Vendeur et client, ne cherchez plus le pigeon, c'est vous ! - La vérité sur Cell Wireless
La vérité sur un prestataire de téléphonie en voIP (pour téléphoner ou envoyer des sms depuis un pc à un autre pc ou d’un pc à un téléphone), fournisseur de cartes SIM et adresses internet, inconnu du grand public, le titre peut faire sourire. Pourtant…
Pourtant,
Créée en 1997 en Australie, cette société se développe silencieusement, et aujourd’hui, ce sont 230 pays qui peuvent se connecter à son réseau. Présents en Asie, en Chine, en Inde, au Brésil, aux Etats-Unis, en Allemagne, au Portugal et bien sûr en France.
200 000 vendeurs supputés (et 159 144 membres déclarés sur le site) travaillent dans l’ombre pour elle. Le silence est d’or, la pub proscrite, ou alors via des forums vous proposant de vous enrôler quand ce n’est pas l’un des vendeurs de cette société qui vous contacte directement par email le plus mystérieusement du monde. Alors, Cell Wireless, c’est quoi, c’est qui ?
Discours
Leur discours dont on peut encore trouver une trace sur ce forum dans une note postée par l’un des « actionnaires-développeurs » prêchant pour la paroisse devenue sienne.
Qui est Cellwireless : « Cellwireless est une compagnie de télécommunications, leader mondial en matière de Téléphonie Mobile Internationale, fusionnant avec des partenaires industriels comme Cisco Système, MCI, AT&T, SPRINT, et d’autres sociétés de plateformes téléphoniques. Elle est cotée sur marché OTC interne au NASDAQ, sous le Cigle CLWLE. » Quelle est la stratégie de développement de Cell Wireless ?
On vous répond, mécanique : « Par le Marketing de réseau, notre compagnie a recruté plus de 200 000 actionnaires développeurs de son réseau d’adhérents et distributeurs. »
Ces « actionnaires développeurs » sont évidemment les vendeurs-acheteurs.
Prise de contact
Suite à un pseudo entretien d’embauche (voir précédente note dans cette même rubrique "enquête") où mon interlocuteur ne savait pas que j’étais journaliste mais à l’issue duquel je le lui appris, je reçus dans ma boîte e-mail le fameux dossier de presse promis par le « recruteur » et censé conférer à la société une véritable aura de respectabilité. Mon contact m’avait affirmé que des journalistes avaient déjà été séduits par Cell Wireless et que la presse économique ne tarissait pas d’éloges sur la société, ou peu s’en fallait…
Je cliquais donc sur les liens envoyés. En guise de dossier de presse, trois pauvres coupures de la presse économique provenant, certes, du site des Echos, de l’Express ou encore de L'Entreprise, mais qui ne portaient pas sur Cell Wireless mais sur la vente directe ; laquelle dénomination ne correspond à Cell Wireless que dans la mesure où Cell Wireless n’a ni distributeurs ni ne passe jamais par des agences de pub ou de communication.
Direct
Une petite mise au point sur la terminologie de vente qui se décline en « direct ».
Direct, c’est-à-dire directement de vous à eux, sans distributeurs.
Le marketing direct, c’est lorsque, par exemple, vous recevez catalogues et flyers de différentes marques de VPC dans votre boîte aux lettres ou e-mails. Que cette pollution publicitaire vous agace ou vous convienne, vous restez libre d’y répondre, de feuilleter les promotions comme de les jeter à la poubelle. Rien à redire.
La vente directe, c’est le plus souvent, la vente au porte-à-porte. Un vendeur indépendant, entièrement rétribué à la commission et payé en fiches de paie trimensuelle (conditions de travail remarquablement souples pour l’employeur…), vous fait l’article de marques parfaitement inconnues, qu’il s’agisse de tupperwares, de vins, de linge de maison, et que sais-je encore, semblant sortir tout droit de la maison du seigneur Oliveira (les tintinophiles comprendront). Ce type de vente peut paraître agressif (pas facile de mettre à la porte un vendeur affable) et efficace en dépit de la qualité ou pertinence du produit à l’achat : se retrouver à acheter pour 300 euros de tupperwares (c’est arrivé) ce n’est pas tout à fait raisonnable, le tupperware en question fût-il d’une extraordinaire qualité/longévité et le vendeur particulièrement sympathique. N’empêche que la vente directe est légale et que les règles du jeu (de la vente et de la rémunération) sont lisibles.
Personnes visées par la vente directe ? Les plus vulnérables, bien sûr. Les personnes âgées, qui, esseulées, veulent bien acheter pour des centaines d’euros de brosses à chaussures à ce gentil vendeur qui met de la vie dans leur journée. Passons sur le principe qui peut braquer, au moins dans la vente directe à l’ancienne (porte-à-porte) le vendeur n’est-il pas obligé de consommer les produits qu’il vend. Eh bien avec Cell Wirelless… si !
La vraie arnaque : à la fois vendeur et client
Achat de licence obligatoire (prétendument pour couvrir des frais de dossier), achat d’un nom de domaine Cell Wireless sur le web, coût mensuel de FAI qui lui est lié, et achat d’unités prépayées de communication téléphonique internationale en VOI valable 6 mois (coût 200 livres, et oui, on parle en livres). Le total est salé (500 livres ?). On vous explique à quel point vous allez faire des économies, c’est tellement moins cher qu’Orange ou n’importe quel FAI proposant de la téléphonie par internet. Et ce discours peut marcher sur des esprits moins vigilants, d’autant que le secteur et la technicité des produits l’encourage. Au fur à mesure de l’entretien, le vendeur recruteur vous embrume l’esprit sur le fonctionnement réel de l’entreprise. Plus c’est confus, plus ça marche. Enfin, en théorie.
Brouillard stratégique et incohérences
Le « manager » qui m’a reçue, ancien animateur de radio qui a la foi en son aventure. Son but : monter sa propre radio. Il vous a expliqué avant que 80% des entreprises qui se créaient en chambre de commerce faisaient faillite et ne s’aperçut pas de son incohérence…En effet, pourquoi économiser les gains amenés par Cell Wireless dans une création d’entreprise si cette voie est stérile ?
Si vous acceptez de vous rallier à Cell Wireless, ou plutôt lorsqu’on vous fera croire, après que vous ayez démontré votre motivation à les rejoindre, qu’à l’issue de l’entretien d’embauche c’est vous qui avez été choisi au milieu d’un grand panel de candidats, vous allez devoir convaincre à votre tour. Convaincre le réseau de futurs partenaires dont vous devrez bientôt vous entourer de faire comme vous. Recruter d’autres vendeurs zélés pour Cell Wireless. Donc avoir besoin de les contacter en consommant de la téléphonie chez Cell Wireless. Vous avez donc besoin de Cell Wireless…
Sophisme que cela ! Et sophisme rentable pour « eux ».
Car en réalité, bien sûr, c’est surtout Cell Wireless qui a besoin de vous. Vous. La perle rare. A la fois commercial et client.
Plus je soulevais la spéciosité d’un tel système, plus mon interlocuteur se liquéfiait.
Votre réseau leur appartient
Plus vos « associés » ou partenaires (les gens que vous avez réussi à convaincre, pour ne pas dire embobiner) sont à leur tour efficaces et génèrent du réseau, plus vous « touchez » par un système de rétribution au % façon poupées russes. Et au passage, ce sont vos proches ou relations que vous allez tenter d’embrigader qui trinqueront. Au final, plus votre réseau est grand plus grande sera la satisfaction de Cell Wireless.
« Le meilleur moyen de s’enrichir »…
Bien sûr lors du rdv avec le pigeon (traduire futur vendeur alias, chez CW, développeur-«actionnaire»), on cherchera à vous faire croire que devenir un élu de Cell Wireless (parce que vous subissez un fumeux test de personnalité, un entretien d’embauche, etc.) est une véritable chance. Une opportunité unique de vous enrichir. Un discours qui s’adresse plus particulièrement à des personnes vulnérables : sans diplôme, femmes au foyer, chômeurs de longue durée, rmistes.
D’abord l’on vous expose les voies de la réussite. Puis l’on vous dissuade de l’une des plus probantes pourvu que l’on soit doué pour ça : créer une entreprise, en vous donnant soi-disant les « vrais chiffres » de la création d’entreprise que la chambre de commerce ne communique jamais. A ce moment-là, faisant appel à je ne sais quel sentiment d’injustice sociale le représentant de CW en rajoute une couche avec la dissymétrie de rémunérations qui existe entre les employés les moins bien payés (il me prend l’exemple ouvrier) et les dirigeants d’une société. Pour achever de ne pas lui casser la baraque, je lui rétorque qu’au moins cette chaîne-là est une chaîne cohérente de responsabilités.
Néanmoins, ne voulant pas dévier de la rhétorique apprise, après avoir écarté la voie de la réussite, il en vient à la voie de la fortune. Si toutefois vous faisiez partie des joueurs ou de ceux qui placent leur bonheur dans la chance plutôt que dans leur intelligence, on vous dissuade donc de jouer au loto ! Pourtant la voie de la fortune, vous assure-t-on, existe, avec …AVEC ? Cell Wireless, bingo ! Et tous les frais qui seront à votre charge (ça, ça vient à la toute fin) si vous acceptez de vous « engager » sont bien moins chers que ce qui existe ailleurs, bien sûr !
Pas une entreprise pyramidale …
On a cherché avant à vous persuader longuement qu’il ne s’agit pas d’une entreprise pyramidale où tout le monde – je cite mon interlocuteur - « pique de l’argent à l’autre sur le mode du « donne-moi 100 euros et demande les à quelqu’un à ton tour ». Dans cette logique, l’argent donné doit « faire des petits ». C’est du moins ce que l’on vous promet. Et cependant, seuls, au bout de la chaîne, quelques escrocs auront plumé tous les autres. Les pyramides sont pourtant légales aux USA mais illégales en France. Il est donc important pour Cell Wireless d’insister sur le caractère légal de leur entreprise qui repose, vous martèle-t-on, sur le « marketing relationnel ».
Qu’on ne se rassure pas, Cell Wireless, c’est guère mieux !
Pas une secte. Pas le Groupement.
Mais peut-être bien Herbalife, notre manager en herbe l’a d’ailleurs cité comme caution avec beaucoup d’à propos…
Théorie du complot
A ce moment-là de l’entretien, mon interlocuteur étant déstabilisé par le fait que j’étais journaliste, sort de sa manche Herbalife et cherche à me convaincre de la théorie du complot. Des pharmaciens jaloux du succès d’Herbalife et de ses produits minceurs et compléments alimentaires distribués en vente directe auraient accusé Herbalife de dissimuler une secte pour retrouver leur chasse gardée. Ben voyons ! Des pharmaciens, vraiment ? Ou des laboratoires ? Notre « manager » est jeune et manque d’étoffe pour faire un bon escroc. Au passage, signalons qu’Herbalife vend toujours ses produits.
A l’aune d’Herbalife …
Comment fonctionne Herbalife ? Un « superviseur » touche 5% des gains de ceux qu'il a recrutés comme vendeurs (chez Cell Wireless, on parlerait d’associés ou d’actionnaires développeurs, c’est plus flatteur…). Pour réussir à en vivre, il ne faut bien sûr pas être le dernier de la chaîne et donc recruter activement à son tour.
Mais plus que le système de rémunération par chaîne, c’est la qualité des produits qui a été attaquée. Les promesses mensongères qui étaient liées aux produits en même temps que leur prix élevé.
Rendez-vous chez l’habitant…
Bien sûr, le fait qu’il vous reçoive chez lui plutôt que dans un bureau n’arrange pas sa crédibilité, mais sur certains, ça doit marcher. Celle qui me précédait quittait le jeune homme avec le sourire. Je le quittais moi en lui promettant de creuser et en serrant vigoureusement la main molle et moite qu’il me tendait.
Pas de traces
Introuvable sur Infogreffe, cette multinationale australienne qui commence à s’installer en France n’a pas été enregistrée sous son nom à la chambre du commerce mais peut-être sous une kyrielle d’autres en « Wireless » associés à la téléphonie.
Voilà pour Cell Wireless, une arnaque légale. Faîtes passer le message. Ce ne sont sûrement pas les seuls.






















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