motivation qui figure sur mon blog. Merci à Bertrand Duperrin qui a réalisé cette interview.

Eurêka !

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De palimpsestes en Shalimar

  • Edward Whymper: Escalades dans les Alpes

    Edward Whymper: Escalades dans les Alpes
    Bien loin de nos ascensions rendues périlleuses par la témérité et la recherche de l'exploit pour l'exploit, les escalades de Whymper qui brava - entre autres - le Cervin, se faisaient avec de mauvaises de corde en chanvre. Elles appartiennent à un temps où l'exploration des sommets était l'aventure la plus fascinante qui soit et les sommets à conquérir des déités vengeresses à se concilier à force de respect, de courage et... de prudence. Elles appartiennent à cette culture, à cette mémoire européenne qui nous est commune.

  • T. S. Eliot: The Waste Land and Other Writings

    T. S. Eliot: The Waste Land and Other Writings
    A lire en langue. Toute traduction serait inégociable...

  • Olivier Pétré-Grenouilleau: Les traites négrières - essai d'histoire globale

    Olivier Pétré-Grenouilleau: Les traites négrières - essai d'histoire globale
    Prix du Sénat du livre d'histoire Chateaubriand de la Vallée-aux-loups de l'essai de l'Académie Française 2005. Pour comprendre comment cette infamie a pu durer aussi longtemps. Qui a dit que le Sénat ne servait à rien ?

  • Ezekiel Nissim: Collected Poems

    Ezekiel Nissim: Collected Poems
    Professeur d'anglais, critique, dramaturge mais surtout poète, c'est là un beau florilège pour découvrir cette grande voix de la poésie indienne. Nissim Ezekiel nous a quitté le 9 mars 2004 à l'âge de 79 ans.

  • Jeremy Rifkin: La fin du travail

    Jeremy Rifkin: La fin du travail
    L'essai incontournable d'un économiste américain qui perçoit déjà les limites de la voie anglo-saxonne.

  • Alexandre de Lur Saluces : La Morale d'Yquem - Entretiens avec Jean-paul Kauffmann

    Alexandre de Lur Saluces : La Morale d'Yquem - Entretiens avec Jean-paul Kauffmann
    On n'obtient pas le plus grand vin liquoreux au monde sans une morale, une éthique absolument exceptionnelle dans le monde viticole. On ne travaille pas à Yquem, on vit pour Yquem, on se voue à Yquem. C'est cette exigence et les astreintes nobles pour parvenir à élaborer un vin ineffable que nous retrace ce livre ; dialogue passionnant entre Jean-Paul Kauffmann, journaliste tombé sous le charme et sortilège d'Yquem, et celui qui mène l'héritage avec amour et abnégation, Alexandre de Lur Saluces.

  • Borges: Enquêtes

    Borges: Enquêtes
    L'enquête est ici - pas étonnant vous lisez Borges - philologique. Sans s'en rendre compte, tant le bougre a de talent, on glisse d'un auteur, d'une époque, d'un pays à l'autre, subjugués.

  • la Pléiade: Marivaux

    la Pléiade: Marivaux
    Du jeu de l'amour et du hasard à L'ile des esclaves, Marivaux n'est pas si léger qu'on croit, il y a de la sociologie, beaucoup de sociologie et de la politique dans toutes ses pièces. Là encore, à lire en La Pléiade, car tout tout se déguste quand on se pique de lire l'immense Marivaux. Un théatre aussi délectable, au fond, lu que joué. Badin et fin comportementaliste à la fois, chacune des pièces de Marivaux est enlevée, un tour de force !

  • Marguerite Yourcenar: Les mémoires d'Hadrien

    Marguerite Yourcenar: Les mémoires d'Hadrien
    Hadriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiien !!! Adrienne est très loin de l'empereur brossé avec succulence par Marguerite Yourcenar, première académicienne, envers et contre tous les phallocrates que compte cette institution...

  • La Pléiade: Ernest Hemingway

    La Pléiade: Ernest Hemingway
    Eh bien oui, Ernest Hemingway vaut bien mieux que tous les clichés que l'on peut avoir sur lui. Au point que lorsque l'on commence, on dévore très vite ses oeuvres complètes en La Pléiade.

  • revue Europe: Littératures de l'Inde

    revue Europe: Littératures de l'Inde
    C'est un numéro d'Europe (la revue littéraire par excellence) qui date quand même d'Avril 2001 mais quelle révélation ! Un numéro fantastique qui met enfin en lumière les littératures extraordinairement riches de ce continent. Sur www.europe-revue.info vous pourrez encore le commander

  • D'Holbac: Histoire critique de Jésus-Christ
    Ce n'est pas une posologie de l'athéisme façon Onfray, philosophe qui n'a pas le centième du talent du baron d'Holbac. C'est un raisonnement réinventé, plus rigoureux, une méthodologie critique extraordinairement facile qui s'applique ici aux miracles de la foi chrétienne par l'un des plus grands penseurs et inventeur du matérialisme philosophique.
  • Spinoza: L'éthique

    Spinoza: L'éthique
    Sur une île déserte, allez, c'est l'opus cogitendi que j'emporterais.

  • James Joyce: Ulysse

    James Joyce: Ulysse
    Un livre tout smplement inépuisable. D'une complexité narrative délicieuse. Il a tout réinventé, cet homme. Lire aussi Dedalus, et si vous avez le cerveau en forme, Finnegans wake, of course.

  • Jack Kerouac: Les clochards célestes
    Jack Kerouac, le plus grand écrivain de la Beat generation. Plus grand encore que Ginsberg ! Bien moins connu que "Sur la Route", c'est pour moi son chef d'oeuvre avec le new-yorkais "Big Sur". A lire en grand format, NRF gallimard.
  • : Le guide Hachette des vins

    Le guide Hachette des vins
    La référence pour les amateurs de vins.

  • Brigitte Aubert: La mort des bois

    Brigitte Aubert: La mort des bois
    Amateurs de polar, c'est son meilleur ! Dans cette série, tout se passe depuis le point de vue de l'héroïne paralytique et muette. Brigitte Aubert dont tous les polars sont un régal exploite fructueusement le procédé narratif du monologue intérieur. La mort des neiges a suivi. Belle réussite également.

  • Ernesto de Martino: Le Monde magique

    Ernesto de Martino: Le Monde magique
    Une référence ! Ce professeur d'histoire des religions à l'université de Cagliari, particulièrement attentif à l'ethnographie sicilienne a aidé à penser autrement "l'alternative entre magie et rationalité" qui a construit notre civilisation moderne. Le Monde Magique paru en 1948 peut sembler aride mais sa lecture est fascinante et la pensée de De Martino, presque soixante ans après, toujours vivante.

  • La Pléiade (Textes traduits, présentés et annotés par Paule Charles-Dominique): Voyageurs arabes

    La Pléiade (Textes traduits, présentés et annotés par Paule Charles-Dominique): Voyageurs arabes
    En ce temps de communication ultra-rapide, et parfois agressive, facilitant les amalgames ; d'almagame, par exemple, entre Islam et fondamentalisme, en ce temps encore d'affrontements communautaires, de vitriols (oui, au pluriel) racistes, découvrez réunis tout récemment par la Pléiade les récits des chroniqueurs Ibn Fadlân, Ibn Jubayr, Ibn Battuta et un auteur anonyme qui vous introduiront à un Islam voyageur curieux du monde (XIVes et antérieur) que nous connaissons encore plus mal.

sentes sonores

  • Billie Holiday - I'm a fool to want you

    I'm a fool to want you
    Billie Holiday: Lady in satin

    Sans doute la voix la plus bouleversante du jazz. Ce n'est pas seulement cet album, celui du magnifique "I'm a fool to want you", mais toute sa discographie qui est à (re)découvrir. Ne passez pas non plus à côté de l'album élégant : "Songs for distingue lovers."

  • Nicole Willis -

    Nicole Willis: Keep Reachin'up
    La nouvelle âme de la soul. Une voix superbe. Des arrangements virtuoses. Divinement swinguant.

  • Natacha Atlas -

    Natacha Atlas: Mish Maoul
    Toujours cette ligne de partage entre Orient et Occident au coeur des albums de Natacha Atlas, et plus que jamais le mariage entre musiques traditionnelles et électro. Intense. Sublime. La réconciliation le temps d'un album. Une invitation à la paix.

  • Jean-Louis Murat -

    Jean-Louis Murat: Taormina
    Murat n'en finit pas de produire mais, cette fois-ci, c'est un album aux accents blues. Une bonne cuvée !

  • Katie Melua - Spider's web

    Spider's web
    Katie Melua: Piece by piece

    Un joli disque de ballades blues-jazz-pop emmené par la voix chantilly de Katie Melua. Offrez-vous un peu de douceur.

  • Bia - Comme une vague. Como uma onda

    Comme une vague. Como uma onda
    Bia: Coeur vagabond// coraçao vagabundo

    L'album prenant et réversible (vous allez comprendre) de Bia, artiste brésilienne francophile et francophone, qui, après avoir parcouru le monde a décidé de poser ses valises en France. Elle a voulu nous faire partager ses titres coups de coeur dans les deux cultures en choisissant d'interpréter en français des chansons brésiliennes et de chanter en brésilien les titres français, allant de Belle-île-en-mer à l'étonnante La mauvaise réputation de Brassens. Une réussite. Toutes les traductions sont de Bia, parfaitement bilingue.

  • Gérard Manset - "Ne les réveillez pas"

    "Ne les réveillez pas"
    Gérard Manset: Obok

    Le dernier opus inspiré du plus énigmatique, incernable chanteur, parolier et compositeur français. Il paraît même qu'il accepterait de sortir de son invisibilité pour une tournée. Un événement !

  • Hubert Félix Thiéfaine - Les jardins sauvages

    Les jardins sauvages
    Hubert Félix Thiéfaine: Scandale mélancolique

    Musicalement rien de chavirant, titre composé par le chanteur de Mickey 3d, mais texte très inspiré, d'une sensualité vénéneuse que HFT sait porter.

  • Paul McCartney -

    Paul McCartney: Ram
    L'album "pastoral", entièrement acoustique, simple et dépouillé du grand mélodiste, ex Beatles. Son meilleur cru qui vieillit excellemment.

  • Robert Wyatt - Beware

    Beware
    Robert Wyatt: Cuckooland

    Forêt électronique animée par la voix séraphique de Robert Wyatt tant elle plane (un oiseau ou un ange ?) et maîtrise les aigus. Mais c'est toute la discographie du grand maître du rock progressif (Rock Botton) et de la fusion de la pop et du jazz qui est à découvrir !

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Déjeunez sur l’herbe !

Monetroutechailly_2 Et si vous pique-niquiez aux portes des musées ? L’offre muséale parisienne est, en ce moment, particulièrement attrayante.

Quand Le Louvre propose un jeu de piste fascinant sur les traces du sculpteur grec Praxitèle, Le Grand Palais réplique par une exposition envoûtante consacrée à l’Inde Classique. Le Musée du Luxembourg tente une sortie en F2, avançant son pion de cristal, le cristallier Lalique. Mais c’est D’Orsay, qui, en ce début de printemps où il fait bon paresser en terrasse remporte, semble-t-il, la mise. Respirez à pleins poumons, D’Orsay nous offre un grand bol d’air....en plein Paris. Comment résister à son exposition temporaire (6 mars-13 mai) « La forêt de Fontainebleau, un atelier grandeur nature.» Prenez vos pinceaux et transportez-vous dans un haut lieu symbolique.

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Vingt mille lieues sous l'Egypte

Pharaon_de_la_26e_dynastie
Au plus profond de nos rêves d’enfants, surgi de la baie d’Aboukir, un butin fabuleux.
Un trésor archéologique émouvant, fait de statues remarquablement préservées, de naos et de plus menus objets - témoignage d’un quotidien englouti par les sables de l’histoire. L'Egypte, sous l'influence grecque, ressucite alors sous nos yeux...

* Tête de pharaon en diorite de la 26e Dynastie.


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Klein, au-delà du Bleu

Monochrome_ikb3 Au-delà du bleu auquel il donna son nom, ci-naquit Yves Klein.
Artiste avant-gardiste, matrice de glossaires colorés dans l'inconscient collectif.
Des mots comme autant de passerelles entre le peintre, orpailleur de pigments, et nous.
Les mots…
« Bleu », bien sûr. De ce bleu d’un outremer électrique qui n’appartient qu’à lui-même.
« Couleur ». « Absolue ». « Pure ». Klein comme « monochromes ». Le totémisme par « l’imprégnation ».
La tentation du « vide » et cette faconde pour l’habiller par le seul jeu mystique de la couleur ou par sa confrontation avec la matière « immatérielle », paradoxalement incarnée.
Des éponges. Des pierres.
Une série anthropométrique Anthropomtrie_de_lpoque_bleue saisissante où le corps fait traces. Pinceau humain déroulant sa vie au fil de l ‘instant.
La tentation du feu. Le scintillement de l’or, illumination ascétique sans la  parure éro-ésotérique de la femme qui habita Klimt. Le fuschia en écho métallique au cérulée violent.
 Exvoto_triptyque Triptyque ou réorchestration de la sainte trinité. Puis surgit ce qui doit gésir. "Ci-gît l'espace". Une toile qu’esthétiquement je n’aime pas, ce qui n’est pas le cas du propos. Car Klein, alchimiste de la couleur, est aussi un alchimiste du verbe et de la théorie artistique.
Le penseur est admirable.



 

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L’eau vive de Rembrandt

Adoration_des_bergers_la_lanterne

L’eau vive du peintre de l’ombre, ce sont ses eaux-fortes. Note expresse pour vous convier à cliquer sur l’exposition virtuelle Rembrandt, « la lumière de l’ombre », organisée par la BNF.

Ci-contre sans doute la plus fascinante : "L'adoration des bergers à la lanterne".

« Feuilletoirs » comme si vous y étiez, repères biographiques, contextualisation des oeuvres, vidéo…vous retrouverez toute l’iconographie de ses eaux-fortes moins connues que ses huiles magistrales et pourtant remarquables. Et pour plusieurs d’entre elles, hypnotiques.

Une belle compensation pour tous ceux qui n’auront pas la chance de se rendre à la Galerie Mazarine, 58 rue de Richelieu. Une occasion de prolonger le plaisir pour ceux qui en déjà pu en profiter. Pour tous les autres, si vous habitez Paris, vous avez jusqu’au 7 janvier 2007. Métro Bourse ou Pyramides. Aucun mot d’excuse n’est accepté.

Déjà présentée à Barcelone, cette collection d’eaux-fortes est exceptionnelle. Vous pourrez admirer la différente qualité des épreuves dans d’excellentes conditions.
Note plus complète à suivre.

Art cynique et vieilles dentelles

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Sous ce titre devait figurer une autre photographie de Boyd Webb. Mais qui est Boyd Webb ? Vous demandez-vous peut-être…

Né en 1947 au pays des All Blacks, Boyd Webb n’est pas un avatar de la toile d’araignée qui nous connecte en ce moment même. Il ne pousse pas de cri de guerre avant de jouer au rugby, il sculpte avant de s’affirmer dans un art moderne majeur : la photographie.

Et avec quelle maestria ! Ce photographe néo-zélandais établi à Londres est un redoutable monteur en images, un génial truqueur d’une imagination insatiable. Il refuse d’enfermer la photographie dans sa fonction mimétique. La nature - ou le naturel - n’y est pas reproduite, attentivement captée mais systématiquement détournée. Pas de produit publicitaire maquillé, de star irréelle pour autant, la réalité n'est pas éclipsée ou flattée. Elle est bel et bien au centre.

Sa marque de fabrique : vous abuser pour mieux vous interpeller. Attentif au choix des matières, des couleurs ainsi qu’aux messages que l’ensemble transmet, dans les photos de l’artiste – on a envie de dire tableaux - tout est faux, théâtralisé, décors en trompe-l’œil, comme pour mieux nous mettre en garde du pouvoir suborneur de l’image, de la facilité avec laquelle nous nous laissons duper par la vue dont nous avons fait notre sens principal.

Observateur aussi facétieux que critique, Boyd Webb n’a rien d’un cynique mais bien plutôt d’un Jacques Tati qui aurait préféré l’objectif d’un reflex à celui de la caméra. Facétieux oui, mais vigilant, engagé. C’est le monde qui est cynique, pas la mise en scène que l’on en fait.

Particulièrement depuis les années 90, chacune de ses mises en scène nous dévoile un peu plus, nous dit-il, de ce « monde vacillant et précaire où seuls survivent les plus forts. » L’antagonisme se construit alors souvent sur une opposition entre l’homme et la Nature avec en sous-discours la revanche de cette dernière.

Ses titres ont une importance capitale. Dans les enfants-méduses de « Whelp » par exemple, Enfantsmduses (« whelp » que l’on peut traduire par « petits morveux »), il faut entendre le S.O.S du mot « help ».

Illustration la plus forte de cette humanité qui part à la dérive, en 1991, la photographie « Veto ».
« Veto », exposée en 1991 à la galerie Ghislaine Hussenot à Paris, représente une mappemonde colorée en plastique, qui, le temps d’une mise en scène prend la forme d’un phallus affaissé, transpercé par la charpente d’un tipi décharné sur un fond en cibachrome. Difficile à décrire mais cette photo est introuvable sur le web (avec un seul b).

Le message ? Je suppose un constat au vitriol ; celui du grand vent de dépression freudienne de la politique internationale. De son infécondité. Il y a ceux qui possèdent le veto, l’extraordinaire puissance de dire « non » et ceux qui la subissent. Les  5 membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU - Chine, Etats-Unis, Fédération de Russie, France et Royaume -Uni - et les autres.

Mais cette puissance symbolisée par le phallus n’aboutit à pas à plus de paix et de stabilité dans le monde. Le monde symbolisé par la mappemonde ressemble davantage à un préservatif mol qu’à un champ fécond de cultures, d’épices, de fleurs différentes – signe que cette répartition des pouvoirs est stérile pour l’humanité. Et que notre puissance est tout aussi illusoire.

Impuissance des Nations Unies à faire cesser la guerre au Liban et protéger les civils. Impuissance à réagir à l’utilisation par Israël d’armes chimiques (bombes thermobariques, armes au phosphore blanc) pourtant interdites.

Le site en anglais du British Concil vous permettra de découvrir quelques œuvres supplémentaires de ce brillant illusionniste de la photo. Pas d'exposition ni de rétrospective en cours, juste une envie de vous le faire découvrir.

Les 40° degrés de l'abstrait

Affiche_expo_schneider115 A tous ceux qui s'imaginent la peinture abstraite froide et cérébrale, attention, abstraction chaude, abstraction hot !

Abstraction chaude » ou « abstraction lyrique », c’est le nom que l’on donne à la peinture d’action produite de 1945 à 1956 par des peintres très hétérogènes, qui, à l’instar de Mathieu, Schneider, Soulages, considérant la peinture comme un événement en soi  qui n’a plus besoin de représenter un objet ou même d’interpréter un référent lisible, la veulent la plus spontanée, à vif, la plus lyrique possible. .
Peinture immédiate, primale, équivalent français de l’Action Painting, l’artiste jette sur la toile ses pulsions inconscientes. Il donne de sa personne, on peut parler d'abstraction lyrique. Le lyrisme devant être l'expression la plus fidèle à l'artiste. La plus proche de son "moi".

Aujourd’hui autour de cette appellation à l’historicité aussi viable que l’appellation est floue - à force d’avoir rassemblé des peintres aux techniques ou démarches distinctes - le musée du Luxembourg réunit les toiles des peintres qui passèrent par ce courant polymorphe. Un courant abstrait qui valide en son sein Art informel, nuagisme, tachisme, paysagisme abstrait.

Voilà pour les brèves présentations. Entrons dans le vif du musée.

Une fois dans le temple muséal du Luxembourg, mon œil fut rapidement attiré par les encres de Michaux. Inconditionnelle du poète mais également amatrice du peintre-dessinateur, je connaissais sa passion pour les calligrammes à l’encre de Chine. Six dessins pour « mouvements » s’appuient sur la calligraphie pour esquisser la mise en mouvement singulière de personnages incernables. « Dessin mescalinien »Dessinmescalinien ressemble à un tracé sismographique. Encre de chine brune. Cri de la terre. Etrange et possédant.

C’est ça le pouvoir de l’abstrait, cette contagion de l’imaginaire, la part laissée non seulement à l’interprétation mais aussi au rêve et à sa plus extrême liberté. La projection peut être plus forte que face à une toile figurative. Soit elle sera immédiate, soit elle nécessitera plus de concentration. Parfois aussi rien ne vient. Car c’est le paradoxe de l'abstrait, la force de la projection ou son néant ; encore un hiatus de l’abstrait face au figuratif que n’explique pas seul le degré d’acculturation artistique.

A l'opposé, devant un sujet parfaitement identifiable, un autoportrait, des personnages, un paysage, une nature morte, cerner le référent vous oblige à ressentir ou à défaut vous évoque forcément quelque chose. La peinture abstraite peut vous laisser la tête vide.

Mais que vous soyez en coïncidence avec l’événement pulsionnel créé par l’auteur et le choc survient, comme devant cette toile totémique « sans titre » de 1947 de Gérard Schneider. Schneidertotem Un totémisme géométrique. Pas de référent. Comme une génération spontanée de l’objet. Le jaillissement d’une symbolique sacrée, d’un objet de rituel, d’un objet de protection engendré de nulle part. Longue fente jaune pour l’œil. Deux traits ocres pour la bouche. Deux bleus différents pour dessiner les contours du visage et le noir pour dire le reste. Comme un masque africain qui vous regarde de biais.
Jouant sur la luminosité, "Composition" de Francis Bott  évoque Miro.

Plus aveuglante encore, « Salve Regina » d’Alfred Manessier qui n’hésite pas à envahir tout l’espace de traits verticaux fluos, fushias, verts, bleus.

Cependant l’émoi devait survenir une salle plus loin. Dans un recoin modeste, « Ciel » de Nicolas de Staël Gd_stael_ciel se rencogne pour de faux et m’appelle. On ne sait plus où est le ciel et où est la mer, les récifs. Peut-être n’y a-t-il de lagunes que le ciel dans ce dégradé d’aplats azurs dégrossi et ciselé au couteau. Il est vrai que mon affection allait déjà tout entière à son auteur.

L’exposition l’Envolée Lyrique se tient jusqu’au 26 août au Musée du Luxembourg (cliquez pour voir les oeuvres).  Métro Saint Sulpice ou métro Odéon.


Plus d'informations sur le site du Sénat.

L’enfant légitime de Jacques Chirac : le Musée Branly !

Pierre_magique_vanuatu En photo : Pierre magique Vanuatu (fin du XVIIE, début XIXe) destinée à l’acquisition des cochons mâles castrés 

Actualité muséale, c’est aujourd'hui que Jacques Chirac coupe le ruban ombilical du seul enfant qu’il ait voulu pour la France, le Musée Branly, consacré aux arts premiers. Un accouchement espéré au 37 quai Branly dans le septième arrondissement de Paris, qui se fera sous la bonne garde de la Tour Eiffel. Le père peut compter, pour l’assister dans cet heureux événement, sur la présence de tous ceux qui aiment la Culture.

Et le Figaro d’enfoncer le clou. Le musée Branly est bien : « La seule institution qu’il (le Président Chirac) se soit permis de vouloir, le seul bâtiment relevant des grands travaux ».

Est-ce un compliment post-mitterrandien sur son sens de l’économie des caisses de l’Etat… ? Ou bien plutôt une critique ?  Surprenant Figaro, qui, hésitant entre Michaux, Valéry Larbaud, Claudel et Paul Celan, saisit assez bien l’esprit de cet ambitieux musée, « pont jeté d’Indonésie en Amérique, du Groenland au Maghreb, d’Afrique noire en Asie, il est d’abord une invitation aux voyages intérieurs».

Acte hautement politique que l’inauguration d’un musée - a fortiori tel que celui-ci - qui n’appelle donc pas à la trêve des partis, bien que tous l’attendent et l’encensent, ce bel enfant. Jacques Chirac est du reste accompagné par le secrétaire général de l'Onu, Kofi Anan, dans cette inauguration, preuve supplémentaire de l'envergure de l'événement. Le Nouvel Obs préfère pourtant recentrer sur la politique locale et titrer sur « Bertrand Delanoë remercie Jacques Chirac pour le musée Branly ».

Quant à Libération, il met l’accent, à la une de son site aujourd’hui, sur la juste réhabilitation culturelle des peuples natifs (plutôt que « primitifs » trop connoté ?) du monde entier - qu’il s’agisse des kanaks, des pygmées ou des amérindiens - qui ont pour point commun d’avoir subi l’exclusion.

Museebranly_facadenord200 En photo : (dans ces caissons seront entreposées les pièces les plus rares du musée Branly)

France 3 revient, elle, sur le chantier et l’architecte qui a conçu ce Pompidou « natif ».

RFI parle du reste de « nef futuriste ».

C’est Jean Nouvel, l’architecte qui a imaginé ce bâtiment sur pilotis (de 10m de hauteur) pour un vaisseau de 220 m de long, défiant l’imbuvable passé colonial de l’Europe dans un jardin de 1,8 hectare.

Qu’en est-il des fonds ? Les 290.000 oeuvres et objets d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques, proviennent du musée de l'Homme et du musée des Arts d'Afrique et d'Océanie. Son coût ? 235,2 millions d'euros.

Mais surtout, ce musée à la belle dimension ethno-décentrée, envisageant enfin, d’autres points de vue civilisationnels que le nôtre en les rétablissant dans leur autorité artistique, emploiera 200 personnes. Une façon de joindre l’utile à l’indispensable. Un indispensable bien agréable, qui était très attendu. Pour rester dans l’attente… attendez peut-être quelques jours après son ouverture, ce 23 juin, pour vous y précipiter, car vous ne serez pas les seuls et c’est tant mieux !

Ouverture au public dès vendredi et gratuité dès lors et tout le week-end.

Site (encore perfectible) : http://www.quaibranly.fr/

Desert Park ou les enfants du sourcier rajpoute

Expo_monceauPour faire suite à ma note précédente , voilà une expo photos belle et gratuite à ne pas manquer à Paris.

S'inscrivant dans le thème choisi cette année pour la Journée Mondiale de l'Environnement ("désert et désertification" et les moyens d'y faire face), quatre grands photographes de Géo habillent du 8 juin au 31 août 2006 les grilles du parc Monceau à Paris de leurs plus beaux clichés de déserts. Soit une cinquantaine de photos en 1,40m sur 2m - ça en jette ! Alors si vous habitez Paris, mettez-vous au vert, vous en prendrez plein la vue !

Et si tout ce désert en plein Paname vous donne soif, bon plan gourmand, allez vous rafraîchir d'une glace Berthillon. A l'entrée de l'une des grilles (ce sera le jeu de piste du jour), une brasserie vous en propose à la carte. Loin de l'ïle de Cité, ce n'est pas si fréquent ! 

Enfin, ce mois-ci dans Géo, rubrique GéoEnvironnement, un dossier sur le Rajasthan, un état indien qui donne l'exemple en faisant réapparaître l'eau là où la terre se craquelait de sécheresse depuis 60 ans. Miracle que les rajpoutes accomplissent grâce à des techniques ancestrales, dont celle du "johad", réservoir d'eau en terre de forme concave qui conserve l'eau de pluie et alimente la nappe phréatique. C'est l'ONG indienne TBS (non, pas les chaussures! le sigle signifie : Tarun Bharat Sangh) qui a permis ce travail de réhabilitation collectif. 15 années de labeur ont été nécessaires. 15 années d'un labeur payant.

Cette irrigation intelligente de leur sol ingrat par les fils du sourcier rajpoute nous donne envie, à nous, dans NOTRE quotidien d'être un peu plus responsables...non ?

Ingres

Ingres_bain_turc_dtl (Détail du « Bain Turc » choisi par le Musée du Louvre pour la couverture du Catalogue de l’exposition) Il est difficile de concevoir un figuratif plus imaginatif que ne l’est Jean-Auguste-Dominique Ingres. J’en parle au présent car comment parler au passé d’un génie ?

Duel ?

Ce disciple de David, en guerre ouverte avec l’idole des jeunes romantiques, Delacroix, quoique de dix-huit ans son aîné, était convaincant quel que soit ce qu’il peignait ou dessinait. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces deux-là ne s’appréciaient pas, ne perdant aucune occasion de contester le talent de l’autre.

Le peintre d’histoire :

A l’instar de David, c’est en tant que peintre d’histoire qu’il voulut s’imposer.

Pourtant le talent d'Ingres ne se restreint pas à la peinture historique. L’exposition Ingres, qui se déroule au Louvre jusqu’au 15 mai, rend compte de la diversité de son talent. Dessinateur de génie, ses graphites sont incroyablement fouillés, et s’il vous faut lutter avec la foule pour vous en approcher - les dessins ne pouvant se contempler de loin comme le monumental « Jupiter et Thétis » qui vous accueille à l’entrée de l’exposition - vous ne le regretterez pas ! Les subdivisions à la fois chronologiques et thématiques de cette exposition sont bien pensées. « La Grande Odalisque » vous attend à mi-parcours dans la salle des odalisques, le clou du genre étant sûrement « Le Bain Turc » que vous découvrirez tout à la fin de l’exposition juste en face de « L’Œdipe et le Sphinx ».

Subversif ? :

Comme son maître David, Ingres a peint l’empereur, et toutefois avec plus de libertés. Car sous son pinceau, Napoléon, s’il reste impérial, à l’image de cette toile de 1806, « Napoléon, assis sur son trône » ; si la pose est aussi imposante qu’improbable - car impossible à tenir - et la vêture rendue avec une munificence accrue - car Ingres possède un génie de coloriste et un génie pour restituer la texture des étoffes - l’empereur n’en a pas moins les joues grises d’un homme de pouvoir épuisé de travail qui n’a pas assez de temps pour soigner son image jusqu’au bout.

Napoleon_empereur Détail subversif que le sérieux et la maestria de la toile ont pu dissimuler.

Ingres est un peintre facétieux. Qu’il peigne, dans sa période « troubadour », la scène de fine amor intitulée « Paolo et Francesca », ou qu’il imagine pour le salon de 1827, L’apothéose d’Homère », ou encore représente, au plein cœur de sa période d’inspiration chrétienne, dans « La Vierge et l’hostie », une Vierge gourmande tentée véritablement par l’hostie, une Sainte Vierge qui tient plus d’Eve que de Marie, ses toiles à la fois rigoureuses, magistrales et audacieuses, sont truffées de clins d’œil qui rompent avec le sérieux de leur sujet.

Un portraitiste inspiré :

Lui qui redoutait le genre du portrait qu’il appréhendait comme étant le genre le plus exigeant qui soit, n’en a pas raté un seul. Tous ont ce quelque chose, dans la pose, dans le vêtement et la couleur du vêtement, l’expression, qui interpelle. Aucun, quel que soit le modèle, n’arrive à être banal.

Mrbertin « (Le portait de) Monsieur Bertin » impressionne par sa massive fatuité. Ça sent la province conservatrice, le bourgeois qui a réussi. Louis-François Bertin, directeur du Journal des débats, était tout cela.

Mon préféré est sans aucun doute le « Portrait de la baronne James de Rothschild », et non Betty de Rothschild, comme on peut le lire dans la revue L’art. La baronne James de Rothschild est née Betty de Rothschild mais ce n’est pas là le titre de l’œuvre. Ingres_baronne_james_de_rothschild Ce que j’admire par-dessus tout dans cette œuvre, c’est l’harmonie entre la somptuosité du vêtement (rappelons que c’est le peintre qui en décidait, préférant telle robe à telle autre) et la douceur de l’expression, une intelligence un peu lasse.

Insatiable :

Ingres est un artiste infatigable qui copie à la perfection des toiles de maîtres jusqu’à donner l’impression d’une grande facilité et d’un référentiel riche, inépuisable. Quand il ne crée pas, il s’exerce en copiant préférentiellement les grands maîtres de la Renaissance italienne, De Vinci, Raphaël, Giotto, qui maîtrisent à la perfection l’art de la perspective et surtout font s’entremêler sacralité chrétienne et goût pour l’antiquité. Mais il copie également le peintre français de la période baroque, Nicolas Poussin, voire des contemporains. Il peut citer tous les maîtres avec légèreté, les grands hommes devant l’histoire, (cf. L’apothéose d’Homère), tout mettre en scène, du mythe à la réalité, du portrait solennel au harem oriental. Et enfin, quand il abandonne le pinceau c'est pour exprimer son talent de violiniste. Le violon d'Ingres, qui a laissé une trace idiomatique dans notre langue, est d'ailleurs exposé dans la salle consacrée à l'influence de la musique sur le peintre mélomane, qui dessine Paganini, Liszt...pour en célébrer le talent.

Des nus habillés :

La_grande_odalisque L’utilisation du nu, bien sûr, est unique. Tant le nu féminin que le nu masculin, même si le nu féminin, à travers la série des odalisques, touche au sublime, ou plutôt il l’atteint. Là encore, pouvoir admirer « La Grande Odalisque », s’étonner une fois de plus de la vertèbre supplémentaire, (encore une licence amusée du peintre), et surtout remarquer la finesse des détails, tous les accessoires de la dame, entièrement nue à quelques bijoux près ; coiffée à l’orientale d’un foulard de soie, le plumeau de paon qu’elle tient,La_grande_odalisque_dtail  le bijou, peut-être une broche, nonchalamment délaissé au premier plan. Le bleu du rideau à baldaquins identique à celui du lit. Ne ratez pas non plus « L’Odalisque à l’esclave », exposée non pas au Louvre ni à d’Orsay ni au musée Ingres à Montauban mais au Musée de Harvard. Une fois l’exposition achevée, vous devrez franchir un océan pour l’admirer.

Décidément, le peintre d’histoire est aussi doué pour réfléchir l’histoire et réinventer la mort de Vinci - François Ier se penchant à son chevet - que pour insuffler un érotisme élégant, raffiné et mystérieux, quasi hypnotique à ses modèles nus ; au point que les modèles du peintre les plus habillés sont toujours ceux que le peintre a voulu d’abord déshabiller. Car ses nus n’ont rien de fruste, de naturel. Ils ont de l’assurance, de l’aplomb, presque de l’apparat, ils séduisent sans aguicher. Nous sommes loin du naturalisme de Gustave Courbet ! Les odalisques préfigurent peut-être le pinceau de Klimt avec ses nus monumentaux, décoratifs, ses femmes longilignes, irréelles, saules qui ne pleurent que des bijoux.

Quand vous y rendre :

Un conseil, ne vous y rendez pas en journée, profitez des nocturnes. Mercredi, vendredi et samedi jusqu’à 22h. Il y a moins de monde qui se presse devant les toiles, et quel soulagement que de ne pas devoir se tenir loin de tels chefs-d’oeuvre, rivalisant de ruse pour éviter les formes humaines qui vous les masquent ! Pour en savoir plus : http://mini-site.louvre.fr/ingres/flash_fr.html

Magritte - «Ceci continue à ne pas être une pipe» -

Magrittepipesm

Paris est une jungle et l’exposition du Douanier Rousseau au Grand Palais est là pour nous le rappeler. Autre jungle, non pas figurative mais bien jungle au figuré tant le monde s’y presse, l’exposition Cézanne et Pissarro au Musée d’Orsay.

Entre les deux, un îlot presque sauvage, le musée Maillol ! L’exposition «Magritte tout en papier» qui s’y déroule est un vrai bonheur. Les titres joyeusement insolents de Magritte sont là pour reprogrammer la perception que l’on aura nécessairement – IL le veut – de son œuvre.

Car Magritte donne un cours magistral au spectateur. Il dirige sa perception tout en l’étirant avec facétie. Eh oui, un serpent chez ce peintre, serpent de gouache, prend des allures de dentifrice. Magritte provoque, éveille. Multipliant les avertissements, les provocations salutaires, sollicitant : «ceci n’est pas une pipe». Et plus loin, «ceci continue à ne pas être une pipe».

L’affiche choisie par le Musée Maillol représente une chaussure se terminant par un pied. Magritte_chausseur_chauss Dans un glissement métonymique l’instrument et l’utilisateur, l’organe et l’artifice se rejoignent comme soudés par le lien fonctionnaliste de l’utilité. Un pied c’est fait de façon innée pour marcher, une chaussure, imitation humaine de l’organe pour protéger l’organe, aussi ! C’est peut-être ça le sens de ces créatures mixtes mythiques qui frappent nos imaginations et que sont centaures, silènes, minotaures et autres sirènes. Un lien d’utilité artificiel – c’est-à-dire inventé par l’homme – qui domine et accouche de créatures hybrides. Un lien qui prolonge et se substitue à la création naturelle. L’homme et ses parures ne cesse de s’hybrider.

Magritte_the_rape Toujours régie par ce principe de la métonymie, la toile intitulée « Le viol » déclinée en plusieurs versions, présente un visage de femme – la victime - qui est en fait un agrégat des organes attentés par le violeur. La femme représentée subit en quelque sorte deux fois le viol. Le deuxième viol étant un viol représentatif d’une femme niée en tant que sujet, réduite à la chair blessée, aux organes qui la différencient d’un homme.

Peintre intellectuel, brasseur et casseur de ses propres concepts, surréaliste puisant ses énigmes au grand code du rêve. Visionnaire farceur qui joue avec nos classifications, qui joue avec les mots qu’il placarde à l’intérieur du dessin. Les deux grands types de référents (mots et images) rivalisent souvent au sein de l’œuvre, créant un décalage entre ce que l’on lit, ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas et qui est encore plus important. Trompeloeil Notre imagination rêveuse et cultivée est appelée à reconstruire les dessins-rébus de Magritte. Des rébus faits de conflits représentatifs, de collages, de décors en trompe-l’œil savamment mis en scène ; avec ce fameux procédé de la  mise en abyme, exhibitionnisme commentatif où l’œuvre est peinte dans l’œuvre elle-même et la commente - le tableau peignant le ciel et se confondant avec lui.

«Ceci n’est pas pipe», donc. Pourquoi ? C’est bien une pipe qui est peinte. Parce que le référé « pipe », l’objet fumant auquel on se réfère n’est pas de l’art. Parce que l’art travestit, transforme et sublime tout ce à quoi il se réfère. Il excède tous les référés et capitalise les référents, les emboîte, les unifie sans jamais se réduire à eux. Magritte impressionne jusque dans les affiches syndicales qu’on lui commande. A la fin, devenu «vache», plus vitriolant dans son propos, plus subversif parce qu’incompris, mal aimé, l’artiste décline ses aigles de cauchemar. Comme celui picorant le foie – ou est-ce le cœur – d’une jeune-fille. Magritte fait alors jouer des couleurs plus criantes, avec un air de cubisme et de fauvisme dans la représentation. Maison_du_bord_de_nuit Inquiétante étrangeté d’une maison du bord de nuit éclairée par un réverbère. Et le ciel qui dit tout le contraire avec sa lumière diurne un peu canine, sa lumière entre chien et loup. Parenthèse dans le jour qui commence et où le fantastique semble pouvoir surgir n’importe quand. Le langage du rêve peut alors devenir celui de la réalité.

C’est tout cela Magritte. Le jeu de l’interprétation, la tentation de comprendre le rêve, observatoire distordu de nos réalités pour mieux saisir la vie et un présent complexe qui se dérobe constamment entre une matière révolue et un tableau à construire. Magritte ré-encode le rêve dans un langage encore plus universel et encore plus subjectif, la création artistique.

L’exposition « Magritte tout en papier » est une jubilation pour l’esprit. Chacun se penche sur les dessins et tente d’abord de comprendre la corrélation entre le titre et ce qu’il voit. Le spectateur est invité à réagir, il n’est pas passif, il n’est pas l’otage de l’art. Attendant que le voisin nous cède la place devant l’œuvre, on dissèque, on joue à l’apprenti-démiurge. Et puis parfois on échange un regard stupéfait avec un parfait inconnu qui semble penser lui aussi : mais qu’a-t-il voulu dire ?

Devant moi un temps, deux sexagénaires coupées « Deneuve » haussaient synchrones les sourcils devant une toile de la période «vache» de Magritte. Elles murmuraient : « mon dieu, ça n’a pas de sens, de quoi ce pauvre garçon a-t-il pu manquer pour délirer ainsi ? »

Pourtant même quand on croit venir à bout de la signification d’un dessin, bien sûr dans sa globalité l’œuvre triomphe toujours de son spectateur critique. Cette exposition qui présente un pan inhabituel de l’œuvre de Magritte, ses dessins préparatoires, ses esquisses, ses collages, sa correspondance bien dessinée, ses études à la gouache ou tirées de peinture. Un versant  palpitant. Le spectateur sort heureux et transfiguré par cette expérience «laborantine». Exposition « Magritte tout en papier » au Musée Maillol jusqu’au 19 juin. Adresse : 61 rue de Grenelle 75006 Paris. Site : www.museemaillol.com

Allez-y ! Ceci continue à ne pas être à manquer….

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